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Un essai d’analyse de la Slutwalk : prédateurs, inclusivité et neutralité

Si tu es lecteur/lectrice de ce blog depuis un bout de temps, tu sais que j’ai participé à la Sluwalk de Toulouse en octobre dernier. Les conditions mêmes de la marche et les gens qui l’organisaient m’avait pas spécialement plu, je l’avais dit, ça avait fait un débat au demeurant intéressant sur le niveau de radicalité qu’on peut souhaiter mettre dans notre féminisme.

Comme la marche est rééditée cette année, j’ai décidé de me pencher sur l’appel à manifester pour voir un peu ce que ça disait.  L’appel à manifester de Slutwalk Toulouse est un copié-collé de la FAQ du site Slutwalk France (captures d’écran suivantes, datant du 14 août 2013).

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Donc.
 Ce texte a le mérite de rappeler plusieurs choses sur la naissance du mouvement Slutwalk (si on peut appeler ça un mouvement), notamment en termes historiques. Cependant, d’après la page “About” du site SlutWalk Toronto, l’évènement a eu lieu à Toronto et non à New York ; soyons précisEs.

 Il me semble important et nécessaire de rappeler pourquoi des personnes peuvent avoir envie de marcher dans la rue quand quelqu’un nous dit que c’est de la faute de notre habillement ou comportement si on est agresséEs ou violéEs.
Cependant, à mon avis, il y a des termes et des idées qui sont critiquables dans le développement, et c’est sur elles que je veux revenir ici.

Des difficultés de formulation ?

Tout d’abord, l’énumération qui constitue le paragraphe “Qu’est-ce qu’une SlutWalk ou Marche des Salopes ?” me pose plusieurs problèmes au niveau politique.
Poser la nécessité de rappeler qu’il faut que les personnes victimes de violence soient entendues par la police, c’est bien. Être “en faveur d’une meilleure communication entre  les services de protection et la société dans son ensemble”, “réclamer des moyens concrets au  gouvernement pour lutter contre le sexisme” c’est sympa aussi. Mais où sont ces revendications dans la marche ? Où sont-elles exprimées concrètement ? Je ne les vois pas.

Et surtout, rappeler ces nécessités sans pousser l’analyse plus loin, sans décortiquer  le système qui fait que ces problèmes existent me semble un peu léger au niveau théorique.

Pour ajouter de la râlerie à mon propos, je ne vois pas en quoi passer par les services de police serait un critère obligé de l’après-viol. Même si la police affiche de temps en temps que ses agents sont formés pour reconnaître les cas de viol et protéger les victimes, je continue de rencontrer des personnes qui me disent être allées porter plainte après un viol et qu’on ait refusé de recevoir leur plainte (parce qu’elles étaient en couple avec le violeur, ou parce qu’elles avaient bu, ou encore parce qu’elles étaient putes…). Il ne faut pas oublier que la police perpétue les logiques d’oppression (sexiste, raciste, transphobe, etc) sans les déconstruire ; la parole de toutEs les plaignantEs n’est pas prise en compte de la même façon, voire même peut être ridiculisée, moquée, dans certains cas.

Il m’est également difficile d’entendre le mot “prédateur”, surtout mis en majuscule.

Qu’est-ce qu’un prédateur ?

Pourquoi ne pas appeler un chat un chat et un violeur un violeur ? L’image du prédateur évoque un type qui rôde dans l’ombre pour brusquement sauter sur sa proie par-derrière. Je ne suis pas une proie, nous ne somme pas dans la savane, je suis une personne, les viols sont commis par des violeurs.

Qualifier les violeurs de prédateurs, c’est renforcer l’image du type qui traîne dans la ruelle sombre et qui attaque une femme jeune et innocente par surprise. Cette image n’a pas besoin d’être renforcée, elle est déjà le stéréotype dominant sur le viol et elle fait beaucoup de mal, parce que tout d’abord elle réduit les libertés des femmes en leur insufflant la peur de l’espace public dès l’enfance, et ensuite parce qu’elle réduit la définition du viol à un cas bien précis en taisant les autres formes de viol (viol par le conjoint, par le patron, par la famille, sur des personnes non-jeunes ou non “innocentes” etc).

Enfin parce qu’un prédateur chasse des proies, et que nous ne sommes pas de pauvres gazelles sans défense. Nous pouvons avoir conscience de notre force. Nous pouvons nous défendre, et nous le désirons.

Pour finir, je me demande avec ébahissement pourquoi, à aucun moment dans ce texte de présentation, n’est évoquée la récupération du mot de “salope” pour en faire quelque chose de positif et un motif de fierté. Pourtant, c’était le but basique de la première Slutwalk, arriver à retourner le stigmate de la salope en emblème, se le réapproprier pour en être fières, et dire “Oui, nous sommes des salopes, si être une salope veut dire nous comporter/habiller/déplacer comme nous le désirons, et nous avons des droits”.

Non-inclusion et blanchitude

Pour bien parler de ce que représente ce texte, il faut parler de ce qui s’y trouve, mais également de ce qui ne s’y trouve pas.

Je note dedans un certain effort de mixité dans les formulations, je suppose pour faire passer le message que les hommes aussi peuvent être violés. Ou que tout le monde peut réagir contre le sexisme et le viol.

Bien que je ne trouve pas ça logique parce que les logiques qui tournent autour du viol des hommes ne sont pas celles du slut-shaming mais plutôt de l’homophobie, pourquoi pas. Cool. On est tous contre le viol ! Youpie !

Que la marche ne se dise pas non-mixte a priori ne me pose pas de problème. J’entends qu’il y a des endroits et des moments non-mixtes et d’autres mixtes, et qu’on peut aussi vouloir lutter ensemble.

Ce qui, par contre, me pose problème, c’est de mettre tout le monde sur un pied d’égalité par rapport au viol. Nous ne sommes pas égalEs par rapport au viol.

Le mythe de la sororité (on est toutes pareilles/solidaires parce qu’on est des femmes) est une jolie histoire qu’on se raconte depuis les années 1970. Je conçois qu’on pouvait en avoir besoin à ce moment-là, qu’on peut même encore avoir besoin de cette idée, parce que se serrer les coudes ça fait du bien, se sentir appartenir aussi.

Sauf que voilà : on n’est pas toutEs égalEs dans notre “condition” (de femme, si ça veut même dire quelque chose de formuler les choses comme ça…même si formuler la menace du viol comme quelque chose d’appartenant primairement aux femmes est hyper excluant, notamment pour les mecs trans*).

Pour commencer, le mythe de la sororité peut être super excluant pour les personnes trans* (On a toutes un vagin/un utérus = on est toutes des femmes ? Non, non, il y a des femmes qui n’ont pas de vagin, faire cette équation femme=utérus ou quoi est essentialisant, excluant, et horrible).

Sauf que voilà : on a beaucoup plus de chances d’être violée si on est racisée, trans*, pute/travailleur-euse du sexe, handicapée.

De plus, en appartenant à un groupe stigmatisé/défavorisé, on a beaucoup de chances de se sentir moins légitime à parler, à occuper l’espace public, que des personnes cisgenre, blanches, valides, non-putes.

On peut ajouter à ça que le mouvement Slutwalk en lui-même fait face à des accusations de racisme depuis une paire d’années, et que la légitimité blanche est vraiment un truc à examiner en profondeur si on ne veut pas passer à côté des voix de personnes qui sont tout aussi importantes pour le féminisme que nous, femmes blanches cisgenrées.

Ce qui fait que mettre tout le monde sur un pied d’égalité par rapport au viol, c’est nier ces réalités-là, c’est perpétuer le status quo qui invisibilise les expériences  spécifiques des personnes racisées, trans*, putes, handi.

Je trouverais ça bien qu’un morceau de texte ou appel à manifester reconnaisse les expériences de ces personnes et les invite spécifiquement à manifester ; sans pour autant faire des manifs non-mixtes si vraiment l’objectif général de la Slutwalk est de rassembler, mais, comme on le verra plus tard dans ce texte, maintenir le status quo, c’est maintenir les rapports de pouvoir.

Consensualisme et pacifisme

Au cours du texte de présentation, on trouve plusieurs occurences du concept de paix, de consensus, de dialogue, etc.

A première vue, faire d’une marche contre le viol “un lieu PAISIBLE d’échanges pour inviter les gens au dialogue” part d’une bonne intention. Le dialogue, la paix, quoi de plus beau, politiquement ? Oui mais… oui mais non. Le viol, c’est une atteinte insupportable à la dignité, à la liberté et aux droits d’une personne. Quand on est victime de viols ou d’agressions sexuelles, on peut et on a le droit d’être en colère ; on peut ne pas vouloir être paisible. Quand on est victime de slut-shaming, de même. Et je pense qu’une marche contre le slut-shaming et le viol devrait permettre d’exprimer cette colère. Le dialogue, c’est bien, mais pourquoi, en fait ? Vous pensez que le “dialogue” permettra que les violeurs arrêtent de violer ? Tiens, ça me rappelle une histoire d’oppression raciale et de boycott de bus (indice : l’oppression ne s’arrête pas parce qu’on dialogue bien gentiment avec les oppresseurs).

Il faut que les viols cessent. Il faut que la honte et la peur changent  de  camp, non ? À quoi sert de proclamer qu’on veut la paix et le consensus pour un sujet aussi grave ?

Le bouquet final de l’absurdité politique de ce texte est peut-être représenté par la dernière phrase :  “La marche étant ouverte à TOUS, elle se veut  consensuelle, politiquement neutre et tolérante. Ce n’est pas  l’occasion d’imposer violemment aux autres un style de vie, une  orientation sexuelle, des croyances ou des idées politiques…. Tout le monde doit être à l’aise et passer un bon moment !”

Que la marche soit consensuelle, pourquoi pas. Tout le monde est contre le viol, a priori, non ? C’est cool, d’être contre le viol.

Qu’elle soit “tolérante”, déjà, m’embête un peu plus. Tolérante par rapport à quoi, et envers qui ? J’ai été violée. Je connais plein de personnes qui ont été violées et/ou agressées sexuellement. De quelle tolérance se prévaut-on dans une marche qui est contre le viol ? On est tolérantEs par rapport aux personnes violées, c’est-à-dire qu’on tolère leur présence et leur existence ? Merci, vraiment, c’est trop d’honneur.

Ou alors on est tolérantEs par rapport aux violeurs ? Il peuvent eux aussi être à l’aise et venir passer un bon moment ? (Manifester contre le viol = passer un bon moment ? C’est sûr que quand je pense aux fois où j’ai été violée, ma seule envie est de boire un thé avec des bisounours roses, vraiment).

Mais une marche contre le viol “politiquement neutre” ? Excusez-moi pendant que je me roule par terre. Comment peut-on être politiquement neutre quand on prend position contre le viol et les structures qui entretiennent la culture du viol ?

Le privé est politique. Ce qui se passe dans ma culotte, c’est politique. Surtout quand j’y trouve une main, un objet ou un pénis qui n’a pas été invité à y être. Le rapport de force social défavorable aux personnes violées est politique. L’idée que les personnes sont violées parce qu’elles s’habillent comme des putes est politique, elle vient d’un système politique construit.

Neutralité ? Non. Pas possible.

“Si  vous restez neutre dans une situation d’injustice, vous avez choisi  l’oppresseur. Si un éléphant marche sur la queue d’une souris et que  vous dites que vous êtes neutre, la souris n’appréciera pas votre  neutralité”. Desmond Tutu.

Être neutre par rapport au viol, c’est cautionner le fait que le viol existe et que la culture du viol se maintient.

Prendre position contre le viol, c’est être féministe. À un moment, il faut choisir son camp. Sinon, ça veut dire qu’on privilégie le marketing politique (ne pas faire peur aux gens avec le grand méchant mot “féminisme”) par rapport aux droits des personnes pour et avec lesquelles on est censéE lutter.

Conclusion :

Finalement, j’aime le concept de SlutWalk. J’ai aimé ça dès que j’ai vu les premières photos de celle de Toronto en 2011. J’aime le fait de se réapproprier la rue tout en disant aux slut-shamers que la façon dont on s’habille nous appartient, que rien ne justifie jamais un viol, que le responsable c’est le violeur.

Mais je n’aime pas la Slutwalk comme elle est faite maintenant.

Je n’ai pas envie d’être là pour faire joli, ni pour faire plaisir aux journalistes.
Je n’ai pas envie de nourrir les stéréotypes dominants sur le viol en taisant les autres réalités.
Je n’ai pas envie de perpétuer un féminisme blanc raciste, transphobe, essentialiste et anti-putes, même si c’est juste par manque de réflexion.
Je n’ai pas envie d’être neutre, ni gentille, ni bien élevée quand on me parle de viol.

Ceci n’est pas une attaque gratuite ; plutôt une proposition de réflexion. Les féministes d’Amérique du Nord sont capables de réfléchir en termes d’inclusivité et d’intersectionnalité : pourquoi pas nous ?

Ceci est un appel pour que le féminisme français devienne une vraie force sociale, une révolte et une solidarité qui incluent vraiment toutes les personnes souffrant des systèmes de domination.

Sidérée

Oui. Je suis sidérée.

Ça fait plusieurs mois que la situation est tendue, douloureuse, difficile.

Ça fait plusieurs mois que des copains se font tabasser dans la rue parce qu’ils marchent main dans la mains (Vous vous souvenez de Wilfried ?). Ça fait plusieurs mois que des copines se font insulter, frapper, cracher à la gueule. Sale gouine, sucez vos pères. Ça fait plusieurs mois que les bras m’en tombent de lire dans les journaux ce qui se passe.

Ça fait plusieurs mois que la violence est constante. Tous les jours. Tous les jours j’entends des propos à faire frémir, que ce soit dans mon boulot, dans la rue, en famille, sur Internet. “Les pédés, faut les jeter du haut d’une montagne Madame !” (au travail). “Non mais quand on a CHOISI l’homosexualité qui est un mode de vie stérile, il faut assumer qu’on ne peut pas avoir d’enfants. Mesdames, si vraiment vous êtes lesbiennes et que vous voulez des enfants, il existe un moyen simple, hein : coucher avec un homme !” (à la radio). “Les taux de suicide 13 fois plus hauts chez les jeunes homosexuel-LE-s que chez les jeunes hétér@s ? La sélection naturelle !” (Les mères veilleuses du Capitole). “Je ne suis pas homophobe mais quand même… deux pédés auront jamais les qualités pour élever correctement un enfant !” (Facebook).

Ils se disent contre l’homophobie, tolérants avec les sexualités non-hétéras. Mais on sait bien qu’ils nous pensent moins bien qu’eux. Et qu’ils manifestent aux côtés de gens à qui ça ne fait pas peur de tabasser des transpédégouines, de faire des saluts nazis, de nous souhaiter la mort et la torture.

Tous les jours, je me lève avec la peur. Oh, pas une peur énorme et paralysante et terrifiante, mais la peur. D’apprendre qu’un ou une de mes potes a été tabassé-e à mort. Que les remarques homophobes aient finalement fait péter un câble à l’une ou l’autre d’entre nous et le ou la pousser à commettre l’irréparable.

Ça fait des mois que j’attends la tragédie.

Ça fait des mois que la tristesse le dispute à la colère dans ma tête et dans mes actions de tous les jours. Aller pleurer chez moi sur mon ordi. Ou répondre aux connards sur Internet. Ou aller à un millième rassemblement contre l’homophobie. Ou faire une centième action coup-de-poing.

Juste pour défendre nos droits. Pour dire “On est là”. Pour se sentir un peu plus fortEs. Pour pas retourner pleurer chez nous tous seuls, toutes seules. Pour faire passer le message aux kids qui sont chez eux avec des parents homophobes et à qui ça donne envie de mourir. Pour faire un peu de bruit.

Et ça fait des plombes qu’on se prend des beignes. Et qu’on rentre à la maison en sachant que ces gens pensent qu’on est des perversEs, des dévientEs, qu’il faut qu’on brûle. Ou qu’ils pensent pas ça ouvertement, mais quand même, “je suis pas homophobe mais les pédés…”.

Je suis fatiguée. Et j’ai la rage. Cette tension constante m’épuise. Cette façon de me demander tous les jours qu’est-ce qui va nous tomber sur la gueule encore ? Une beigne, un crachat, un vieux connard de psy qui propose “que des couples de lesbiennes mettent un lit vide dans leur chambre pour symboliser la présence du père” (Aldo Naouri), une insulte, un autocollant de Civitas… Des gens qui “en ont marre d’entendre parler de ces histoires”, des gens qui pensent que “ils ont le PACS faut arrêter de nous faire chier maintenant”.

Qu’ils agressent un type dans un bar pour le laisser gravement handicapé, qu’ils tagguent “White Power” sur les murs, qu’ils commettent des viols punitifs, des ratonnades, qu’ils tabassent des pédés, qu’ils crachent sur des potes mecs cis qui mettent des jupes, c’est toujours la même chose. Ils se sentent autorisés à nous faire de pire en pire. Ils nous font de pire en pire.

 

On ose nous dire que la France est un pays en paix.

Hier soir un gamin est mort. Il avait 19 ans. Il s’appelait Clément. Il avait l’âge de ma soeur. Il avait sûrement plein de trucs à faire dans sa vie. Mais il est mort. Et ces connards courent toujours.

Je suis fatiguée. Et j’ai la rage. C’était même pas mon pote, et j’ai la rage. J’ai envie de pleurer pendant mille ans, et j’ai aussi envie de brûler tous les fachos. J’en ai rien à foutre de la spirale de la violence. Elle est commencée maintenant. J’ai envie de voir mes copains et copines se soulever, exploser le béton, mettre le feu à tout, et se balader en ville avec des cutters.

On ne méritait pas ça. Personne ne méritait ça. Mais maintenant c’est plus le moment d’être non-violentEs. C’est plus le moment de tendre l’autre joue. Ça ne les fera jamais reculer qu’on fasse des kiss-in et des die-in et des rassemblements bavards contre l’homophobie. Ça les ferait plutôt rigoler et ils continueront leurs petites balades de nuit pour casser du pédé.

J’en ai plus rien à foutre.

Je suis fatiguée, et j’ai la haine.

La ville ! La rue ! La nuit nous appartient ! [Marche de nuit féministe non-mixte, 31 mai 2013]

Vendredi 31 mai, à Toulouse, c’était la marche de nuit non-mixte, organisée par le collectif Queen Kong.

fly marche de nuit1On s’est retrouvées à 21h30 à ArnaudE BernardE pour commencer la marche de nuit. J’étais là au début, quand on était juste cinq ou six personnes calées contre un banc à attendre. Et puis plein de meufs ont commencé à affluer de toutes parts. Joie et sourires en voyant que toutes mes copines sont là, on se dit bonjour, on est contentes d’être ensemble. Un photographe mec demande s’il peut prendre des photos, on lui dit de partir.

Les flics arrivent pour nous rappeler que les marches de nuit sont interdites. On leur dit qu’on va la faire quand même. Petit moment de stress pour moi, j’aime pas les flics, et j’ai vécu trop de trucs violents avec eux dans les derniers mois pour être vraiment détendue. Mais je suis avec les copines, on commence à être 150 ou 200, on risque rien pour le moment.

Après une demie-heure on part en direction du Capitole en commençant à crier des slogans : “Hé, man, si tu frappes une femme, prends garde qu’un jour, elle te défonce le crâne !”, “On est fortes, on est fières, féministes et en colère !”. Ambiance détendue et tranquille, pas de relous pour le moment. On s’ambiance.

À un moment, à mi-chemin, quelques meufs se mettent à crier. On reprend toutes le cri, primaire, inarticulé, puissant. Ça fait du bien de hurler avec les copines. Sans autre but que juste de crier très fort.

J’ai l’impression qu’avec ce cri sortent tout un tas de trucs que je me suis pas autorisée à exprimer avant ; de la colère, de la souffrance. Et que là, au milieu de toutes mes copines féministes, ma colère contre ce monde de merde, contre les agressions constantes, contre les remarques pourries, contre les relous, que ma colère est entendue et comprise, enfin,  sans que les gens me prennent pour une folle ou trouvent à redire à ce que je m’exprime. Ça fait du bien.

Du coup je me sens plus détendue et j’oublie la présence de la quinzaine de flics qui nous suit (avec, bien sûr, deux fliquettes, au cas où on serait arrêtées et fouillées, puisque les flics mecs ont pas le droit de nous fouiller).

À Saint-Sernin, arrêt pour rebaptiser la cathédrale “Notre-dame de la chatte”. On repart. Les gens nous regardent comme si on était complètement folles ; on invite toutes les meufs qu’on croise à nous rejoindre, quelques-unes viennent. Le photographe relou nous suit toujours.

Après Capitole, où on croise un match de hand-ball bien viriliste et pourri, on part en direction de la rue de Metz.

Un type habitant au troisième étage du 16 de la rue Sainte-Ursule agite un drapeau de la Manif Pour Tous. Il se fait huer et pourrir pendant les dix minutes où il nous nargue, mort de rire, à sa fenêtre. Quand il ferme finalement sa fenêtre, on se met à lui chanter “On a ton adresse ! On a ton adresse !”. Et on repart.

Les relous commencent à affluer. Des mecs qui veulent absolument rejoindre la manif, bien qu’on leur dise qu’ils ne sont ni bienvenus ni acceptés. Visiblement, ça blesse leurs égos, puisqu’au lieu de se taire et de nous laisser passer il faut absolument qu’ils se mettent DEVANT la manif pour nous empêcher de passer.

J’ai jamais compris le délire du gars devant une marche non-mixte : on te dit que tu n’es pas le bienvenu et qu’on veut rester entre meufs, tu te mets au milieu, on te sort gentiment, tu reviens, tu nous insultes, on t’insulte, t’es tout seul, on est 200 meufs super énervées, et il faut que tu te mettes à nous taper alors que tu vois bien que t’es ni en position de te faire entendre, ni de mettre en place un rapport de force à ton avantage. Faut être idiot à un point rare, quand même.

Les flics commencent à être tendus. Ils se rapprochent petit à petit, ils essaient de passer des deux côtés de la manif. On commence à crier des slogans anti-flics. (Comme j’étais devant j’ai pas trop vu ce qui se passait avec les flics à partir de ce moment-là, s’il y a des meufs qui étaient là et qui me lisent, je veux bien vos infos). “Police nationale, police patriarcale !” “Police partout, justice de classe !”. L’ambiance se tend graduellement jusqu’à la fin de la manif.

Un type de quinze ans commence à nous soûler. On lui dit gentiment mais fermement de se barrer. Il s’énerve et devient violent. On l’attrape par le col et on l’écarte du groupe. Il revient. On le pousse avec des copines. Je me prends un coup de pied. Il se met à s’embrouiller avec d’autres meufs en périphérie du groupe. Ensuite il sort une bombe lacrymo de poche et gaze quelques personnes. On continue finalement à marcher en se faisant applaudir par les patrons (mecs, blancs, vieux) de bar du quartier qui sont tout heureux qu’on ait mis une fessée à un kids racisé. Ça fait vraiment chier.

Rue de Metz. Un autre relou nous empêche de bouger. Il vient nous soûler, nous insulte. On le sort, il revient, processus habituel. On finit par le coincer contre un abri de bus. Et là, insulte ultime du relou : “De toute façon, vous êtes vilaines ! Vous êtes toutes gouines !”. Éclat de rire général : “Ouais, et en plus on a des poils sous les bras !”. Il se casse, tourne autour de la manif, revient par l’autre côté, on commence à être soûlées et à le pousser pour le virer. Il nous crache dessus. Un flic intervient pour nous gueuler de pas être violentes (haha) et distribue deux ou trois claques. On re-crie des trucs anti-flics. Le photographe est toujours là, une copine l’attrape par le bras et lui intime de dégager (ça fait quand même le quatrième avertissement qu’on lui donne, ça suffit un peu).

Alsace-Lorraine. On se regroupe. Les flics se rapprochent.

On tourne vers une église qu’on rebaptise. Arrêt pipi collectif : trente meufs qui se déculottent en pissant par terre et en poussant des youyous joyeux. Ça fait du bien. On reprend l’espace. On se venge de tous ces connards de curés qui veulent qu’on reste à la maison à faire des gosses. On se venge des humiliations des derniers mois. On se venge des flics qui nous humilient à chaque fois qu’on se fait choper à pisser dans la rue : là, on est plein, et on fait ce qu’on veut.

Du coup, ils nous gazent. Ça picote, mais pas de gros gazage d’après ce que j’en comprends. Je suis toujours devant. On essaie de marcher groupées pour pas se faire isoler. C’est tendu mais on se marre. J’étrenne mon nouveau bandana trop classe. On se met à crier en tapant dans nos mains : “ALLEZ LES GARS, ALLEZ LES GARS, COMBIEN ON VOUS PAYE POUR FAIRE ÇA ?”. O est derrière moi et elle est trop belle avec sa mini-jupe et son sourire immense, à sauter partout et à taper dans ses mains.

Rue Saint-Antoine du T. Les flics se rapprochent. On est vénèr. Ils gazent contre le vent et s’en prennent plein la gueule. On se marre en les voyant chialer : AH ÇA FAIT MAL HEIN ? AH ÇA PIQUE LES YEUX ? AH BEN DOMMAGE !”. Ils poussent et tirent dans tous les sens. Ça va partir en sucette, on le sait. On leur gueule dessus. Un flic fait son vénèr et nous rentre dedans. Une personne est blessée. Elle est derrière la ligne de flics avec cinq ou six copines. On se tasse pour pas qu’ils avancent. Il faut surtout pas qu’ils arrivent à les isoler. Du coup, on pousse. Ils poussent. Ils gueulent. On leur crie dessus : “NOUS AU MOINS ! ON A DES MOUSTACHES !”. On rigole un coup.

Je suis devant. Je suis vénèr. Ils commencent à taper. J’ai envie de protéger mes potes. J’ai la rage. J’ai pas envie qu’ils isolent la personne qui est par terre. On pousse.

Je vois le bras du keuf, la bombe brillante de lacrymo, le nuage blanc dans l’air. J’ai le temps de penser “Oh merde…” avant que mes yeux ne prennent feu. Tousse tousse, on me tire à l’écart, ça pique, les copines s’occupent de moi, sérum physiologique dans les yeux, on est quinze à couler des yeux et à avoir la tête qui gonfle.

On continue jusqu’à la place Wilson, on entoure la personne blessée, des gens s’occupent de l’emmener aux urgences, on se demande si on a envie de continuer, on se dit que c’est trop tendue, des gentes sont parties, les flics sont vénèr, on se casse boire des coups en groupe de copines.

Finalement c’était pas si tendu que ça et on a pu se sentir fortes entre copines (ça sert à ça, une manif non-mixte). La personne blessée a une entorse au genou. Mes yeux ont dégonflé au bout de dix minutes. (Un immense MERCI aux copines qui se sont occupées de moi, je vous AIME).

À quand la prochaine ?

Monde de merde

Je sors du boulot et j’ai plein de cartons sous le bras parce que je déménage (ouais, une fois de plus) et qu’il faut que je mette mes affaires dans des cartons. C’est juste à côté de la gare et il fait gris.

Il y a une fille assise sur un rebord de mur.

Il y a un type à deux centimètres d’elle. Il est debout. Il lui hurle dessus et il l’insulte. En pleine rue. Sale pute, tout le monde sait que t’es qu’une sale pute, ils t’ont tous vue, connasse, je vais te défoncer si tu continues, tu vas voir, on va t’enculer, tout le monde sait que t’es partie avec lui samedi, sale pute.

La fille baisse la tête. De temps en temps elle dit deux trois mots vites couverts par l’avalanche d’ordures qui sortent de la bouche du type.

Je m’arrête à trois mètres d’eux sur le trottoir et je regarde ce qui se passe. Il ne s’arrête pas d’insulter la fille. Je me dis que c’est une situation complètement abusée, qu’il faut que je réagisse, est-ce que je réagis maintenant, est-ce que j’attends de voir s’il la tape ? Des gens passent à côté sans un regard. J’ai le temps de réfléchir dix secondes à ce que je veux faire et à si je peux le faire en les regardant et en écoutant le flot d’insultes qu’elle se prend dans la gueule. Je suis seule, j’ai les bras pleins de cartons, un vélo à la main, et pas de copines avec moi.

Le mec arrive vers moi. “Et toi qu’est-ce que t’as à mater là ? Casse toi connasse salepute”.

Je lui réponds qu’il est en train d’avoir un comportement que j’aime pas, qu’il est en train de pourrir une meuf en public, que c’est hyper violent, qu’il faut qu’il cesse.

Il s’approche de moi, super près. T’es qui pour me parler comme ça ? Sale pute. Va te faire enculer. Casse toi connasse. Sale pute.

Il y a des gens qui passent à côté, ils regardent par terre.

Je suis une meuf et t’es en train de faire violence à une meuf. Je regarde la meuf et je lui demande si elle a besoin d’aide. Elle me dit non, elle me dit de partir, elle gère, non, ça va, t’inquiète.

Il me dit tu sais qui c’est cette meuf,  cette meuf c’est une pute, elle a pas besoin qu’on la défende, c’est une salope, et toi sale gouine, pourquoi tu la défends ? T’sais elle aime les hommes elle, elle va jamais te mettre des doigts, pourquoi tu la défends ? Tu la défends parce que tu veux qu’elle t’encule ? Sale gouine, prends tes cartons et rentre chez toi, sale pute va. Sale gouine. Tu crois qu’elle va vouloir coucher avec toi cette meuf ? Elle aime les hommes sale pute, sale gouine, va te faire enculer,  t’es qui pour venir me parler comme ça sale pute, connasse, salope? T’es qu’une gouine ! Il se rapproche de moi, je descends de vélo, j’ai le coeur qui bat super fort, je me demande si je dois le taper ou pas, s’il va me taper, putain s’il me tape je vais perdre mes lunettes j’y verrai que dalle, je mets mon vélo entre lui et moi, je continue à parler pour le distraire, pour que la meuf puisse se barrer si elle a envie, j’ai un couteau dans ma poche, si je le sors il va sûrement sortir une lame aussi, si je continue à lui répondre il va me défoncer, mais je peux pas laisser faire ça, j’ai peur, pourquoi personne intervient, la meuf a même pas l’air d’avoir envie de se casser, je sais pas si elle chiale ou si elle se marre, elle doit se foutre de ma gueule en fait, pourquoi elle se laisse faire comme ça, respire,

– Et toi t’es qui ?

– Moi ? J’suis une fourmilière au milieu de 36 millions de fourmis ! (véridique. Il a vraiment dit ça).

– Ah ouais ? Et alors ça justifie que tu lui parles comme ça à cette meuf ?

La meuf me regarde, elle me dit que ça va, elle me dit de me casser, je tremble, je sais pas quoi faire, le type s’est un peu éloigné de moi, il recommence à lui parler en m’insultant de temps en temps, je tremble et je sais pas du tout quoi faire. Du coup je reprends mon vélo et je me casse.

Vingt mètres plus loin il y a un type qui était passé à côté pendant la scène et qui me dit “Faut faire attention Mademoiselle, ce type c’est un dealer”. Je suis sciée, j’essaie de lui parler pendant que mon coeur fait n’importe quoi et que je mate par-derrière si l’autre taré est pas en train de me courir après. Non mais vous vous rendez compte ? Il faudrait qu’elle se fasse tabasser devant vous pour que vous réagissiez ? Vous êtes passé juste à côté et vous avez laissé deux personnes se faire insulter en regardant vos pieds ? Vous ne pouviez pas intervenir ?

– Ouais mais c’est un dealer. Faut faire attention.

– Et alors ? Je m’en fous que ce soit un dealer. Il a pas à se comporter comme ça c’est tout. Et personne ne lève le petit doigt pour mettre un terme à la situation. C’est dégueulasse.

– Allez bonne soirée Mademoiselle et faites attention à vous hein.

Ouais c’est ça je vais faire attention à moi.

 

Le PS roupille, les fachos dégoupillent ! Riposte transpédégouine (manifestation du 19 janvier 2013, Toulouse)

[Cet article a été édité le lundi 21 janvier à 12.20 et à 15.50, et le mardi 22 janvier à 11.43]

Hier c’était la manif unitaire de Midi-Pyrénées pour l’extension du mariage aux couples homosexuel-le-s, à partir de 15h au centre-ville de Toulouse. J’y suis allée pour faire partie du bloc radical trans-pédé-gouine. Notamment parce que c’est la seule section de la manifestation dans laquelle je me reconnaisse un tant soit peu. Pas envie de marcher avec Osez le Féminisme, pas envie de marcher avec le PS, pas envie de marcher avec Arc-En-Ciel Toulouse. Je préfère les copains-copines freaks/genderfluid/trans*/énervé-e-s/monstres de toutes sortes.

Finalement j’ai quand même fait pas mal de manifs sur le sujet cette année et c’est souvent une espèce de Pride plus ou moins politisée (avec la grosse musique boum boum qui va bien et un mec à la sono qui couine sur l’égalité des droits et le fait que “LA LOI ELLE VA PASSER HEIN”). C’est pas trop ma façon de faire de la politique mais je suis en colère contre les torrents d’inepties, de clichés, d’intolérance, de mensonges qu’on se prend depuis le début du “débat” et contre ça je veux bien marcher.

Alors je bouge à Alsace-Lorraine avec une copine pour retrouver nos potes TransPédéGouines. Ils ont fait une belle banderole.

Copyright sharedwanderlust. Photo sous licence Creative Commons share-alike, conditions dans la boîte texte à droite de la page

Le texte de la banderole : “Le PS roupille les fachos dégoupillent. Riposte TransPédéGouine.

On marche comme ça cinq minutes et on arrive au croisement de la rue Alsace-Lorraine et de la rue Lafayette. Il y a un échafaudage appuyé contre la vitrine du magasin à gauche. Je lève la tête et il y a trois personnes là-haut qui viennent d’allumer des fumigènes bleu-blanc-rouge et qui se déshabillent en sortant de leurs vestes des affiches “Jeunesses Nationalistes” (blanches avec un aigle jaune, légende “L’action sans concessions”). Il y en a un avec un mégaphone qui crie des trucs et un autre qui met le feu à un drapeau arc-en-ciel devant nous. Ils ont attendu que ce soit le morceau TransPédéGouine de la manif qui passe pour faire leur petit numéro.

Tout le monde s’est mis à crier à ce moment-là donc c’était difficile pour moi de bien entendre ce qu’ils disaient exactement dans leur mégaphone. D’après plusieurs personnes qui étaient un peu plus proches que moi, il y a eu les phrases suivantes “On va vous brûler sales pédés”, “La France sans pédés” voire “On va vous crever sales pédés”. [EDIT du 21 janvier 2013 à 15.50 : d’après une vidéo postée par les jeunesses nationalistes sur leur site (cherchez tout-e-s seul-e-s, je ne linke pas vers ça) les slogans au mégaphone se rapprochent plutôt de “Non aux pédés, la famille c’est sacré”]

Visiblement ça n’a laissé personne indifférent. Les gens du cortège se mettent à leur jeter plein de choses dessus, et quelques personnes grimpent sur l’échafaudage pour leur mettre une branlée. Coups de bâton, coups de pieds, insultes, une copine met un bon coup de latte dans le cou d’un des trois. Les gens en bas crient des encouragements et hurlent sur les trois jeunes nationalistes. Il y a des gens qui secouent l’échafaudage à coups de bâtons en criant. Grosse colère générale.

Une minute de chaos plus tard, les trois idiots sont recroquevillés sur leurs planches et les flics arrivent pour les mettre à l’abri (ou les arrêter, on sait pas très bien). Les copains-copines-antifas-etc qui étaient montés pour les latter descendent de l’échafaudage. Le mec qui tenait le mégaphone se remet debout et regarde “fièrement” les gens qui sont en bas pendant que tout le monde lui crie dessus.

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Les trois (ou quatre) personnes qui se réclament des Jeunesses Nationalistes juste après l’arrivée des flics regardent les TransPédéGouines et Antifas dans la rue (Photo copyright sharedwanderlust, Licence CC)

Deux motos de flics arrivent, des BACeux, un mec avec une matraque téléscopique. Ils essaient de faire bouger les gens pour les faire rejoindre le reste du cortège qui est reparti. Les gens ne bougent pas et scandent “Police homophobe !”.

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Un manifestant fâché contre les Jeunesses Nationalistes. Photo Bénédicte Poirier, ActuToulouse.

 Des BACeux essaient de choper dans le tas les gens qui étaient montés sur l’échafaudage pour mettre leur raclée aux fascistes des JN. Trente secondes de mêlée, finalement personne n’est arrêté. Encore trente secondes de confusion où les gens crient “Toulouse antifa”. Plus de mêlée, hésitation, le calme revient.  Et là, quand plus personne ne se bagarre, un flic gaze une personne, sans raison et directement dans les yeux. La personne s’évanouit et est transportée à l’écart pour pouvoir récupérer. [EDIT, lundi 21 janvier, 12.20 : d’après un commentaire, les flics essaient à ce moment-là d’arrêter les personnes qui crient “Police homophobe” et pas les personnes qui étaient montées sur l’échafaudage. D’où la mêlée. Merci à MarionduFaouet pour la précision ! ]

La suite de la manif est finalement assez peu marrante. Tout le monde est fâché contre les Jeunesses Nationalistes et soutient les antifas qui ont été très réactifs. La personne qui parle dans la sono nous agace tous en clamant qu’il fait partie d'”Hétéros Solidaires” (un mec, blanc, hétéro, qui vient casser les oreilles de tout le monde dans une manif LGBT/transpédégouine ? Sérieux) et en lançant des fleurs à François Mitterrand “qui a dépénalisé l’homosexualité en France ! Ouaiiiiis !”. Bon, ça va mec, en fait. On va pas s’emballer. Il salue les Jeunes Socialistes, les Verts, et à peu près tous les collectifs participant à la manif, comme Osez le Féminisme. Slogans genre “Homophobie en prison !”. On lui crie que la prison n’est souhaitable pour personne et que le PS est complice de l’homophobie d’État.

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À la fin de la manif, il y a des prises de paroles pour les collectifs. Le collectif La Licorne Déviante (lien dans la catégorie “Make Your Own Gender” à droite) se voit refuser la prise de parole en raison de ses prises de position “trop violentes”. Le mec au micro explique que le collectif Arc-En-Ciel va porter plainte contre les Jeunesses Nationalistes. C’est ça, les flics et les juges vont nous aider, sûrement.

Je me barre finalement avec des copines pour éviter les flics qui contrôlent tout le monde au métro.

La conclusion de tout ça ? Je suis contente que la réaction collective ait été aussi prompte contre les nationalistes. Ils ont communiqué sur leur site que “La famille est en danger, menacée par une loi tout droit sorti des tréfonds de cette immonde république maçonnique.“, que “nous leur avons montré aujourd’hui que nous ne laisserons pas passer des lois perverses dans notre pays“, en employant les termes de “dégénérés” et “invertis” pour nous qualifier. Je suis contente qu’ils se soient pris une bonne branlée.

Au passage, spéciale dédicace au journal la Dépêche et à son journaliste idiot, qui écrit “Quatre personnes, identifiées par des témoins comme appartenant à la mouvance identitaire, juchées sur un échafaudage, ont scandé des slogans hostiles à la procréation médicalement assistée.” Non, en fait, ils se sont revendiqué appartenir aux Jeunesses Nationalistes et ils ont scandé des slogans HOMOPHOBES. L’article continue sur “La police, dont un équipage de la brigade anticriminalité, est intervenue pour mettre un terme à l’affrontement en procédant à un jet de lacrymogène afin de disperser la foule”. Là encore, faux, les flics ont gazé sans aucune raison des gens qui n’étaient pas du tout en train de se battre. Pour l’information, tu repasseras, hein, La Dépêche.

[EDIT : par ici, l’article de l’Union Antifasciste Toulousaine. ]

Jésus aussi avait deux papas ! (Samedi 17, Toulouse, sortie en famille).

Depuis samedi, les infos arrivent petit à petit. Les photos de la manif de l’aprèm, les nouvelles des autres villes, les vidéos des divers évènements.

On dit que la colère est mauvaise conseillère, qu’il faut se maîtriser, que le dialogue est constructif. Quand je me souviens de samedi, je n’ai pas envie de dialoguer. Depuis samedi, je suis en colère, encore plus qu’avant, d’une colère qui ne risque pas de s’éteindre.

Pour décrire la situation de façon un peu simple, Toulouse a été le théâtre d’une manifestation contre le projet de loi du “mariage pour tous”. Cette manifestation a rassemblé entre cinq et dix mille personnes et a été initiée par plusieurs organisations. Elle a fait l’objet d’une contre-manifestation au même endroit. Les chiffres avancés par la presse sont assez divers et je préfère ne pas m’embarquer dans une estimation foireuse, d’autant que je suis arrivée plutôt à la fin.

Samedi, 16h. Les “anti” ont manifesté toute l’après-midi. Je passe par hasard au travers de leur cortège. C’est assez effrayant. Coupes au carré, serre-tête en velours, la plupart des manifestants sont soit en couple (clairement plus de soixante ans) soit en famille, soit des étudiants version UNI ou open-church (mention spéciale à la personne avec badge “I ❤ paray-le-monial”. On sait avec qui on est comme ça). Les panneaux sont d’une inventivité effroyable, les slogans aussi. Je remarque une pancarte “Une maman pour la tendresse, un papa pour les encouragements, les enfants ont besoin des deux” qui me fait osciller entre rire et consternation – personne, jamais, ne leur a parlé de théorie du genre, de construction sociale, ou même abordé le sujet avec eux ? J’hallucine un peu de voir autant d’enfants tenant innocemment des pancartes, des ballons, des autocollants. J’ai un peu envie de leur souhaiter bonne chance, même pas l’âge de comprendre les enjeux de l’évènement et déjà instrumentalisés…

Leur mégaphone se réjouit qu’il y ait eu trois mille personnes réunies à Marseille le même jour.

Je me mets à crier “Jésus aussi avait deux papas” au milieu de leur manif et me fais rapidement sortir par un service d’ordre diligent.

Place du Capitole, vingt minutes plus tard. La manif en soutien au mariage pour tous  empêche l’autre cortège d’entrer sur la place en bloquant la rue de la Pomme. Cris et slogans. Les “anti” bénéficient d’un camion-sono qui balance des grosses basses avec une espèce de crétin en jean slim qui danse dessus. Je n’aurais jamais cru entendre du Céline Dion et du Gotye dans une de leurs manifs. On se croirait presque à la Gay Pride avec leurs petits ballons roses. Les CRS ont déjà gazé une fois, les gens pleurent mais tiennent bon, drapeaux en main. Ça me fait plaisir de voir un drapeau queer rose/noir.

Sur la place du Capitole proprement dite, des stants d’associations qui soutiennent l’économie solidaire, d’autres stands contre le gavage des animaux, un mariage, des gens qui vivent leur vie.

Juste à côté, rue de la Pomme, angle entre la rue et le théâtre du Capitole. Tension dans l’air, personne ne comprend ce qui se passe, tout le monde fait blocus, par terre ou juchés sur les blocs de pierre autour du Capitole. Leur camion avance sur le devant de leur groupe en lançant des chansons, toujours sous les pieds de l’andouille qui remue ses fesses. Je pense à un sérieux cas d’homosexualité encore au placard. On se demande ce qui se passe dans sa tête…

Les CRS ne bougent pas.  On se demande ce qui va se passer pendant trente ou quarante minutes, et puis hop, tout le monde se met à courir dans tous les sens, c’est le deuxième gazage, sans sommation. On se pose la question de la raison. Je pense encore que si les CRS font raisonnablement leur boulot, ils resteront là à séparer les deux manifs et à éviter qu’il y ait trop de soucis… et je me mets le doigt dans l’oeil : leur but est bien de repousser la foule des “pro-mariage pour tous” pour ouvrir le passage au deuxième cortège. Après leur première charge, la situation stagne encore un peu, puis deuxième avancée à la grenade lacrymo (on peut voir ici une personne prendre des coups de matraque en s’enfuyant).

Mouvement de foule, je vois des lycéens, des drapeaux arc-en-ciel peints sur les joues, se tenir par les épaules en chantant “nous aussi, on veut se marier”, ça me fait sourire. Autour, la fumée, les détonations, tout le monde crie et s’enfuit dans la direction opposée à celle des grenades, la nuit tombe, c’est bizarre de voir tout ça sur le Capitole. Je ne sais pas ce qu’il se passait de l’autre côté, je pense que leur cortège devait être en train de se disperser (à moins que les familles n’aient envie de se servir de leurs enfants comme boucliers-lacrymo…)

À ce moment-là, la sono des “anti” diffuse par deux fois un “je vous demande de vous disperser dans le calme” et deux trois annonces pour des portables et des trousseaux de clefs retrouvés. Les CRS bougent de l’autre côté du Capitole pour empêcher la manifestation en soutien à la Palestine, que tout le monde avait complètement oubliée, d’entrer sur la place.
Finalement tout se disperse à ce moment-là, les gens rentrent chez eux groupés pour éviter les agressions des excités d’en face. Il fait nuit et j’ai plus le moral.

Combien de temps seront-ils plus que nous pour défendre leurs institutions qui s’écroulent ?
Pourquoi acceptions-nous encore leur violence, leurs insultes homophobes, leurs mépris, sans riposter ?

Je suis en colère.

(demain, peut-être, un article sur nos arguments, les leurs, et un essai de débat).

Homophobie et transphobie quotidiennes

Il y a deux jours, j’étais à une projection de courts-métrages dans le cadre de la sixième édition du festival XXYZ.

Pour être honnête, j’ai pas vu beaucoup de films parce que je suis arrivée à la bourre à la projection.

Par contre, entre le début de ma soirée et la petite heure que j’ai passée à discuter avec les potes de la scène queer/trans-pédé-gouine toulousaine, il s’est passé deux trucs qui m’ont interrogée, et je tiens à les partager ici.

D’abord, j’ai rejoint un groupe de potes pour marcher vers Chez Ta Mère (le bar qui accueille l’évènement). On était six ou sept dont deux copines M2F (Male To Female, personne trans-identité née “garçon” mais se sentant “fille”. Par opposition à F2M, personne née “fille” mais se sentant “garçon” donc s’habillant et se comportant comme tel). Donc je marchais avec mes potes, et comme tous les vendredis soirs, il y avait des vieux gars qui traînaient dans les rues. Sur le chemin du bar j’ai entendu ces vieux gars grommeler un truc du genre “Oh les travelos dans notre quartier on en veut pas”. Je me suis retournée vers eux, je me suis arrêtée, et j’ai dit un truc genre “Non mais tu buggues, là ? Du respect, c’est possible?” (j’ai aussi dit d’autres trucs moins bien élevé mais je me souviens pas) à voix bien haute dans la rue. Mes potes ont juste marché plus rapidement en baissant la tête et en me disant “vite, on se tire de là, on va se faire tabasser”.
Quand je suis arrivée au bar, tout le monde était plus ou moins détendu. Sauf un copain à nous, qui était parti faire pipi dans une ruelle. Deux mecs sont arrivés derrière lui et lui ont demandé s’il était pédé, il a dit “oui”, et il s’est fait éclater une bouteille sur le crâne. Alors on s’est dit entre nous qu’on se raccompagnait pour ne pas avoir à rentrer seul-e-s.

Je retire plusieurs trucs de cette soirée. Au final, j’apprécie la réaction de solidarité des gen-te-s présent-e-s ; tout le monde intègre qu’il y a des risques (qu’on soit une femme, une personne trans, un garçon qui ne correspond pas aux codes de la masculinité) à se balader dans l’espace public quand on est déviant-e par rapport à la norme de genre.  Par voie de conséquence, tout le monde s’arrange pour minimiser ces risques en essayant de devenir plus fort-e dans sa tête par rapport aux situations qui nous mettent en danger, en apprenant l’autodéfense, en posant nos limites, et en s’organisant avec les copines pour que notre vie quotidienne soit plus sûre.

En même temps, je mesure une fois de plus le pouvoir de l”homophobie, de la transphobie et du patriarcat en général.

Si mes potes M2F se font emmerder et agresser plus que mes potes F2M, ce n’est pas un hasard. Si je fais moins face à des agressions transphobes que les personnes M2F, non plus. Je me sens parfois trans. Je porte peu d’habits féminins, j’ai une coupe de cheveux masculine, je fais de la mécanique, je n’ai pas peur de l’agressivité dans la rue, je parle fort, bref, je me comporte “comme un mec” dans l’espace public. Et pourtant je me fais relativement peu emmerder, et plus “parce que je suis une femme” que parce que je ressemble souvent à un homme.

C’est que la norme de la “masculinité” et la structure patriarcale sont beaucoup plus remises en cause par des personnes nées “de sexe masculin” qui remettent en cause leur genre assigné que par des “filles” qui se virilisent.  Parce que ça fait plus peur aux homophobes de voir une tapette qu’une gouine.

En tout cas, je refuse de rester passive devant ce genre d’agression, que ce soit des agressions faites à mes potes ou à d’autres personnes transpédégouines. Je refuse d’entrer dans le credo pacifiste du “on est plus intelligent-e-s qu’eux/ils sont trop cons laisse tomber”. Personne n’est trop con pour comprendre qu’il fait n’importe quoi. Et à accepter sans répondre les insultes et les humiliations, on finit par juste baisser la tête  systématiquement, alors que ces comportements insultants ne doivent pas être acceptés.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut essayer de se battre avec dix personnes à la fois si on est tout-e seul-e dans la rue, ni que c’est possible de faire de la pédagogie avec les gros cons. Mais dans le cadre de ces agressions-là, comme dans le cadre du harcèlement sexiste, il y a trois choses extrêmement importantes :

  • Connaître ses propres limites : ce geste, cette parole, ce comportement ne passe pas, je ne le tolère pas.
  • Comprendre qu’on a le droit d’être en colère contre les insultes/harcèlement qu’on subit, et que ça ne fait pas de nous une mauvaise personne.
  • Prendre conscience de son pouvoir personnel : je peux dire non, je peux crier pour attirer l’attention, je peux me battre physiquement/employer la violence.

Et comme dans toute situation de violence, le moment déterminant, ça peut être quelquefois de dire clairement “non, casse-toi” à l’agresseur, qui des fois n’a jamais réfléchi que ça pouvait être une situation de violence pour toi ou que toi, de l’autre côté, tu peux être aussi un être humain. Et bien sûr, si on est témoin d’une situation homophobe/transphobe/sexiste sans en être victime, on peut 1) proposer à la victime de l’aider 2) alerter le plus de monde possible (si ça se passe dans la rue ou dans un lieu public) de ce qui est en train de se passer pour que l’agresseur ait peur et qu’il s’en aille 3) faire bloc avec d’autres copines si la situation dégénère.

Sale temps pour les pauvres.

[edit : n’hésitez pas à commenter, me contacter, poser des questions, et surtout diffuser ce texte à tous les médias que vous connaissez, sur les réseaux sociaux, etc.

Ce texte est écrit de mon point de vue personnel, n’a pas été dicté par une organisation quelconque et les opinions qui y ont exprimées n’engagent que moi. ]

 

Six heures vingt du matin. Texto : l’expulsion du CREA est en cours. Je suis réveillée.

[Parenthèse avant que je me laisse emporter par le feu de l’action : c’est quoi, le CREA ?

Depuis un an et quelques mois, à Toulouse, c’est le Collectif pour la Réquisition, l’Entraide et l’Autogestion, installé dans les locaux abandonnés et réquisitionnés de l’AFPA pour y construire un centre social autogéré (le CSA, qu’on appelle simplement le CREA par commodité). Dans ce centre habitent neuf familles, soit une quarantaine de personne dont quinze enfants. La majorité de ces familles est en situation extrêmement précaire (immigrants, sans-papiers, etc).

Le CREA, depuis un an, c’est donc un lieu d’habitation. Il vient du constat fait par plusieurs personnes que les structures de l’Etat qui sont censées aider les précaires, personnes à la rue, etc, ne sont pas efficaces. Il y a peu de place en hébergement, 95% des appels au 115 sont rejetés par manque de place en centres d’hébergement ou de moyens pour payer les nuitées d’hôtel.

Le CREA a donc été créé comme un lieu de vie stable pour que ces familles puissent trouver un endroit où vivre tranquillement sans être transbahutés d’un service social à l’autre à la recherche d’une solution. Et ça marche : pendant un an, le lieu a fonctionné en autogestion (assemblées générales régulières des habitants du lieu, décisions communes, etc) et sans argent. Tout se fait à partir de récup’, de solidarité, de dons. Les enfants sont tous scolarisés, le CREA devient un véritable lieu de vie ; on y trouve diverses activités pour les enfants et pour les adultes (activités artistiques, cours de langues, sport, échange de compétences…) et une stabilité dans la vie en commun qui fonctionne au cours du temps, permettant au CREA de créer du lien social, des solidarités, de l’entraide.

Le CREA n’a jamais demandé un centime de subventions.

Le bâtiment, au 70 allées des Demoiselles, appartient au Ministère du Logement.et des Solidarités Sociales (ha, ha). Le ministère décide d’engager une procédure d’expulsion contre le collectif, lance un procès. La raison de cette volonté d’expulsion ? Il veut construire un centre d’aide aux personnes précaires dans ces locaux (ha, ha).

Au cours de l’année, diverses personnes (policiers et autres) s’introduisent dans le CREA pour en examiner la “sécurité”, pinailler parce que le toit est vert de mousse et que cela mettrait en danger la vie des habitants, en faisant un logement insalubre, tester le taux d’amiante, vérifier que les portes anti-incendie s’ouvrent bien, casser les autres portes de façon parfaitement illégale, et généralement embêter les habitants.

À la suite du rendu de la décision du juge, le CREA est expulsable depuis mi-août. Depuis avant la tenue du procès, les habitants du CREA tentent de contacter la mairie, la secrétaire d’État au Logement, la ministre, la préfecture, etc, tout cela sans réponse. Ce matin, la préfecture publie un communiqué de presse dans lequel on peut lire ceci : “les occupants ont toujours refusé les propositions de contact formulées par les services de l’État”. ]

Il est six heures trente et je suis sur la route du CREA. Je me retrouve devant un cordon de police qui m’empêche de passer. Je fais le tour pour retrouver les autres personnes qui sont sur le pont des Demoiselles.

La situation ? À six heures du matin, les flics défoncent les fenêtres du premier étage et font irruption dans l’immeuble. Les familles arrivent à se mettre en sécurité ailleurs, restent quatre personnes qui décident de monter sur le toit pour attendre.

Nous observons tout ça d’en bas. Quatre types sur le toit glissant (il pleut), dont un assis à califourchon sur une poutre en métal qui dépasse. Les pompiers se ramènent… pour prêter leur nacelle aux flics qui veulent cueillir les mecs sur le toit. Ils montent la nacelle pour voir et redescendent.

Pendant ce temps, les ouvriers arrivent. Leur travail est de murer le bâtiment le plus rapidement possible pour que plus personne ne puisse y rentrer.

Nous sommes toujours devant un cordon de flics, à crier des encouragements à nos oiseaux perchés.

La compagnie qualifiée pour intervenir est normalement le GIPN, mais aujourd’hui, innovation : ce sont des CRS alpins. Ils essaient de mettre un crochet dans la gouttière à partir du 5ème étage pour monter sur le toit, mais ils n’arrivent pas à monter à l’échelle de corde. Pendant ce temps, les types du toit enlèvent leurs cordes de sécurité, je suppose que c’est pour obliger les flics à être un minimum prudents dans leur gestes. Les flics font des gestes brutaux alors que les mecs du toit risquent leur vie au moindre mouvement.

La nacelle remonte. Un flic arrive sur le toit par la lucarne, c’est le négociateur. Y a-t-il négociation ? Non. Les trois mecs du toit ne veulent pas se laisser embarquer, ils ne sont toujours pas attachés. Celui de la poutre reste sur sa poutre.

Que font les flics pour embarquer les types qui ne veulent pas se laisser embarquer ? Je vous le donne en mille : ils sortent un täser.

Ils täsent une personne sur le toit glissant, à une vingtaine de mètres de hauteur, sans sécurité. Où le täsent-ils ? Au visage. Combien de fois ? Cinq. (Dans la loi, l’utilisation du taser doit se faire « à l’encontre des « personnes violentes et dangereuses», doit «rester strictement nécessaire et proportionné », et seulement dans le cas de légitime défense (article L. 122-5 du code pénal), l’état de nécessité (article 122-7 du code pénal), ou en cas de crime/délit pour arrêter les auteurs du délit.) Où est la personne violente et dangereuse dans un mec assis sur un toit ? Où est la proportion dans le fait de répéter cinq fois la décharge de täser ?

Les flics chopent ensuite ce gars et le font descendre pendu par les pieds, tête la première, dans la lucarne, pour l’embarquer. Les deux autres mecs du toit ont aussi résisté, on les emmène de façon musclée (coups, étranglement) et on les fait descendre également tête en bas pour les emmener au poste.

Pour protester contre cette violence inutile, les personnes qui étaient là en soutien derrière le cordon de police décident de bloquer le pont. Après environ une minute de blocage de pont (nous empêchons les voitures de passer), les CRS, qui devaient s’ennuyer, depuis tout ce temps, chargent sans sommation. Matraque au vent, flashball sortis. Nous sommes trente, ils sont le double au moins. Nous résistons et tentons d’encaisser la charge. Gros choc. Une dizaine de personnes se font matraquer à tout va, ça tape dans les bras et dans les cuisses. Nous courons pour nous enfuir. Je me retourne pour voir une copine entourée de quatre flics qui la frappent avec leurs matraques sur les bras et les jambes. Finalement nous nous enfuyons tous en courant pour souffler un peu, prendre du recul et soigner les bobos. Beaucoup de bleus, quelques bosses, pas d’arrestations.

Je publie cet article parce qu’aucun média n’a parlé de la violence policière ni de la disproportion de toute cette affaire. Cinq ou six médias différents étaient présents pendant tous ces évènements. La majorité de ces médias se sont contentés de citer le communiqué de presse de la préfecture et le point de vue de la police.

Je publie cet article pour livrer ma version des faits. Je tiens ce blog seule, je n’obéis pas à la pression d’un rédac-chef ou à la hiérarchisation des sujets selon le revenu publicitaire qu’ils doivent apporter.

Au-delà de la révolte que cette violence suscite en chacun de ceux qui la subissent, il importe de s’interroger.

Nous étions tout au plus quarante. Ils étaient deux cents

Une opération de ce genre coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros à l’État.

L’État ferme chaque année des places en hébergement de SDF par “manque de moyens”.

Les trois mecs du toit sont restés une douzaine d’heures au poste. Chefs d’accusation : outrage et rébellion. Ils ont : refusé d’obtempérer aux ordres des CRS, et se sont accrochés à la cheminée pour ne pas descendre. Ils n’ont pas eu de geste agressif envers les flics.

Les CRS qui sont intervenus sur le toit ont demandé cinq jours d’interruption temporaire de travail à l’hôpital. Quand les CRS demandent des ITT, on leur donne une prime (ça fait partie des risques du métier de se blesser en frappant des gens, hein.). Il n’y a de toute évidence pas de blessure qui justifierait cette ITT.

L’État expulse le CREA parce que le CREA sort de la logique qui veut que nous ayons besoin de chefs et d’argent pour vivre. Le CREA montre de façon éclatante que l’organisation et la solidarité sont possibles entre nous et créent des espaces de vie que l’on n’aurait jamais imaginés autrement.

Pour qu’il y ait un tel empressement à l’expulsion et des mensonges aussi gros à propos du supposé “projet” pour le bâtiment, c’est bien que le CREA dérange. Que les pauvres qui s’organisent entre eux dérangent. Il faut donc les dégager à coup de matraque.

Merci, gouvernement socialiste.

(S’il vous plaît, faites tourner ce texte.)

Par là : le site du CREA

Pour les médias de merde, vous savez utiliser un moteur de recherche aussi bien que moi.