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Indélébile

La première fois c’était en Argentine. J’avais vingt ans et j’étais dans la dépression la plus profonde de ma vie. Il fallait que je fasse quelque chose et je vivais avec un tattoo freak. Je l’ai accompagné à plusieurs séances. Je me suis habituée au bruit. Je l’ai vu devenir vert, des fois. Son intériorité avec les traits sur sa peau. Et l’odeur bizarre de l’encre et du sang.
Et puis Copinette s’est fait faire un truc sur le pied aussi et j’avais vu sa pâleur en sortant de la salle. Elle avait mal.
Et puis il y avait ce dessin que je faisais sur mes cahiers depuis le CM1, ce truc qui m’obsédait depuis que j’avais repris l’avion pour venir vivre en Argentine. Que je dessinais encore tout le temps. Alors je l’ai refait, je l’ai colorié. Je suis allée voir Lucho-le-tatoueur à son cabinet. On a photocopié-transféré. J’avais mal au ventre. Je voulais et j’avais peur. L’inconnu dans le milieu du bide, dense. Il m’a dit “on commence ?”. J’ai dit “oui”. Je me souviens de la douleur, acide-brûlante. Du tattoo-freak qui prenait des photos. Je me souviens de Copinette qui me serrait la main très fort.

La deuxième fois c’était en haut d’une montagne. Il faisait froid même si c’était en août. La machine vibrait super fort et j’avais l’impression que Mag me découpait le bras à la scie sauteuse. Elle allait lentement et je savais pas si je regretterais ou pas. Il y avait des gens qui passaient et qui regardaient de temps en temps. Il y avait Bilou qui allait se faire tatouer “on s’en fou” le jour suivant. C’était à côté d’un piano et je voulais que ce dessin soit marrant. Je voulais qu’il fasse peur en même temps, et c’est ce que j’ai eu. Pour me dire que des fois les trucs qui font peur c’est marrant et ça peut être mignon aussi. Il y avait des gens qui passaient à côté pour regarder et le bruit remplissait tout en couvrant le vent du dehors et la nuit qui tombait sur l’été.

La troisième fois c’était à Dijon. C’était une idée d’un truc que je voulais naïf et DIY tatoué à l’aiguille dans un hangar, avec de l’encre dans un caps de bière, un petit dessin dans un coin un peu comme un post-it de peau. J’en avais juste parlé à deux personnes la veille et puis il y a ce grand type à casquette qui a surgi devant moi en disant “Hey, je t’ai entendue parler de ça hier, alors j’ai fait un dessin, regarde”. J’ai un peu pinaillé sur le dessin et j’ai dit d’accord. Sur les côtes. “On y va alors ?”. J’ai entendu le bzzz de la machine et mon propre grognement avant de sentir la douleur. Il faisait attention à piquer doucement. Il y avait trois tatoueurs autour qui faisaient d’autres trucs sur d’autres gens. Du jazz en fond et le bruit des machines dans mes oreilles. La vibration brûlante sur mes côtes. Inspire en comptant jusqu’à 4, expire en comptant jusqu’à 7. Mon regard fixé sur les poutres du plafond. Max qui me grattouille la tête en passant. L’odeur du sang et de l’encre encore avec la vaseline. Le papier sopalin pour essuyer sur la peau ouverte. Gants noirs. Je serre les dents et je respire. Je douille. J’attrappe des regards, je desserre les dents.

Au moment où les antidouleurs du corps me dévissent la tête, une putain de sensation de puissance. Mon corps est à moi, je suis en train de mettre de l’encre dedans et elle va rester. C’est ce que je suis, et bizarrement cette phrase tombe en anglais, this is what I am, bloc de refus, bloc de négation de ce qu’on veut m’imposer, bloc d’affirmation de ce que je suis, indélébile. “On en est où ?” “-Je fais les remplissages”. Peut-être encore dix minutes. La douceur du regard qui tient la machine. Tout est un peu plus frais et je claque des dents. Quelqu’un m’apporte du jus d’orange. Entourée de gens qui comprennent,  qui douillent sous les aiguilles, d’autres qui regardent, d’autres qui sont de l’autre côté dans une transe d’encre et de dessins. Je ne regretterai jamais.

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Gâteau au chocolat choupi de l’amour

Je reviens d’un week-end aux Tanneries de Dijon et c’était tellement bien que j’ai envie de me rouler par terre en rugissant de bonheur. (Je ferai sûrement un autre post pour expliquer un peu ce qui s’est passé ce week-end. Plus tard.) Parmi les raisons qui ont fait que c’était trop bien, il y a le fait que c’était un week-end ou l’amour, la tendresse et l’attention ruissellent dans tous les sens et qu’il est possible de se prendre une grosse vague dans la face sans l’avoir particulièrement prévu.

C’est ce qui m’amène à parler du gâteau au chocolat du choupi de l’amour. Ce gâteau a provoqué des pleurs de joie en tous sens (je n’exagère pas), on m’a embrassée, câlinée, et même demandée en mariage. Je ne garantis pas qu’il vous arrive la même chose, mais si vous croisez des vegans qui ont pas mangé de gâteau au chocolat depuis longtemps, ça se peut.

Donc. Il vous faut :

– 100g de farine

– 130g de sucre

– 4 cuillères à soupe de cacao en poudre (amer ou sucré, c’est vous qui voyez. Il me semble qu’il y a des dérivés de lait dans le Nesquick, il faut mater. Mais le Van Houten amer marche super bien).

– 3/4 de cuillère à café de bicarbonate de soude

– 16 cl d’eau (plutôt froide)

– 4 cuillères à soupe d’huile végétale

– 1 cuillère à soupe de vinaigre blanc

La recette en elle-même est super simple : Faire chauffer le four (vers 180° c’est nickel). Mélanger toutes les poudres (farine, sucre, cacao, bicarbonate), et dans un saladier à côté, les trois liquides (huile, eau, vinaigre). Ensuite, graisser un moule. L’étape suivante demande d’aller un peu vite : quand on jette les poudres dans le liquide, le vinaigre réagit au bicarbonate et ça fait des bulles. Comme ce sont ces bulles qui font gonfler le gâteau, il faut mélanger rapidement et mettre au four tout aussi rapidement pour ne pas qu’elles s’en aillent. Ça fait sûrement un peu de grumeaux quand vous mélangez, mais c’est pas très grave. La cuisson prend environ 25 minutes (faut tester avec un couteau, s’il ressort propre, c’est que c’est bon).

Le glaçage est un peu l’étape qui tue de tout ce gâteau. On peut le faire à la fin de la cuisson du gâteau pour le verser sur le gâteau directement à la sortie du four, ou pas, ça dépend. En tout cas, le mélange que je fais donne une délicieuse croûte de chocolat dure et craquante, et l’ingrédient bonus déchire tout (sans vouloir me vanter).

L’ingrédient-bonus. Je crois que c’est ça qui m’a valu les yeux doux et la demande en mariage, alors lisez attentivement. C’était un peu une innovation perso à la base, un truc pas trop réfléchi et un peu hasardeux, mais que j’ai adapté par la suite jusqu’à ce que ça devienne vraiment fou. Prenez une poignée d’amandes, et, si vous avez, une poignée de noisettes. Hachez-les sur une planche à découper pour que ça fasse des petits-moyens morceaux (mais pas de la poudre !!). Faites chauffer un tout petit filet d’huile dans une poële et jetez-y les morceaux d’amandes et de noisettes dedans. Faites griller cinq minutes en surveillant pour que ça crâme pas. Sortir du feu, mettre le contenu de la poële dans un bol à part. Jeter une poignée de sucre dans la poële. Comme elle est chaude, il doit fondre et caraméliser tout de suite. Il devient liquide et commence à prendre une couleur rousse. À ce moment-là, remettre les morceaux grillés et bien tout mélanger avec une spatule (Spatule. Spatule. J’adore ce mot.) en bois. Il faut faire gaffe à ne pas mettre trop de sucre pour le caramel, sinon ça va tout se coller et faire un gros tas, certes excellent à manger, mais impossible à casser pour mettre sur le gâteau. Normalement, à ce stade, les bouts de fruits à coques sont recouverts d’une fine couche de caramel, votre cuisine sent super bon et les trois personnes les plus proches de vous essaient par tous les moyens de vous en voler. Donnez-leur une tape sur le nez (ça marche super bien avec les chats) et passez à la suite : laissez-les refroidir cinq minutes (parce que le caramel chaud, ça brûle très fort), puis égrenez le mélange et répartissez-le sur le gâteau.

Venons-en au glaçage proprement dit (pas de proportions vraiment exactes, je fais un peu au pif). Un peu d’huile végétale, un peu d’eau (si vous faites les proportions du gâteau indiquées au-dessus, je pense que 3 cuillères à soupe de chaque devraient suffire), du sucre glace et du cacao en poudre. Si vous avez utilisé du chocolat amer pour le gâteau, ça peut être une bonne idée de faire un glaçage bien sucré pour contraster.
Donc on met tout ça dans une casserole à feu doux, on touille bien. Si c’est fluide, rajouter du sucre glace jusqu’à ce que ça devienne moins fluide. La bonne consistance est atteinte quand, si on remue le truc avec une cuillère puis qu’on soulève la cuillère au-dessus de la casserole, la goutte de mélange descend lentement et se solidifie plus ou moins en route. C’est le même processus que quand on fait de la confiture. Et donc, quand on en est à ce stade-là, hop, on verse sur le gâteau qui est recouvert de fruits à coque caramélisés. Le glaçage prend en peu de temps, il devient rapidement dur et croustillant.

Victor-à-moustache (pas l’homme à la moustache, un autre) m’a appris à faire du sucre glace ce week-end, donc je partage avec vous. Il suffit de mettre du sucre normal dans votre blender et de mixer. Plus besoin de courir à l’épicerie de nuit pour acheter deux cent grammes de sucre-glace un dimanche soir pour 6.70€ ! Sucre-glace à l’infini ! Wouhou ! En plus quand vous enlevez le couvercle du blender ça fait une fumée très dramatique.

Voilà. Si j’ai contribué à la formation d’un couple avec ce gâteau, j’en serai heureuse. Les proportions ne bougent pas quand on les multiplie, donc vous pouvez juste faire tous les ingrédients x5 et nourrir 60 personnes tranquillement.

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