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Le PS roupille, les fachos dégoupillent ! Riposte transpédégouine (manifestation du 19 janvier 2013, Toulouse)

[Cet article a été édité le lundi 21 janvier à 12.20 et à 15.50, et le mardi 22 janvier à 11.43]

Hier c’était la manif unitaire de Midi-Pyrénées pour l’extension du mariage aux couples homosexuel-le-s, à partir de 15h au centre-ville de Toulouse. J’y suis allée pour faire partie du bloc radical trans-pédé-gouine. Notamment parce que c’est la seule section de la manifestation dans laquelle je me reconnaisse un tant soit peu. Pas envie de marcher avec Osez le Féminisme, pas envie de marcher avec le PS, pas envie de marcher avec Arc-En-Ciel Toulouse. Je préfère les copains-copines freaks/genderfluid/trans*/énervé-e-s/monstres de toutes sortes.

Finalement j’ai quand même fait pas mal de manifs sur le sujet cette année et c’est souvent une espèce de Pride plus ou moins politisée (avec la grosse musique boum boum qui va bien et un mec à la sono qui couine sur l’égalité des droits et le fait que “LA LOI ELLE VA PASSER HEIN”). C’est pas trop ma façon de faire de la politique mais je suis en colère contre les torrents d’inepties, de clichés, d’intolérance, de mensonges qu’on se prend depuis le début du “débat” et contre ça je veux bien marcher.

Alors je bouge à Alsace-Lorraine avec une copine pour retrouver nos potes TransPédéGouines. Ils ont fait une belle banderole.

Copyright sharedwanderlust. Photo sous licence Creative Commons share-alike, conditions dans la boîte texte à droite de la page

Le texte de la banderole : “Le PS roupille les fachos dégoupillent. Riposte TransPédéGouine.

On marche comme ça cinq minutes et on arrive au croisement de la rue Alsace-Lorraine et de la rue Lafayette. Il y a un échafaudage appuyé contre la vitrine du magasin à gauche. Je lève la tête et il y a trois personnes là-haut qui viennent d’allumer des fumigènes bleu-blanc-rouge et qui se déshabillent en sortant de leurs vestes des affiches “Jeunesses Nationalistes” (blanches avec un aigle jaune, légende “L’action sans concessions”). Il y en a un avec un mégaphone qui crie des trucs et un autre qui met le feu à un drapeau arc-en-ciel devant nous. Ils ont attendu que ce soit le morceau TransPédéGouine de la manif qui passe pour faire leur petit numéro.

Tout le monde s’est mis à crier à ce moment-là donc c’était difficile pour moi de bien entendre ce qu’ils disaient exactement dans leur mégaphone. D’après plusieurs personnes qui étaient un peu plus proches que moi, il y a eu les phrases suivantes “On va vous brûler sales pédés”, “La France sans pédés” voire “On va vous crever sales pédés”. [EDIT du 21 janvier 2013 à 15.50 : d’après une vidéo postée par les jeunesses nationalistes sur leur site (cherchez tout-e-s seul-e-s, je ne linke pas vers ça) les slogans au mégaphone se rapprochent plutôt de “Non aux pédés, la famille c’est sacré”]

Visiblement ça n’a laissé personne indifférent. Les gens du cortège se mettent à leur jeter plein de choses dessus, et quelques personnes grimpent sur l’échafaudage pour leur mettre une branlée. Coups de bâton, coups de pieds, insultes, une copine met un bon coup de latte dans le cou d’un des trois. Les gens en bas crient des encouragements et hurlent sur les trois jeunes nationalistes. Il y a des gens qui secouent l’échafaudage à coups de bâtons en criant. Grosse colère générale.

Une minute de chaos plus tard, les trois idiots sont recroquevillés sur leurs planches et les flics arrivent pour les mettre à l’abri (ou les arrêter, on sait pas très bien). Les copains-copines-antifas-etc qui étaient montés pour les latter descendent de l’échafaudage. Le mec qui tenait le mégaphone se remet debout et regarde “fièrement” les gens qui sont en bas pendant que tout le monde lui crie dessus.

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Les trois (ou quatre) personnes qui se réclament des Jeunesses Nationalistes juste après l’arrivée des flics regardent les TransPédéGouines et Antifas dans la rue (Photo copyright sharedwanderlust, Licence CC)

Deux motos de flics arrivent, des BACeux, un mec avec une matraque téléscopique. Ils essaient de faire bouger les gens pour les faire rejoindre le reste du cortège qui est reparti. Les gens ne bougent pas et scandent “Police homophobe !”.

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Un manifestant fâché contre les Jeunesses Nationalistes. Photo Bénédicte Poirier, ActuToulouse.

 Des BACeux essaient de choper dans le tas les gens qui étaient montés sur l’échafaudage pour mettre leur raclée aux fascistes des JN. Trente secondes de mêlée, finalement personne n’est arrêté. Encore trente secondes de confusion où les gens crient “Toulouse antifa”. Plus de mêlée, hésitation, le calme revient.  Et là, quand plus personne ne se bagarre, un flic gaze une personne, sans raison et directement dans les yeux. La personne s’évanouit et est transportée à l’écart pour pouvoir récupérer. [EDIT, lundi 21 janvier, 12.20 : d’après un commentaire, les flics essaient à ce moment-là d’arrêter les personnes qui crient “Police homophobe” et pas les personnes qui étaient montées sur l’échafaudage. D’où la mêlée. Merci à MarionduFaouet pour la précision ! ]

La suite de la manif est finalement assez peu marrante. Tout le monde est fâché contre les Jeunesses Nationalistes et soutient les antifas qui ont été très réactifs. La personne qui parle dans la sono nous agace tous en clamant qu’il fait partie d'”Hétéros Solidaires” (un mec, blanc, hétéro, qui vient casser les oreilles de tout le monde dans une manif LGBT/transpédégouine ? Sérieux) et en lançant des fleurs à François Mitterrand “qui a dépénalisé l’homosexualité en France ! Ouaiiiiis !”. Bon, ça va mec, en fait. On va pas s’emballer. Il salue les Jeunes Socialistes, les Verts, et à peu près tous les collectifs participant à la manif, comme Osez le Féminisme. Slogans genre “Homophobie en prison !”. On lui crie que la prison n’est souhaitable pour personne et que le PS est complice de l’homophobie d’État.

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À la fin de la manif, il y a des prises de paroles pour les collectifs. Le collectif La Licorne Déviante (lien dans la catégorie “Make Your Own Gender” à droite) se voit refuser la prise de parole en raison de ses prises de position “trop violentes”. Le mec au micro explique que le collectif Arc-En-Ciel va porter plainte contre les Jeunesses Nationalistes. C’est ça, les flics et les juges vont nous aider, sûrement.

Je me barre finalement avec des copines pour éviter les flics qui contrôlent tout le monde au métro.

La conclusion de tout ça ? Je suis contente que la réaction collective ait été aussi prompte contre les nationalistes. Ils ont communiqué sur leur site que “La famille est en danger, menacée par une loi tout droit sorti des tréfonds de cette immonde république maçonnique.“, que “nous leur avons montré aujourd’hui que nous ne laisserons pas passer des lois perverses dans notre pays“, en employant les termes de “dégénérés” et “invertis” pour nous qualifier. Je suis contente qu’ils se soient pris une bonne branlée.

Au passage, spéciale dédicace au journal la Dépêche et à son journaliste idiot, qui écrit “Quatre personnes, identifiées par des témoins comme appartenant à la mouvance identitaire, juchées sur un échafaudage, ont scandé des slogans hostiles à la procréation médicalement assistée.” Non, en fait, ils se sont revendiqué appartenir aux Jeunesses Nationalistes et ils ont scandé des slogans HOMOPHOBES. L’article continue sur “La police, dont un équipage de la brigade anticriminalité, est intervenue pour mettre un terme à l’affrontement en procédant à un jet de lacrymogène afin de disperser la foule”. Là encore, faux, les flics ont gazé sans aucune raison des gens qui n’étaient pas du tout en train de se battre. Pour l’information, tu repasseras, hein, La Dépêche.

[EDIT : par ici, l’article de l’Union Antifasciste Toulousaine. ]

Slutwalk

[Edit du 10 octobre : je suis tombée sur un reportage de TéléToulouse. Il semblerait qu’ils aient fait à peu près correctement leur travail. La vidéo est visible ici.]

Cette après-midi, je suis allée à la SlutWalk de Toulouse.

Slutwalk, ça veut dire en anglais “Marche des pétasses”. Le concept, c’est qu’on s’habille comme des pétasses, comme on veut en fait, et qu’on fait une marche pour dire que c’est ni à la société ni aux relous de nous dicter ce qu’on doit mettre, que c’est à nous de décider. Ça sert aussi à dire que quelle que soit la façon dont on s’habille, le responsable d’une agression, c’est toujours l’agresseur, pas la victime. Ça veut dire que non, c’est non. Ça veut dire “que je sois en minijupe, en talons, en baskets, en costard”… mes vêtements ne sont ni une invitation ni un appel. Je suis une personne, et à ce titre, j’ai le droit de m’habiller comme j’en ai envie et que mes désirs soient respectés, sans me faire siffler, draguer lourdement, objectifier, violer. Ça veut dire que si quelqu’un décide de m’emmerder/violenter/violer, c’est SON CHOIX et SA DÉCISION de personne responsable. Pas quelque chose qui soit dicté par mes fringues ou mon comportement. Et donc on fait une marche pour dire qu’on a envie de faire ça et qu’en groupe, on est plus fortes, et donc que si on se fait emmerder, on est aussi capables de faire jouer la solidarité et d’emmerder l’emmerdeur jusqu’à ce qu’il nous lâche les seins.

Je suis donc allée à cette slutwalk. J’ai été super déçue.
J’avais motivé mon équipe de pouffes, on s’était bien habillées et on voulait tout déchirer. Alors on a marché jusqu’à la manif. Jupes, rose, UNE COMBI RÉSILLE, guêpière, talons. On était contentes.

Et… Youpie, quelle surprise ! La manif était déclarée en préfecture, mais les gens marchaient sur les trottoirs. SUR LES TROTTOIRS. En criant faiblement deux petits slogans faibles genre “Mon choix, c’est mon choix”. OK.
J’ai buggué. Je me suis dit que j’étais pas tombée sur la bonne manif.

Il y avait une bonne dizaine de photographes venus pour l’occasion ; je leur ai dit de se barrer, de pas nous prentre en photo. Je fais un fuck à un photographe qui me dit “Ah ouais c’est cool ça, tu refais steup ?” Euh non, je veux juste PAS que tu me photographies, en fait, juste casse-toi quoi… Et c’est là que, sortant du néant, une des personnes organisant l’évènement m’a dit que non, faut pas les insulter, faut pas leur faire des fuck, faut être gentils, parce que “C’est moi qui les ai invités, et puis ils sont bien gentils d’être là, ils nous font de la pub”. Ah ouais. Première nouvelle. Genre, tu crois qu’ils sont venus pour la beauté politique du geste ? Tu crois pas que comme tous les médias, ils fonctionnent sur le sensationnalisme, et qu’à ce titre ils sont venus parce qu’ils pensaient qu’il y aurait des meufs à poil et “Ah trop bien c’est comme les Femen ça va nous faire plein d’audience” ? Tu crois que le journal pour lequel ils bossent, dirigé par des mecs blancs cinquantenaires et riches, a le moindre intérêt à passer un truc qui ressemble à du féminisme, une explication, un propos cohérent sur ce que ça veut dire et à quoi ça sert ?

Ensuite je me suis mise à crier aux gens (soixante personnes en tout, d’après ce que j’ai pu voir) de descendre du trottoir, de prendre la rue, de s’énerver un peu. Ma pote K<3 a voulu crier des trucs anti-flics et anti-prison et elle s’est fait jeter par l’organisation (Visiblement, les slogans devaient être approuvés par la réunion du Komintern. Depuis quand on doit soumettre ses slogans avant d’aller en manif ?). J’ai entendu ensuite dans le cortège “Ah mais des rebelles, il en faudra toujours, hein…” (Une dame bien-pensante sans pancarte). Ah, ouais. Tu vas à une manif féministe et tu dis ça avec un petit sourire qui veut dire “Il faut bien que jeunesse se passe…”. Ben non. Si on était pas des rebelles justement, s’il y en avait pas eu, on en serait toujours à n’avoir aucune existence légale, à être juridiquement mineures, à craindre pour notre réputation dès qu’on nous voit parler à un mec, à se faire avorter avec des cintres à vêtements. Alors ta manif bien consensuelle, bien rangée, bien propre, où il n’y a aucun freak d’aucune sorte et où le conformisme règne, tu peux te la garder.

J’ai pas besoin de toi pour porter mes idées politiques. J’ai pas besoin de ton “féminisme” à deux balles qui rentre bien dans les clous du socialisme pourri. J’ai pas besoin de ton approbation et de ton consensus. Mon féminisme à moi, je le fais dans la rue, tous les jours, dans mon quotidien, à la fac, en assemblée. Pas juste pour une manif une fois par an.

*juste comme ça, au passage, le reportage DE MERDE de la télé DE MERDE  qui était là, ici. Dernière phrase à gerber : “Ce qui faisait la réputation de Toulouse, des filles belles et bien habillées, est peut-être en train de tourner à la provocation”. Rien que pour cette phrase, ça méritait de virer tous les journalistes de l’évènement.