Category Archives: Les trucs qu’on t’a pas dits à l’école

Brèves de récolte

Récolte des abricots, Drôme, juillet 2014.

Une discussion dans les rangs sur l’exploitation animale. En face de moi, des carnistes convaincus.

Moi : “- Le lait de vache, c’est quand même pas super bon pour la santé, finalement. C’est mieux de le laisser aux petits veaux, c’est plus adapté pour eux. En plus, quand tu regardes comment c’est foutu l’élevage pour le lait, c’est vraiment horrible pour les veaux…

Elle : – Mais si t’as un bébé, tu fais comment pour le nourrir ?

Moi : – Tu peux l’allaiter, non ?

Elle : – Mais si t’as pas de lait ?

Moi : – Ben il y a des personnes qui donnent leur lait quand elles en ont trop, c’est possible de nourrir un bébé sans lait de vache.

Elle : – Ah mais non mais c’est pas possible. Je veux pas que mon enfant boive du lait d’une femme que je connais même pas !

Moi : – Et qu’il boive du lait d’une vache que tu connais pas, ça te dérange pas ?

Elle : – Ah mais c’est pas pareil !

Moi : Ah…”

 

Débat sur la viande.

Elle “-Mais on a toujours fait comme ça, c’est une question de culture ! Et puis les animaux sont tués humainement, on fait attention à ne pas leur faire de mal. Peut-être qu’ils sont contents de mourir pour qu’on les mange, finalement !”

Plus tard, un débat sur l’avortement dans les rangs.

Elle : – Ah mais pour moi l’avortement c’est tuer son bébé. C’est criminel. Je comprends pas les femmes qui font ça. Elles devraient pas avoir le droit.

 

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C’est la règle

“Je veux être bien claire. J’ai écrit ce poème pour une raison bien précise. J’ai une fille de 13 ans. C’est important à mes yeux que je mette chaque morceau de mon expérience, quelle que soit la sagesse que j’en aie récoltée, chaque bout de ma colonne vertébrale, pour elle, pour la soutenir, pour lui offrir une langue qui l’enlève et la maintienne.

Cela dit, il y a pour moi une conversation nécessaire qui vise à miner la honte qui arrive à certaines filles à propos des règles. J’ai eu cette expérience, de commencer mes règles en [cinquième], des garçons qui avaient compris que j’avais mes règles. Et c’était quelque chose, j’allais en cours avec la main levée genre “Je dois aller aux toilettes maintenant” et ils disaient “Tu as tes règles, non ?”. Vous voyez, ce genre de trucs stupides.

Et donc ma fille a ses premières règles et elle est choquée et sort des toilettes avec une tête de six pieds de longs, comme si elle était morte ou un truc comme ça, et je voulais empêcher ça. Donc on a fait une fête des règles, ma maison décorée en rouge, tout le monde habillé en rouge, de la nourriture rouge, boissons rouges. C’était super.

[Applaudissements]

C’était super. Tout était rouge. J’ai adoré. Donc c’est comme ça que c’était et c’était merveilleux. Et ensuite, je suis allée à Austin, Texas, pour Women of the World, elle m’a envoyé une capture d’écran d’un tweet et en 140 caractères, un idiot a sapé mon héritage. Ceci est ma réponse aujourd’hui à ce que je viens de décrire. Avec plaisir.

Le type sur Twitter dit “J’étais en train de faire du sexe avec ma copine quand ses règles se sont déclenchées. J’ai immédiatement largué cette chienne.”

Cher idiot sans nom sur Twitter : tu es la raison pour laquelle ma fille a pleuré des larmes funèbres quand elle a commencé à avoir ses règles. Le deuil soudain que toutes les jeunes filles ressentent après leur extraction de l’enfance et leur introduction dans une réalité avec laquelle elles n’ont pas le choix, toi et ton dédain pour ce que peut faire le corps d’une femme*. Voici venir une leçon d’anatomie colorée de politique féministe parce que je te hais.

Il y a quelque chose appelé l’utérus. Il se renouvelle à peu près tous les 28 jours, ou dans mon cas tous les 23 jours, j’ai toujours été en-dehors des cadres. C’est la leçon d’anatomie, je disgresse.

La partie féministe, c’est que les femmes savent comment lâcher prise, comment laisser quelque chose qui meurt lâcher le corps, comment se renouveler, comment se régénérer, comment croître et décroître, pas si différemment de la lune et des marées, qui toutes les deux influencent comment tu te comportent, je disgresse. [rires]

Les femmes ont des vagins qui peuvent se parler entre eux et je veux dire par là que, quand nous sommes avec nos amies, nos sœurs, nos mères, nos cycles menstruels se synchronisent, nom d’un chien. Mon propre utérus est très influent, tous les gens que j’aime savent saigner avec moi. Garde ça en tête, il y a une métaphore dedans. [Applaudissements]

Garde ça en tête. Mais quand ta mère t’a porté, l’océan dans son ventre est ce qui t’a construit, ce qui t’a rendu possible. Tu l’avais sous ta langue quand tu es passé à travers sa peau, mouillé et haletant de la chaleur de son corps, ce corps et son mécanisme dont tu te moques à présent sur les réseaux sociaux, ce corps, qui t’a enveloppé dans tout ce qu’il avait de miraculeux, et qui t’a chanté des comptines entrelacées de plaquettes, sans qui tu n’aurais pas du tout de compte Twitter crétin, je disgresse.

Tu vois, c’est possible que nous connaissions mieux le monde par le sang qui visite certaines d’entre nous. Il interrompt nos jupes blanches préférées, et s’incruste sans être invitées à nos dîners mondains, le sang fait ça, c’est la règle. Il vient quand on n’est pas préparé, le sang fait ça, c’est la règle. Le sang est la plus grande sirène, et on comprend que le sang ne se comporte pas comme on l’attend, il n’attend pas le feu vert, ou un panneau de bienvenue sur la porte. Et quand tu vis avec du sang, encore et encore, comme on le fait, quand il revient toujours, eh bien, ça fait de toi une guerrière.
Et même si tous les bons généraux savent qu’on ne discute pas de ses plans de bataille avec l’ennemi, laisse-moi te dire ça, crétin sur Twitter, s’il y a le moindre équilibre dans l’univers, tu sera béni, tu enfanteras des filles. Béni.
Étymologiquement, bénir veut dire faire saigner. Tu vois, maintenant c’est une leçon de linguistique. En d’autres termes, le sang parle, c’est le message, reste avec moi. Tu vois, tes filles t’ens[ai]gneront ce que tous les hommes doivent un jour apprendre, que les femmes, construites de magie de clair de lune et de macabre, te feront rencontrer le sang. Nous en mettront partout sur les draps et sur les sièges de voitures, nous ferons ça. Nous te ferons rencontrer nos entrailles, c’est la règle, et si tu es aussi peu préparé que nous le sommes quelquefois, tu en auras partout et la tache restera pour toujours.

Alors, à ma fille : si n’importe quel crétin se comporte mal avec la géographie sauvage de ton corps, la façon dont il produit un courant rouge comme toute bonne sorcière, tout bon loup, eh bien saigne, mon amour. Donne à ce sang un nom biblique, quelque chose de pierre, de chaux. Donne-lui le nom de la première rébellion d’Ève dans le jardin, donne-lui le nom de la dernière petite fille qui a subi des mutilations génitales à Kinshasa, et c’était ce matin. Donne-lui autant de syllabes qu’il y a de viols sans plainte.

Donne à ton sang le nom de quelque chose de saint, quelque chose de féroce, quelque chose d’innommable, quelque chose en hiéroglyphes, quelque chose qui produit le son de la fin du monde. Nomme-le pour la guerre entre tes jambes, et pour toutes les femmes qui, pour une fois, auront un nom, ici. Saigne, juste saigne, fais goutter ton écriture impossible sur tous les meubles. Saigne, et saigne, et saigne sur tout ce qu’il aime. C’est la règle.”

 

Traduit depuis le slam “Period Slam” de Dominique Christina, en anglais ici :

 

*Comme d’habitude sur ce blog, je dissocie genre et sexe. Toutes les femmes n’ont pas d’utérus, toutes les personnes qui ont un utérus ne s’identifient pas comme des femmes.

Prism Break

Hé salut.

Vous êtes toujours là ?

J’ai pas des masses de temps en ce moment parce que mémoire emménagement et tutti quanti (mais j’ai quand même appris à faire mon propre tofu, ce qui est extrêmement satisfaisant).

Je voulais juste parler au passage d’un projet auquel je suis fière de contribuer et qui oeuvre pour le bien commun.

À moins de vivre dans une grotte, vous avez sûrement entendu parler d’Edward Snowden ces temps-ci (mais si, le type qui a fait leaker l’existence du programme de surveillance de l’Internet Prism, et qui est recherché par les États-Unis pour haute trahison ? Oui ?). Outre le fait que 1) la France a vraiment perdu de ses capacités diplomatiques 2) ce type a fait un bien fou à l’humanité et voilà comment il est récompensé, les conclusions qu’on peut tirer de cette affaire sont que, ben, voilà, maintenant on le sait officiellement, les États surveillent vos communications.

Si vous pensez “Je n’ai rien à cacher, ces programmes de surveillance ne me concernent pas”, think again. Je vous recommande d’aller voir ici ou de regarder cette vidéo, et on peut en reparler ensuite.

Donc.

Que faire ?

En fait, ça fait trèèès longtemps que des alternatives libres, fabriquées par une communauté de passionnés et de développeurs, relues et corrigées en permanence, dont le code (la “recette” de fabrication du logiciel) est public et réutilisable à l’infini, existent. Ça s’appelle le logiciel libre. Et, pour approximativer gravement, les gens qui font du logiciel libre sont souvent un peu à cheval sur la protection de la vie privée et des données. Et donc, les choses qu’il fabriquent sont, en général, assez cools pour la vie privée.

Par exemple, les noyaux Linux. (il y a mille autres exemples). N’ayez pas peur, c’est:

1) gentil,

2) facile à utiliser (sérieusement, c’est simple à apprendre, et il y a plein de geeks dont moi qui seront prêtEs à vous aider en cas de besoin)

3) utile pour briller en société

4) un monde nouveau dans lequel vous maîtrisez votre ordinateur, vous arrivez à comprendre un petit peu ce qu’il se passe dedans, et vous prenez conscience de la façon de protéger un peu mieux vos données. C’est magique.

Alors après Prism, il y a ce type qui a fait un site qui s’appelle Prism Break, pour recenser d’un côté tous les outils pourris, propriétaires et pleins de surveillance, et d’un autre, tous les outils libres et mignons qui peuvent permettre de protéger votre vie privée.

Je suis très fière de présenter Prism Break ici parce que je pense que c’est un bon projet, que c’est bien de vulgariser ces outils pour que le plus de monde possible les utilise, et aussi parce que j’ai participé à la traduction en français du site.

Comme vous pouvez le voir, le site est très simple et très joli : trois colonnes, une pour les outils propriétaires (caca), une pour les outils libres (licorne), une pour les notes (explications).

 

prsim break

Alors : allez-y, lisez le projet, posez des questions (tous les objets présentés sont documentés, il y a des wikis pour chaque logiciel qui partent du niveau zéro de la connaissance pour les apprendre du début), installez-vous un système libre, et faites la nique à la surveillance, parce que personne ne mérite de savoir tout sur votre vie sans que vous l’aiyez décidé.

(Et si pour vous c’est important que les députés français européens cessent de développer des programmes de surveillance et arrêtent de tenter de censurer l’Internet, vous pouvez aller voir sur le site de la Quadrature du Net qui s’occupe de ça, voire même leur filer quelques euros pour les aider à fonctionner. Le net et moi-même vous remercions.)