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La ville ! La rue ! La nuit nous appartient ! [Marche de nuit féministe non-mixte, 31 mai 2013]

Vendredi 31 mai, à Toulouse, c’était la marche de nuit non-mixte, organisée par le collectif Queen Kong.

fly marche de nuit1On s’est retrouvées à 21h30 à ArnaudE BernardE pour commencer la marche de nuit. J’étais là au début, quand on était juste cinq ou six personnes calées contre un banc à attendre. Et puis plein de meufs ont commencé à affluer de toutes parts. Joie et sourires en voyant que toutes mes copines sont là, on se dit bonjour, on est contentes d’être ensemble. Un photographe mec demande s’il peut prendre des photos, on lui dit de partir.

Les flics arrivent pour nous rappeler que les marches de nuit sont interdites. On leur dit qu’on va la faire quand même. Petit moment de stress pour moi, j’aime pas les flics, et j’ai vécu trop de trucs violents avec eux dans les derniers mois pour être vraiment détendue. Mais je suis avec les copines, on commence à être 150 ou 200, on risque rien pour le moment.

Après une demie-heure on part en direction du Capitole en commençant à crier des slogans : “Hé, man, si tu frappes une femme, prends garde qu’un jour, elle te défonce le crâne !”, “On est fortes, on est fières, féministes et en colère !”. Ambiance détendue et tranquille, pas de relous pour le moment. On s’ambiance.

À un moment, à mi-chemin, quelques meufs se mettent à crier. On reprend toutes le cri, primaire, inarticulé, puissant. Ça fait du bien de hurler avec les copines. Sans autre but que juste de crier très fort.

J’ai l’impression qu’avec ce cri sortent tout un tas de trucs que je me suis pas autorisée à exprimer avant ; de la colère, de la souffrance. Et que là, au milieu de toutes mes copines féministes, ma colère contre ce monde de merde, contre les agressions constantes, contre les remarques pourries, contre les relous, que ma colère est entendue et comprise, enfin,  sans que les gens me prennent pour une folle ou trouvent à redire à ce que je m’exprime. Ça fait du bien.

Du coup je me sens plus détendue et j’oublie la présence de la quinzaine de flics qui nous suit (avec, bien sûr, deux fliquettes, au cas où on serait arrêtées et fouillées, puisque les flics mecs ont pas le droit de nous fouiller).

À Saint-Sernin, arrêt pour rebaptiser la cathédrale “Notre-dame de la chatte”. On repart. Les gens nous regardent comme si on était complètement folles ; on invite toutes les meufs qu’on croise à nous rejoindre, quelques-unes viennent. Le photographe relou nous suit toujours.

Après Capitole, où on croise un match de hand-ball bien viriliste et pourri, on part en direction de la rue de Metz.

Un type habitant au troisième étage du 16 de la rue Sainte-Ursule agite un drapeau de la Manif Pour Tous. Il se fait huer et pourrir pendant les dix minutes où il nous nargue, mort de rire, à sa fenêtre. Quand il ferme finalement sa fenêtre, on se met à lui chanter “On a ton adresse ! On a ton adresse !”. Et on repart.

Les relous commencent à affluer. Des mecs qui veulent absolument rejoindre la manif, bien qu’on leur dise qu’ils ne sont ni bienvenus ni acceptés. Visiblement, ça blesse leurs égos, puisqu’au lieu de se taire et de nous laisser passer il faut absolument qu’ils se mettent DEVANT la manif pour nous empêcher de passer.

J’ai jamais compris le délire du gars devant une marche non-mixte : on te dit que tu n’es pas le bienvenu et qu’on veut rester entre meufs, tu te mets au milieu, on te sort gentiment, tu reviens, tu nous insultes, on t’insulte, t’es tout seul, on est 200 meufs super énervées, et il faut que tu te mettes à nous taper alors que tu vois bien que t’es ni en position de te faire entendre, ni de mettre en place un rapport de force à ton avantage. Faut être idiot à un point rare, quand même.

Les flics commencent à être tendus. Ils se rapprochent petit à petit, ils essaient de passer des deux côtés de la manif. On commence à crier des slogans anti-flics. (Comme j’étais devant j’ai pas trop vu ce qui se passait avec les flics à partir de ce moment-là, s’il y a des meufs qui étaient là et qui me lisent, je veux bien vos infos). “Police nationale, police patriarcale !” “Police partout, justice de classe !”. L’ambiance se tend graduellement jusqu’à la fin de la manif.

Un type de quinze ans commence à nous soûler. On lui dit gentiment mais fermement de se barrer. Il s’énerve et devient violent. On l’attrape par le col et on l’écarte du groupe. Il revient. On le pousse avec des copines. Je me prends un coup de pied. Il se met à s’embrouiller avec d’autres meufs en périphérie du groupe. Ensuite il sort une bombe lacrymo de poche et gaze quelques personnes. On continue finalement à marcher en se faisant applaudir par les patrons (mecs, blancs, vieux) de bar du quartier qui sont tout heureux qu’on ait mis une fessée à un kids racisé. Ça fait vraiment chier.

Rue de Metz. Un autre relou nous empêche de bouger. Il vient nous soûler, nous insulte. On le sort, il revient, processus habituel. On finit par le coincer contre un abri de bus. Et là, insulte ultime du relou : “De toute façon, vous êtes vilaines ! Vous êtes toutes gouines !”. Éclat de rire général : “Ouais, et en plus on a des poils sous les bras !”. Il se casse, tourne autour de la manif, revient par l’autre côté, on commence à être soûlées et à le pousser pour le virer. Il nous crache dessus. Un flic intervient pour nous gueuler de pas être violentes (haha) et distribue deux ou trois claques. On re-crie des trucs anti-flics. Le photographe est toujours là, une copine l’attrape par le bras et lui intime de dégager (ça fait quand même le quatrième avertissement qu’on lui donne, ça suffit un peu).

Alsace-Lorraine. On se regroupe. Les flics se rapprochent.

On tourne vers une église qu’on rebaptise. Arrêt pipi collectif : trente meufs qui se déculottent en pissant par terre et en poussant des youyous joyeux. Ça fait du bien. On reprend l’espace. On se venge de tous ces connards de curés qui veulent qu’on reste à la maison à faire des gosses. On se venge des humiliations des derniers mois. On se venge des flics qui nous humilient à chaque fois qu’on se fait choper à pisser dans la rue : là, on est plein, et on fait ce qu’on veut.

Du coup, ils nous gazent. Ça picote, mais pas de gros gazage d’après ce que j’en comprends. Je suis toujours devant. On essaie de marcher groupées pour pas se faire isoler. C’est tendu mais on se marre. J’étrenne mon nouveau bandana trop classe. On se met à crier en tapant dans nos mains : “ALLEZ LES GARS, ALLEZ LES GARS, COMBIEN ON VOUS PAYE POUR FAIRE ÇA ?”. O est derrière moi et elle est trop belle avec sa mini-jupe et son sourire immense, à sauter partout et à taper dans ses mains.

Rue Saint-Antoine du T. Les flics se rapprochent. On est vénèr. Ils gazent contre le vent et s’en prennent plein la gueule. On se marre en les voyant chialer : AH ÇA FAIT MAL HEIN ? AH ÇA PIQUE LES YEUX ? AH BEN DOMMAGE !”. Ils poussent et tirent dans tous les sens. Ça va partir en sucette, on le sait. On leur gueule dessus. Un flic fait son vénèr et nous rentre dedans. Une personne est blessée. Elle est derrière la ligne de flics avec cinq ou six copines. On se tasse pour pas qu’ils avancent. Il faut surtout pas qu’ils arrivent à les isoler. Du coup, on pousse. Ils poussent. Ils gueulent. On leur crie dessus : “NOUS AU MOINS ! ON A DES MOUSTACHES !”. On rigole un coup.

Je suis devant. Je suis vénèr. Ils commencent à taper. J’ai envie de protéger mes potes. J’ai la rage. J’ai pas envie qu’ils isolent la personne qui est par terre. On pousse.

Je vois le bras du keuf, la bombe brillante de lacrymo, le nuage blanc dans l’air. J’ai le temps de penser “Oh merde…” avant que mes yeux ne prennent feu. Tousse tousse, on me tire à l’écart, ça pique, les copines s’occupent de moi, sérum physiologique dans les yeux, on est quinze à couler des yeux et à avoir la tête qui gonfle.

On continue jusqu’à la place Wilson, on entoure la personne blessée, des gens s’occupent de l’emmener aux urgences, on se demande si on a envie de continuer, on se dit que c’est trop tendue, des gentes sont parties, les flics sont vénèr, on se casse boire des coups en groupe de copines.

Finalement c’était pas si tendu que ça et on a pu se sentir fortes entre copines (ça sert à ça, une manif non-mixte). La personne blessée a une entorse au genou. Mes yeux ont dégonflé au bout de dix minutes. (Un immense MERCI aux copines qui se sont occupées de moi, je vous AIME).

À quand la prochaine ?

Mauvaises pensées

Et ça continue.

Ce matin, les personnes en résistance contre l’expulsion du CREA sont parties occuper la direction régionale de la jeunesse et des sports. D’après les récits, une partie des acteurs a occupé certains locaux, pendant qu’une autre partie a discuté avec la directrice, qui sortait constamment de la salle pour téléphoner. Finalement, les flics sont arrivés, et les personnes en question ont décidé de partir. A ce moment-là, deux personnes sont interpellées, une personne se fait ouvrir le crâne à coups de matraque. Plus tard, un peu plus loin, les flics embarquent trois autres personnes.
La majorité des interpellés sont sortis vers 19h. L’un d’entre eux a ramassé une comparution au tribunal pour février prochain, pour violences contre un représentant des forces de l’ordre. Il nous a raconté qu’il a mis un coup de pied dans un bouclier, et que les flics font passer ça pour une agression.

Les trois personnes embarquées ensuite ont été relâchées à contrecoeur par les flics. Le motif de leur arrestation ? Réunion en vue de commettre un délit. En gros, on leur reproche d’avoir eu de mauvaises intentions.

La dernière personne est toujours en garde à vue. Les flics ont utilisé comme motif pour l’arrêter le fait qu’il aurait été irrespectueux avec la directrice. Certains, qui étaient sur place, pensent qu’il n’en est rien. Quoi qu’il en soit, cette directrice n’étant pas une représentante des forces de l’ordre, on voit mal comment il pourrait écoper d’un outrage. À part si les flics trouvent opportun de décider qu’en fait, il leur aurait mal parlé à eux.

Il se peut qu’il y ait un vice de forme dans l’arrestation de cette personne. En effet, les flics qui l’ont attrapé sont arrivés par-derrière, étaient en civil, ne portaient pas de brassard et ne se sont pas annoncés. Cette personne est en garde à vue jusqu’à ce que la directrice fasse sa déposition, c’est-à-dire demain matin (visiblement, c’était trop dur de venir au commissariat cette après-midi, il fallait user les 24 heures de garde à vue jusqu’au bout.

Les violences policières continuent donc sans la moindre obstruction et sans le moindre questionnement de la part des pouvoirs publics. L’État ne propose pas la moindre solution pour les personnes délogées. (à ce propos, si quelqu’un avait de l’espoir sur le fait qu’un nouveau centre soit construit par l’État, c’est plutôt raté : les flics ont défoncé tout l’intérieur du bâtiment, portes, fenêtres, etc. Personne n’est dupe : on ne reconstruit pas tout ça en trois mois avant l’hiver. Les solutions annoncées sont bel et bien de la poudre aux yeux.)

Plus que jamais, j’ai besoin, ils ont besoin que vous fassiez tourner ce texte, que vous le transmettiez au plus de médias possibles, que vous le commentiez, que vous l’enrichissiez de vos témoignages si vous étiez là… Un appel est également lancé pour que des personnes solidaires du mouvement viennent à Toulouse aider.

 

Communiqué de soutien du 260, rue des Pyrénées, à Paris.

Communiqué du CREA suite à l’expulsion