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Que faire pour accompagner une personne qui a vécu un viol ou des violences ?

Depuis que je suis féministe et que je me définis comme telle, j’ai pris conscience graduellement de la réalité des violences sexuelles : elles sont vraiment partout. En France, une femme sur 3 est victime de viol ou de violence sexuelle dans sa vie.

Il existe des structures qui s’occupent d’accueillir les personnes victimes (on peut les trouver sur la page “Que faire” de Textes VS).

Au cours de ma vie, j’ai été en contact avec plein de meufs (cis et trans*). Plein de meufs à qui il est arrivé des trucs pas cool, qu’on parle d’une fellation forcée, de se faire siffler, de prendre une baffe, de se faire traiter de salope, etc, etc.

Par solidarité féministe, j’ai souhaité pouvoir écouter ces personnes quand elles avaient envie de parler de ces sujets-là.

Des fois, il m’est arrivé de vivre des situations de violence ; je me suis tournée vers certaines copines en qui je pensais que je pouvais avoir confiance, et, très souvent, je n’ai pas trouvé auprès d’elles l’écoute dont j’avais besoin.

Du coup, ça fait longtemps que je voulais rassembler des pistes de réflexion à proposer aux personnes qui sont en contact avec des personnes victimes de violence ; ces pistes viennent de divers outils féministes et brochures, de pratiques d’écoute que j’ai dans mon boulot, de trucs que j’ai pu lire par-ci par-là, et de réflexions personnelles.

Écouter une personne victime de violences

Dans la société dans laquelle nous vivons, si une personne évoque un viol, tout un tas de gens plus ou moins bien intentionnés auront à coeur de lui demander comment elle était habillée, dans quelle endroit elle se trouvait, ou quel comportement elle a pu avoir pour “favoriser” ce viol ou cette violence.

La vérité, c’est qu’on ne désire JAMAIS être violé-e. Être violé-e, ce n’est pas un jeu, un fantasme, un truc rigolo. La responsabilité du viol n’est pas une chose partagée entre l’agresseur et la victime.

On n’est pas coresponsable de son viol, quels que soient les vêtements portés, l’heure de sortie, les comportements adoptés auparavant. Le responsable du viol, c’est le violeur, mais nous vivons dans une société qui considère que, quelque part, si on a été violé-e, c’est qu’on l’a bien cherché.

Pour toutes ces raisons, tous ces clichés, il est extrêmement difficile de dire qu’on a été violé-e. Si quelqu’un-e vous parle d’une agression qu’ille a subi-e, c’est certainement l’aboutissement d’un processus de réflexion lent et douloureux… et certainement aussi qu’ille place en vous une grande confiance. Si vous réagissez correctement, ça peut représenter une aide et un soutien immenses ; vous avez aussi le potentiel de faire beaucoup de mal à la personne qui s’est confiée à vous. Pour l’accompagner au mieux et éviter de trahir sa confiance, voici quelques pistes à creuser.

  • Vous allez peut-être vous sentir bizarre, perdu-e, triste, pas assez armé-e pour faire face à cette situation. C’est normal. Si vous n’avez pas été formé-e pour accueillir et écouter des personnes victimes de viol ou de violences, vous n’avez sûrement pas tous les outils pour réagir.
  • Il est possible que vous vous sentiez très en colère contre l’agresseur et que vous vouliez vous venger de lui. Rappelez-vous que la décision de ce qu’il faut faire par rapport au violeur appartient à la victime, et pas à vous. Ne décidez pas pour elle, ne parlez pas à sa place.
  • L’important, c’est d’écouter la personne qui vous confie cette parole. Ne la faites pas se sentir coupable : elle n’est pas responsable de ce qui lui est arrivé, elle ne l’a pas choisi, elle n’y est pour rien. Écoutez-la. Il est possible qu’elle vous dise qu’elle se sent coupable, qu’elle n’aurait pas dû faire telle ou telle chose, réagir de telle ou telle façon. Rappelez-lui que ce n’est pas sa faute si elle a été violée ou agressée, et que c’est la faute de l’agresseur.
  • La parole des personnes qui ont vécu des viols et des agressions est souvent tue, niée, remise en cause. Ça rend la prise de parole d’autant plus difficile pour les victimes qu’elles ont peur de ne pas être entendues, d’être ridiculisées, etc. Ne niez pas ce que la personne vous dit. Dites-lui que vous la croyez et qu’elle a eu raison de venir vous en parler.
  • La personne en question aura peut-être besoin d’être seule, ou peut-être que vous fassiez quelque chose pour elle (rester à proximité, contact physique, parler, ne pas en parler, etc). Dans tous les cas, il est important de ne pas lui imposer ce que vous pensez être le mieux pour elle. Demandez-lui “Il y a quelque chose que je peux faire pour t’aider, là maintenant ?” “Est-ce que je peux faire quelque chose pour que tu te sentes mieux ?” “tu as besoin de sécurité/d’être seule, etc ?”. Dites-lui que vous êtes là pour en parler si elle a besoin.
  • Parler plusieurs fois du viol, de l’agression, peut aider la personne à se sentir mieux. Écoutez la personne même si elle vous raconte plusieurs fois la même chose. Soyez patient-e.
  • Laissez la personne prendre ses propres décisions. Elle n’a peut-être pas envie de parler de ce qui lui est arrivé à d’autres personnes ou à la police. Elle n’a peut-être pas envie d’aller voir un médecin. C’est à elle de décider de ce qui est le mieux pour elle. Ne la forcez pas. Respectez sa volonté.
  • La personne qui vous confie son histoire aura peut-être besoin de temps pour récupérer, se sentir bien à nouveau, refaire certaines choses. Respectez son rythme.
  • Tenez à sa disposition des tracts avec des numéros verts, des endroits-ressource où elle pourra parler de ce qui s’est passé avec des personnes de confiance, qui sauront l’écouter (Planning Familial, Viol Femmes informations). Dites-lui que ce n’est pas grave si elle ne veut pas les utiliser : elle en a le droit.

Toutes ces pistes sont forcément à creuser avec la personne, à adapter selon votre feeling de la situation. La seule chose vraiment importante à retenir, c’est de respecter la personne et de ne pas parler à sa place ou décider à sa place de ce qu’il faut faire.

Si vous n’êtes pas qualifié-e ou formé-e à l’écoute des personnes victimes de violence, accueillir une personne victime peut être difficile pour vous. N’essayez pas de jouer au superhéros ; si vous êtes mal à l’aise, posez vos limites (vous n’aiderez pas vraiment la personne si vous êtes crispé-s/perdu-e/ne savez pas quoi faire et que vous n’êtes pas en capacité de l’écouter vraiment), et invitez la personne à l’accompagner chez des professionnel-les de l’écoute formés et non jugeant-es (collectif féministe contre le viol, planning familial, associations d’accueil de femmes victimes de violence, etc).

 

Évidemment, si vous avez d’autres pistes pour accueillir une personne victime de violences ou de viol, postez-les en commentaires, et je me ferai un plaisir de les rajouter dans l’article !

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Solide

Je vous ai déjà parlé de Textes VS dans ce post.

Textes VS, c’est le projet de Tan. Elle a décidé il y a quelques semaines d’ouvrir un espace sur son blog pour que des personnes puissent y raconter des choses, sur le thème des violences sexistes.

Il y a quelques textes qui sont à moi là-dedans. Lesquels, pas vraiment important. Des textes, dans ce projet, il y en a beaucoup, il y en a tous les jours de nouveaux. Ils sont signés par des prénoms, des pseudos, des initiales, ou rien. Je les ai presque tous lus. Je me reconnais dans la plupart.

En ce moment je fais du rangement dans ma tête. J’expliquais ça à la personne avec qui je vis.

J”ai vécu des trucs pas cools à divers moments de ma vie. Ces trucs, j’avais pas la capacité de les analyser. J’avais pas les gens autour de moi pour me soutenir, pour me donner les outils, pour m’écouter. Du coup ces trucs je les ai mis dans un coin de ma tête et j’ai décidé de pas y penser parce que je savais pas quoi faire avec et que c’était trop dur d’y penser à ces moments-là.
Maintenant je les ressors de leur trou. Je les regarde, je les remâche, je les digère. Parce que maintenant j’ai les armes pour y penser et décider de ce que je veux faire avec. J’ai des gens autour de moi. J’ai des endroits où aller quand tout devient trop compliqué.

Je lui ai expliqué que ces textes, tous ces textes sur ce blog, ceux que j’ai écrit et ceux écrits par les autres, ça m’avait dit que finalement j’étais pas toute seule. Qu’on est plein à avoir vécu des trucs pourris. Qu’on peut se lire les unes les autres, se soutenir, survivre, être plus fortes. Ne pas être toute seule dans son coin. Ne pas penser qu’on est la seule personne à qui c’est arrivé. Ne pas penser que c’est de notre faute.
Que mes histoires, maintenant, elles sont sur Internet, et que si j’ai envie à un moment je les enverrai aux personnes concernées, qu’elles les liront, et qu’elles auront honte.

Il m’a demandé si j’avais besoin d’aide, si je voulais un câlin.
J’ai dit que je préférais pas. Que j’avais besoin de temps pour digérer tout ça, toute seule.
Maintenant j’ai plus besoin de câlins pour me réconforter, pour me réfugier. Il y a deux mois ça aurait été un réflexe si j’étais perdue dans mes sensations. Maintenant non.

C’est un peu idiot peut-être mais maintenant je sais qu’il y a toutes ces personnes qui ont écrit les textes qui sont sur le blog de Tan, et qu’il y a plein d’autres copines encore qui sont pas encore là mais qui sont quand même là en fait, juste on les connaît pas encore. Et que maintenant je peux décider toute seule.

Tout ça en écoutant cette chanson.