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Dans ton agenda : atelier de contribution à Wikipedia non-mixte

Ragnasses

Aujourd’hui, on va parler de sang. Plus précisément, de règles, de rapport des filles à leur corps, de rapport des garçons au corps des filles, de fuites, de pub et de mal au ventre.
Plus que jamais, ce blog se veut être un espace participatif. Je vous invite à poster, interroger, échanger des idées, débattre, m’insulter si vous en avez envie, mais je veux vous lire, sinon c’est pas drôle. Et surtout, surtout, ce post s’adresse aux filles ET aux garçons.

Donc, les règles.
Quand j’ai eu mes règles pour la première fois, le contexte familial se prêtait pas trop à la joie par ailleurs suite à un décès dans la même semaine, autant dire que c’est pas la joie. Il me semble aussi que ma mère a spontanément appelé ça “Les petits soucis” et m’a montré une boîte de serviettes hygiéniques en m’expliquant vite fait le mode d’emploi, et ça en est resté là. Bien que je sache à peu près tout de la théorie de comment ça marche à l’intérieur, pourquoi on saigne, etc, j’avoue qu’à ce moment-là j’étais assez paumée et surtout vraiment embarassée sur ce qui se passait dans mon corps. Alors j’ai continué à avoir mes règles en silence et à utiliser les fameuses Always blanches avec des lignes bleues dedans.
La suite, c’est juste une histoire de fille qui découvre son corps : des fois ça fait mal, ça sent bizarre, je me sens pas bien. Ou si.

Et puis un jour j’ai commencé à me poser des questions. Je crois que je devais être en première ou quelque chose comme ça. J’ai fait tomber un tampon de mon portefeuille devant une caissière et j’en ai été immensément marrie. Jusqu’à ce que je sorte du magasin et que je commence à me poser la question. Attends, mais pourquoi j’ai rougi ? Pourquoi je me suis excusée ?
C’est quand même un peu naturel d’avoir ses règles.

Sauf que non. Dans le monde où je vis, c’est pas naturel d’avoir ses règles.
Déjà, la plupart des religions traditionnelles, celles qui ont formé notre société à partir de sa base, considèrent que la femme est impure. Que si elle saigne c’est pour une bonne raison, qu’il y a tache, marque, culpabilité. Évidemment, peu de gens considèrent encore que la femme est un démon tentateur, mais il y a quand même de beaux restes.

D’abord, l’éducation comme j’en parlais plus haut : pourquoi certaines mamans parlent de règles en chuchotant, comme si c’était un secret ? Et encore, j’ai une maman qui a plutôt pas mal fait les choses, mais je connais des filles à qui on a dit que c’était SALE et/ou que “ça saigne tout le temps ça en met partout et si on met des tampons ben ça peut s’infecter” ou autres stupidités. Vis bien dans ton corps avec ça. En 2012.
Je me souviens de la mère d’un ex qui avait un jour pété un câble en m’accusant d’être sale et d’être une grosse traînée parce que je mettais mes tampons utilisés dans la poubelle de la salle de bains. WTF. J’ai jamais compris ce que j’étais censée en faire autrement, les manger ?

Ensuite, le sexe. Combien de mecs refusent de faire l’amour quand une fille a ses règles ? Plein. Plein de bourrins, et plein de mecs ‘bien élevés’ aussi. Pour les garçons qui lisent cet article : avoir envie de faire l’amour quand on a ses règles, ça nous arrive. Souvent.

Et enfin, notre guest star du jour, l’autocensure. Ah. Ça nous arrive tout aussi souvent de refuser d’en parler, de traiter notre corps avec plus ou moins de distance ou de mépris, de refuser aussi de faire l’amour presque par réflexe ou par conditionnement. Un copain me disait récemment dans une discussion qu’il s’étonnait de ne jamais voir les règles dans l’espace social. “Moi, les règles, à la limite, je sais pas ce que c’est. Juste mes copines successives qui m’ont dit ‘J’ai mes règles’ mais c’est tout, toutes les filles que je connais cachent soigneusement les boîtes de tampons dans les salles de bains, les serviettes usagées dans la poubelle…”

Parce que quand même, bon sang de bois, c’est notre choix, à nous les filles, d’en parler à voix basse ou pas, d’agir comme si c’était un secret ou pas. Et justement aussi plus on en parle et plus on peut faire évoluer la réalité sociale dans un sens qui nous plaît. Pour que ça devienne aussi simple d’éternuer et de dire ‘excusez-moi, je suis enrhumé’ que ‘tu peux me passer un tampon ? j’ai mes règles’ à haute voix et en public.

Un autre aspect que j’aimerais aborder dans ce post est le rapport qu’on entretient en tant que filles avec notre corps et donc plus précisément avec nos règles.
C’est un gros poncif que de dire qu’on a un rapport conflictuel avec notre corps : plein de filles détestent le leur, passent leur temps à vouloir maigrir, à se laver pour chasser la moindre trace de sueur, à éradiquer les boutons, bref généralement à ne pas trop se laisser vivre. Soit.
Par rapport au sujet spécifique des règles, voir ce qu’on fait est hallucinant. On parle quand même de sang, soit d’un truc qui a un potentiel infectieux/contaminant bien moindre que les selles ou l’urine. Et même dans ce contexte-là, on a la réaction instinctive de le toucher le moins possible, d’après ce que je vois des réactions des filles de mon entourage. On laisserait même échapper un petit ‘beurk’. Il y a un dégoût presque physique qui vient d’un construit social et qui, à mon sens, n’a pas lieu d’être. C’est-juste-du-sang.

D’ailleurs c’est un peu préparé et prémâché par la pub. Dans les pubs de serviettes et de tampons, on ne voit jamais de sang, jamais de rouge, que du bleu super aseptisé. Je me demande un peu ce que veulent les publicitaires, nous cacher à nous-mêmes la vue de notre propre sang ? Ça peut mener à des gamines qui paniquent la première fois parce que justement elles s’attendent à ce que ça soit bleu comme dans les pubs…
De plus la pub passe son temps à nous enseigner un secret tout aussi pesant que le secret qu’on se colle aux mamelles de mère à fille : on ne nous y parle que de ‘confiance en soi’ et de ‘discrétion’. Je comprends pas, on est censées ne pas avoir confiance en nous si on a nos règles ? Encore une fois, la discrétion renvoie au fait que c’est un évènement tu en permanence.

Donc on nous enseigne à avoir un rapport très distant à ce qui se passe dans notre corps à ce moment-là. Personnellement, ça ne me plaît pas. Pour résumer, je ne pense pas qu’il doive y avoir de dégoût particulier envers notre sang, ni de silence qui entoure tout ça.

Il y a quelques mois, j’ai trouvé un outil qui me satisfait pleinement en matière de règles. Je me demande pourquoi c’est encore si peu connu en France, mais ça vaut le coup d’y jeter un coup d’oeil.

En gros, la Mooncup est une coupelle en silicone pourvue d’une tige qui sert à la retirer, comme sur la photo. Elle recueille le flux sanguin, et quand elle est pleine on retire pour la vider dans les toilettes, si on a envie et qu’on a un robinet à proximité on la rince, et on la réinsère. Ça se place plus bas que les tampons, certaines personnes disent que ça réduit les douleurs (le bout des tampons appuie apparemment sur le col de l’utérus et donc a tendance à faire mal pendant les règles).  Entre deux sessions, on la fait bouillir pour la désinfecter, et voilà.

Parmi les nombreux avantages de la mooncup, c’est financièrement très confortable. Ça s’achète une fois, ça coûte 30 euros, et ça dure environ dix ans. Ce qui veut dire en gros que si on estime qu’une fille achète un paquet et demi de tampons ou serviettes par session en dépensant pour ça environ six euros, c’est amorti en six mois.

De plus, les tampons et les serviettes sont faits de  coton blanchi au chlore et généralement agrémentés de nombreux produits chimiques, par exemple pour le parfum, ou bien encore le ‘gel absorbant’ dans les serviettes (le fameux truc bleu). Donc la mooncup permet de ne pas s’inséret tout ça dans une muqueuse, endroi par définition permettant les échanges avec l’extérieur, et donc de ne pas faire passer tous ces trucs bizarres dans sa propre circulation sanguine, ce qui est aussi plutôt sympa.

Il y a encore des milliers d’avantages, mais je voudrais juste parler de l’immense satisfaction qu’a été pour moi le fait d’apprendre à être copine avec mes règles. La texture, l’odeur, la viscosité du sang sont des choses auxquelles on n’est pas forcément confrontée quand il est absorbé dans un support ‘solide’. La forme, la taille, l’élasticité et la réaactivité de son vagin aussi, plus en tout cas qu’avec des tampons. J’estime personnellement que ça me permet de mieux connaître mon corps et ça me met en joie.

Parce que comme j’expliquais longuement plus haut, c’est une partie de nous, au même titre que les cheveux, la morve, les ongles de pieds, et qu’il est pertinent de comprendre comment ça marche et de se familiariser avec tout ça. Parce que notre corps n’est ni à une église, ni à une entreprise, et qu’il est nécessaire de l’explorer et de le découvrir par soi-même pour y vivre confortablement.

 

Trucs intéressants :

Le blog de Ragnass, un immensément excellent fanzine toulousain sur les règles

Le wiki des coupes menstruelles (pour info, Mooncup est la première marque historiquement à fabriquer ça, il y en a plein d’autre comme Keeper, Fleurcup etc. Moi j’utilise Lunacopine qui est trouvable au magasin bio rue du Taur pour les toulousaines).

Un tuto pour fabriquer ses propres tampons réutilisables (pour les plus DIY d’entre vous…)