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Il faut les éduquer…

Tout à l’heure j’étais en train d’avoir un débat en ligne. On parlait des violences sexuelles et de nos propres réactions. Et du coup on en est venuEs à discuter de violence et la personne avec qui je discutais m’a dit en gros “Oui mais faut pas répondre à la violence par la violence, y’a plein de violeurs chez qui c’est maladif, du coup ça nous ferait du bien qu’à nous de réagir violemment (et pas à eux), et puis moi je crois à l’éducation au quotidien contre le sexisme, et puis comment en vouloir au violeur quand c’est un gars qui a grandi dans la culture du viol, c’est plutôt à cette culture qu’il faudrait en vouloir…”.

Sur l’aspect “maladif” des viols, le côté “les violeurs sont des pervers psychopathes”, j’ai déjà répondu ici.

Sur la non-violence et l’éducation contre le sexisme :

L’éducation j’en fais en permanence, sur Internet, dans la vraie vie, dans mon boulot, etc, etc.

Mais il se trouve qu’il y a des gens qui ne comprennent pas l’éducation, qui ne comprennent pas le dialogue. Tu pourras leur montrer mille études, dix mille liens compilés soigneusement par tes soins, leur expliquer encore et encore que tu n’es pas d’accord, qu’ils devraient partir, que tu ne veux pas, utiliser la diplomatie, appeler à leur raison, ça ne marchera pas, l’éducation.

Parce qu’il y a des gars (pas forcément des psychopathes, pas forcément des inconnus, même des mecs que tu connais, des mecs avec qui tu sors) qui veulent juste se vider les couilles dans toi sans se préoccuper de te faire du mal.

Et contre ça, moi, je vois pas de pardon. Même si t’as grandi dans un environnement qui te donnait l’impression que les chattes sont là pour mettre ton pénis dedans sans demander l’accord des propriétaires de chattes*, t’as quand même un cerveau, t’es capable de réfléchir, de percevoir les signaux d’une personne qui dit non avec son corps, ou qui dit non avec sa voix, et pourtant, malgré tous ces non, des mecs sont quand même violeurs, et plusieurs fois.Alors qu’ils sont tout à fait capables de réfléchir, de faire des études, de voter, je sais pas quoi. On les laisse, avec leur carte d’identité et leur bulletin de vote, décider de comment devrait être gérée la France, l’Europe, leur ville, et on leur trouve des excuses quand ils violent, les pauvres, ils ont été élevés dans la culture du viol, c’est pas leur faute.
Ben non. Ils sont capables de réfléchir. (Rends-toi compte, s’ils ont une carte d’identité, ils savent sûrement même lire et aller se renseigner sur Internet).
Et nous, plein de gens, plein de meufs, on est éduquéEs à ne pas exprimer notre colère, à être gentilLEs, à faire comme s’il ne s’était rien passé, à leur trouver des excuses (non mais il était bourré, il s’est pas rendu compte, j’étais dans son lit etc). On est éduquéEs à faire comme si la violence c’est pas bien, qu’il faut pardonner, sortir du cycle de la violence ou je sais pas quoi. MAIS LA VIOLENCE C’EST QUI QUI LA SUBIT QUAND UN CONNARD PREND MA CHATTE ET LA PERSONNE QU’IL Y A AUTOUR POUR SON OUTIL PERSONNEL DE MASTURBATION ? Ben c’est moi. Et je m’estime tout à fait en droit, ayant subi cette violence-là et d’autres (harcèlement de rue, main au cul de patrons, remarques sur mon habillement, etc) de me la réapproprier et de leur en mettre plein la gueule, et tant pis s’il y en a un qui prend pour les autres.

Tant pis. Parce qu’être dans une situation où tu subis une oppression et choisir de ne pas réagir, c’est légitimer cette oppression.

*99% des auteurs de viols sont des hommes cisgenrés. Une grande partie des viols est commis sur des femmes. Il est possible d’être violéE que l’on soit un homme ou une femme, cis ou trans* (on peut être violé si on est un homme cisgenre, aussi).  En parlant de chatte, je parle de mon expérience personnelle de femme cisgenrée, je ne prétends pas parler au nom de toutes les femmes, ni de toutes les victimes de viol.

Genderqueer

Les femmes sont des femmes, quel que soit leur sexe

Les hommes sont des hommes, de la même façon

Tu peux être les deux à la fois, ou bien un mélange

Ou aucun des deux, si c’est ce que tu veux

Mais les gens sont des gens, quelles que soient leurs parties intimes

Ce qui compte vraiment, c’est ce qu’illes ont dans le coeur

J’ai trouvé ça sur le Tumblr Veille Permanente Féministe.

Ça ressemble pas mal à mon opinion sur le sujet et en plus c’est hyper mignon, alors je ne pouvais que le reposter.

[EDIT]

Je viens de trouver un commentaire d’Ultrapuke sur cet article, donc je le reposte ici et je le “traduis” dans un langage plus compréhensible.

“Que les personnes trans* soient topless sur les dessin est un double standard cissexiste : les personnes habilléEs sont imaginéEs comme forcément cis, alors qu’il n’y aucune raisons que ces personnes soient cis, tandis qu’une personne aux cheveux courts applatissant sa poitrine est forcement trans*. Tout comme ça normalise les corps trans* et cis dans une binarité de à quoi un corps de personne trans*meuf ou mec ressemble. Et puis ce qui est utilisé en tant que binder par la personne qui est sensé être un mec trans* est un ace bandage, et c’est super mauvais pour la santé, il faut surtout pas se binder avec : http://pleasestopcosplaying.tumblr.com/post/11969057576

Pour expliciter le propos :

– Le terme de trans* recouvre plusieurs types d’identités. Pour résumer, on peut dire qu’une personne trans* est une personne qui ne se reconnaît pas dans le genre qui lui a été assigné à la naissance. On peut penser aux identités transsexuel-les (transsexuel-le désigne une personne qui a subi une opération de réassignation de sexe)et transgenre, mais également aux personnes genderqueer, qui peuvent se définir comme sans genre, d’un genre mouvant entre le féminin et le masculin, des deux genres à la fois, d’un troisième genre, ou d’une autre façon.

– Le terme de “cis” désigne une personne qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance.

– Le terme de “cissexiste” désigne l’oppression subie par les personnes trans* de la part des personnes cis, vivant dans un système construit par et pour les personnes cis.

Et pour finir, la dernière phrase du commentaire renvoie à un lien qui explique pourquoi il fait utiliser un binder si on possède des seins et qu’on veut réduire leur taille pour que sa poitrine apparaisse plus plate. Un binder, c’est une sorte de mélange entre un t-shirt moulant et une brassière de sport, en tissu épais, qui permet d’aplatir ses seins sans se faire mal. Si on utilise des bandages de compression, on a toutes les chances de s’étouffer, de se fêler les côtes, de s’évanouir… Ne faites pas ça, les gens. Si vous voulez avoir une poitrine plate, achetez pou fabriquez-vous un binder, pas des bandages de compression.

Homophobie et transphobie quotidiennes

Il y a deux jours, j’étais à une projection de courts-métrages dans le cadre de la sixième édition du festival XXYZ.

Pour être honnête, j’ai pas vu beaucoup de films parce que je suis arrivée à la bourre à la projection.

Par contre, entre le début de ma soirée et la petite heure que j’ai passée à discuter avec les potes de la scène queer/trans-pédé-gouine toulousaine, il s’est passé deux trucs qui m’ont interrogée, et je tiens à les partager ici.

D’abord, j’ai rejoint un groupe de potes pour marcher vers Chez Ta Mère (le bar qui accueille l’évènement). On était six ou sept dont deux copines M2F (Male To Female, personne trans-identité née “garçon” mais se sentant “fille”. Par opposition à F2M, personne née “fille” mais se sentant “garçon” donc s’habillant et se comportant comme tel). Donc je marchais avec mes potes, et comme tous les vendredis soirs, il y avait des vieux gars qui traînaient dans les rues. Sur le chemin du bar j’ai entendu ces vieux gars grommeler un truc du genre “Oh les travelos dans notre quartier on en veut pas”. Je me suis retournée vers eux, je me suis arrêtée, et j’ai dit un truc genre “Non mais tu buggues, là ? Du respect, c’est possible?” (j’ai aussi dit d’autres trucs moins bien élevé mais je me souviens pas) à voix bien haute dans la rue. Mes potes ont juste marché plus rapidement en baissant la tête et en me disant “vite, on se tire de là, on va se faire tabasser”.
Quand je suis arrivée au bar, tout le monde était plus ou moins détendu. Sauf un copain à nous, qui était parti faire pipi dans une ruelle. Deux mecs sont arrivés derrière lui et lui ont demandé s’il était pédé, il a dit “oui”, et il s’est fait éclater une bouteille sur le crâne. Alors on s’est dit entre nous qu’on se raccompagnait pour ne pas avoir à rentrer seul-e-s.

Je retire plusieurs trucs de cette soirée. Au final, j’apprécie la réaction de solidarité des gen-te-s présent-e-s ; tout le monde intègre qu’il y a des risques (qu’on soit une femme, une personne trans, un garçon qui ne correspond pas aux codes de la masculinité) à se balader dans l’espace public quand on est déviant-e par rapport à la norme de genre.  Par voie de conséquence, tout le monde s’arrange pour minimiser ces risques en essayant de devenir plus fort-e dans sa tête par rapport aux situations qui nous mettent en danger, en apprenant l’autodéfense, en posant nos limites, et en s’organisant avec les copines pour que notre vie quotidienne soit plus sûre.

En même temps, je mesure une fois de plus le pouvoir de l”homophobie, de la transphobie et du patriarcat en général.

Si mes potes M2F se font emmerder et agresser plus que mes potes F2M, ce n’est pas un hasard. Si je fais moins face à des agressions transphobes que les personnes M2F, non plus. Je me sens parfois trans. Je porte peu d’habits féminins, j’ai une coupe de cheveux masculine, je fais de la mécanique, je n’ai pas peur de l’agressivité dans la rue, je parle fort, bref, je me comporte “comme un mec” dans l’espace public. Et pourtant je me fais relativement peu emmerder, et plus “parce que je suis une femme” que parce que je ressemble souvent à un homme.

C’est que la norme de la “masculinité” et la structure patriarcale sont beaucoup plus remises en cause par des personnes nées “de sexe masculin” qui remettent en cause leur genre assigné que par des “filles” qui se virilisent.  Parce que ça fait plus peur aux homophobes de voir une tapette qu’une gouine.

En tout cas, je refuse de rester passive devant ce genre d’agression, que ce soit des agressions faites à mes potes ou à d’autres personnes transpédégouines. Je refuse d’entrer dans le credo pacifiste du “on est plus intelligent-e-s qu’eux/ils sont trop cons laisse tomber”. Personne n’est trop con pour comprendre qu’il fait n’importe quoi. Et à accepter sans répondre les insultes et les humiliations, on finit par juste baisser la tête  systématiquement, alors que ces comportements insultants ne doivent pas être acceptés.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut essayer de se battre avec dix personnes à la fois si on est tout-e seul-e dans la rue, ni que c’est possible de faire de la pédagogie avec les gros cons. Mais dans le cadre de ces agressions-là, comme dans le cadre du harcèlement sexiste, il y a trois choses extrêmement importantes :

  • Connaître ses propres limites : ce geste, cette parole, ce comportement ne passe pas, je ne le tolère pas.
  • Comprendre qu’on a le droit d’être en colère contre les insultes/harcèlement qu’on subit, et que ça ne fait pas de nous une mauvaise personne.
  • Prendre conscience de son pouvoir personnel : je peux dire non, je peux crier pour attirer l’attention, je peux me battre physiquement/employer la violence.

Et comme dans toute situation de violence, le moment déterminant, ça peut être quelquefois de dire clairement “non, casse-toi” à l’agresseur, qui des fois n’a jamais réfléchi que ça pouvait être une situation de violence pour toi ou que toi, de l’autre côté, tu peux être aussi un être humain. Et bien sûr, si on est témoin d’une situation homophobe/transphobe/sexiste sans en être victime, on peut 1) proposer à la victime de l’aider 2) alerter le plus de monde possible (si ça se passe dans la rue ou dans un lieu public) de ce qui est en train de se passer pour que l’agresseur ait peur et qu’il s’en aille 3) faire bloc avec d’autres copines si la situation dégénère.