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Solide

Je vous ai déjà parlé de Textes VS dans ce post.

Textes VS, c’est le projet de Tan. Elle a décidé il y a quelques semaines d’ouvrir un espace sur son blog pour que des personnes puissent y raconter des choses, sur le thème des violences sexistes.

Il y a quelques textes qui sont à moi là-dedans. Lesquels, pas vraiment important. Des textes, dans ce projet, il y en a beaucoup, il y en a tous les jours de nouveaux. Ils sont signés par des prénoms, des pseudos, des initiales, ou rien. Je les ai presque tous lus. Je me reconnais dans la plupart.

En ce moment je fais du rangement dans ma tête. J’expliquais ça à la personne avec qui je vis.

J”ai vécu des trucs pas cools à divers moments de ma vie. Ces trucs, j’avais pas la capacité de les analyser. J’avais pas les gens autour de moi pour me soutenir, pour me donner les outils, pour m’écouter. Du coup ces trucs je les ai mis dans un coin de ma tête et j’ai décidé de pas y penser parce que je savais pas quoi faire avec et que c’était trop dur d’y penser à ces moments-là.
Maintenant je les ressors de leur trou. Je les regarde, je les remâche, je les digère. Parce que maintenant j’ai les armes pour y penser et décider de ce que je veux faire avec. J’ai des gens autour de moi. J’ai des endroits où aller quand tout devient trop compliqué.

Je lui ai expliqué que ces textes, tous ces textes sur ce blog, ceux que j’ai écrit et ceux écrits par les autres, ça m’avait dit que finalement j’étais pas toute seule. Qu’on est plein à avoir vécu des trucs pourris. Qu’on peut se lire les unes les autres, se soutenir, survivre, être plus fortes. Ne pas être toute seule dans son coin. Ne pas penser qu’on est la seule personne à qui c’est arrivé. Ne pas penser que c’est de notre faute.
Que mes histoires, maintenant, elles sont sur Internet, et que si j’ai envie à un moment je les enverrai aux personnes concernées, qu’elles les liront, et qu’elles auront honte.

Il m’a demandé si j’avais besoin d’aide, si je voulais un câlin.
J’ai dit que je préférais pas. Que j’avais besoin de temps pour digérer tout ça, toute seule.
Maintenant j’ai plus besoin de câlins pour me réconforter, pour me réfugier. Il y a deux mois ça aurait été un réflexe si j’étais perdue dans mes sensations. Maintenant non.

C’est un peu idiot peut-être mais maintenant je sais qu’il y a toutes ces personnes qui ont écrit les textes qui sont sur le blog de Tan, et qu’il y a plein d’autres copines encore qui sont pas encore là mais qui sont quand même là en fait, juste on les connaît pas encore. Et que maintenant je peux décider toute seule.

Tout ça en écoutant cette chanson.

Monde de merde

Je sors du boulot et j’ai plein de cartons sous le bras parce que je déménage (ouais, une fois de plus) et qu’il faut que je mette mes affaires dans des cartons. C’est juste à côté de la gare et il fait gris.

Il y a une fille assise sur un rebord de mur.

Il y a un type à deux centimètres d’elle. Il est debout. Il lui hurle dessus et il l’insulte. En pleine rue. Sale pute, tout le monde sait que t’es qu’une sale pute, ils t’ont tous vue, connasse, je vais te défoncer si tu continues, tu vas voir, on va t’enculer, tout le monde sait que t’es partie avec lui samedi, sale pute.

La fille baisse la tête. De temps en temps elle dit deux trois mots vites couverts par l’avalanche d’ordures qui sortent de la bouche du type.

Je m’arrête à trois mètres d’eux sur le trottoir et je regarde ce qui se passe. Il ne s’arrête pas d’insulter la fille. Je me dis que c’est une situation complètement abusée, qu’il faut que je réagisse, est-ce que je réagis maintenant, est-ce que j’attends de voir s’il la tape ? Des gens passent à côté sans un regard. J’ai le temps de réfléchir dix secondes à ce que je veux faire et à si je peux le faire en les regardant et en écoutant le flot d’insultes qu’elle se prend dans la gueule. Je suis seule, j’ai les bras pleins de cartons, un vélo à la main, et pas de copines avec moi.

Le mec arrive vers moi. “Et toi qu’est-ce que t’as à mater là ? Casse toi connasse salepute”.

Je lui réponds qu’il est en train d’avoir un comportement que j’aime pas, qu’il est en train de pourrir une meuf en public, que c’est hyper violent, qu’il faut qu’il cesse.

Il s’approche de moi, super près. T’es qui pour me parler comme ça ? Sale pute. Va te faire enculer. Casse toi connasse. Sale pute.

Il y a des gens qui passent à côté, ils regardent par terre.

Je suis une meuf et t’es en train de faire violence à une meuf. Je regarde la meuf et je lui demande si elle a besoin d’aide. Elle me dit non, elle me dit de partir, elle gère, non, ça va, t’inquiète.

Il me dit tu sais qui c’est cette meuf,  cette meuf c’est une pute, elle a pas besoin qu’on la défende, c’est une salope, et toi sale gouine, pourquoi tu la défends ? T’sais elle aime les hommes elle, elle va jamais te mettre des doigts, pourquoi tu la défends ? Tu la défends parce que tu veux qu’elle t’encule ? Sale gouine, prends tes cartons et rentre chez toi, sale pute va. Sale gouine. Tu crois qu’elle va vouloir coucher avec toi cette meuf ? Elle aime les hommes sale pute, sale gouine, va te faire enculer,  t’es qui pour venir me parler comme ça sale pute, connasse, salope? T’es qu’une gouine ! Il se rapproche de moi, je descends de vélo, j’ai le coeur qui bat super fort, je me demande si je dois le taper ou pas, s’il va me taper, putain s’il me tape je vais perdre mes lunettes j’y verrai que dalle, je mets mon vélo entre lui et moi, je continue à parler pour le distraire, pour que la meuf puisse se barrer si elle a envie, j’ai un couteau dans ma poche, si je le sors il va sûrement sortir une lame aussi, si je continue à lui répondre il va me défoncer, mais je peux pas laisser faire ça, j’ai peur, pourquoi personne intervient, la meuf a même pas l’air d’avoir envie de se casser, je sais pas si elle chiale ou si elle se marre, elle doit se foutre de ma gueule en fait, pourquoi elle se laisse faire comme ça, respire,

– Et toi t’es qui ?

– Moi ? J’suis une fourmilière au milieu de 36 millions de fourmis ! (véridique. Il a vraiment dit ça).

– Ah ouais ? Et alors ça justifie que tu lui parles comme ça à cette meuf ?

La meuf me regarde, elle me dit que ça va, elle me dit de me casser, je tremble, je sais pas quoi faire, le type s’est un peu éloigné de moi, il recommence à lui parler en m’insultant de temps en temps, je tremble et je sais pas du tout quoi faire. Du coup je reprends mon vélo et je me casse.

Vingt mètres plus loin il y a un type qui était passé à côté pendant la scène et qui me dit “Faut faire attention Mademoiselle, ce type c’est un dealer”. Je suis sciée, j’essaie de lui parler pendant que mon coeur fait n’importe quoi et que je mate par-derrière si l’autre taré est pas en train de me courir après. Non mais vous vous rendez compte ? Il faudrait qu’elle se fasse tabasser devant vous pour que vous réagissiez ? Vous êtes passé juste à côté et vous avez laissé deux personnes se faire insulter en regardant vos pieds ? Vous ne pouviez pas intervenir ?

– Ouais mais c’est un dealer. Faut faire attention.

– Et alors ? Je m’en fous que ce soit un dealer. Il a pas à se comporter comme ça c’est tout. Et personne ne lève le petit doigt pour mettre un terme à la situation. C’est dégueulasse.

– Allez bonne soirée Mademoiselle et faites attention à vous hein.

Ouais c’est ça je vais faire attention à moi.

 

Merci Tan

Il y a quelques jours, plusieurs copines féministes partageaient simultanément le même lien sur mon fil d’actualités Facebook.

Le blog s’introduit par le texte suivant :

Le projet s’intitule Violences Sexistes.

Pour participer :  tanpmp [at] gmail.com
Les textes sont libres, le theme a respecter est « le sexisme », et puis il faut que ce soit personnel. Vous avez carte blanche et etes tou-te-s les bienvenu-e-s dans ce projet. Pour le moment nous avons des lettres, des poemes, des petits autobiographies, des anecdotes, des temoignages sur une situation precise ou un ressenti general, des ecrits douloureux et des recits amusants, bref, faites-vous confiance, et faites-nous confiance, it’s all good.

Donc j’ai décidé d’écrire un texte que j’ai envoyé pour contribuer au projet.

Si vous voulez écrire un truc aussi le blog est ouvert à contributions.

Si vous voulez relayer l’info, faites-le, ça en vaut la peine.

Il y a un projet d’expo autour de ces textes et aussi un fanzine en préparation. C’est chouette.