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Dans ton agenda : atelier de contribution à Wikipedia non-mixte

Corps, cerveau et tout ça.

Cet article dérive d’un mail que j’ai reçu en réponse à mon précédent article nommé “Ragnasses”. Même pas un mail haineux d’ailleurs, juste quelqu’un que j’aime bien qui me disait “Oui, mais moi, quand j’entends une femme dire à haute voix “J’vais pisser”, ça me gêne.” Donc j’ai écrit le truc que vous allez lire en réponse à cette phrase en essayant d’expliquer mon rapport à mon corps en général (pas seulement, donc, pour les règles) . Comme toujours, cet article est ouvert aux points de vue divers et variés ainsi qu’au débat.

La plupart de mes revendications présentes en politique et en société reposent sur une base très simple et assez peu discutable à mon avis, qui peut se résumer ainsi : je ne suis pas une princesse.
Je ne suis pas une princesse.

J’ai un corps et un cerveau, les deux fonctionnent très bien, et j’aime bien m’en servir. Et je refuse qu’on m’empêche de m’en servir à quelque titre que ce soit, surtout la morale.

Bien. Donc dans ma vie quotidienne, ça veut dire que je fais appel à moi-même pour me débrouiller. Donc je n’utilise pas mon joli minois ou mon statut social de femme pour que d’autres, en général des hommes (parce qu’ils sont plus sensibles au charme des demoiselles souvent) fassent ce que j’ai la flemme de faire. Il y a Internet. J’ai un ordinateur et une connexion. Je n’ai donc aucune excuse pour ne pas faire des choses ‘techniques’ quotidiennes, il y a des millions de tutoriels en ligne pour apprendre à percer un trou dans un mur, réparer une crevaison, changer des plaques de frein ou installer un système informatique. Je n’ai qu’à effectuer une recherche Google qui me prend quinze secondes pour qu’on m’explique de façon détaillée comment faire, et sortir mes petites mains de mes manches pour réparer le problème moi-même.

Déjà, tout un tas de gens ne trouvent pas cette situation convenable. En général des vieux, mais pas que, des fois des gens de ma génération. Des filles qui veulent rester des princesses ou des gens qui veulent pour leurs raisons propres qu’elles le restent. Mais bon, je me débrouille toute seule.

Ça passe par un rapport au corps autre : oui, je salis mes mains, mon maquillage coule. J’essaie, du coup, de ne pas faire de mon corps un échafaudage esthétique obligatoire. Ça m’arrive de jouer à la fifille, mais aussi de passer quinze jours en sweat à capuche/baskets, et je me considère pas moins une femme pour ça.

Il y a tout un tas d’injonctions que je reçois par rapport à mon corps qui ne me plaisent pas.

J’ai un corps. J’aime manger, j’aime faire l’amour, j’aime courir, danser, faire du vélo. Mais je reçois, de la pub, de certains proches, de gens que je croise au quotidien, des messages sur ce que devrait être mon corps : n’aie de désir que pour un seul homme (sinon pute), ne parle pas de sexe (sinon folle affamée tu veux coucher avec le premier venu) attends qu’il fasse le premier pas, ne contrôle pas sinon tu auras le coeur brisé ou tu es une connasse, ne loue pas tes services corporels (pute = pas bien), ne sors pas trop, ne bois pas trop (sinon fille perdue) ne sois pas toute seule (sinon danger, viol, traumatisme à vie, découpée en morceaux dans un congèle), ne fais pas de stop (danger, danger !), n’élève pas la voix en politique (sinon mal-baisée ou folle, forcément) ne te mouche pas trop fort, n’aie pas d’odeur corporelle, ne sois pas grosse, ne sois pas maigre non plus…

Il n’y a pas de légitimité à faire comme si les fonctions de mon corps n’existaient pas. J’aime manger, j’en parle. J’aime le sexe, j’en parle. J’aime que mon corps fonctionne, j’en parle ! C’est une merveille, ce truc.

Qu’est-ce qu’on attend des femmes en taisant leur corps ?

Ça me paraît intolérable qu’on attende d’une personne qu’elle soit un pur esprit, parce qu’on n’est pas des purs esprits. Parler d’une femme en s’attendant à ce qu’elle cache et taise son corps par bienséance, c’est parler d’un mensonge. Parce que fatalement on parle d’une image construite de la femme. Un être qui devrait être charmant et délicat et ne pas faire mention de ses fonctions corporelles en public.

Jje réclame le droit de dire “J’vais pisser” parce que… J’essaie de ne pas trop être dans le construit social. Peut-être aussi que j’ai envie de faire réfléchir les gens à pourquoi ça les choque qu’une fille dise ‘J’vais pisser”. J’ai appris à pisser debout. Je pisse dans la rue, des fois même je rote.  En quoi ça me réduit ? Est-ce que ça ferait de moi une femme au rabais, moins désirable ?

Et puis… Tout ça c’est aussi parce que je revendique une proximité avec l’humain. Ce construit social, cet échafaudage esthétique, dans une communauté, ça tient pas cinq minutes, que ce soit une famille, une coloc, un groupe affinitaire… Même avec des potes, en fait. Du coup ça me dérange de mettre une distance comme ça avec les gens. Ça me semble important de respecter et d’aimer son corps, comme on peut respecter et aimer celui des autres. Comment aimer quelqu’un qui ne s’aime pas lui-même, spécialement dans une relation sensuelle ?