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[de chez Pixellibre]

Bon alors je viens de voir passer ça et c’est suffisamment intéressant pour que je reposte ici, en partie pour les coupainEs du libre et à propos de comment on est merdiques pour ramener des gens dans nos communautés, ou rendre nos communautés accessibles aux gens, des fois.

Original disponible ici.

 

 

Récemment, Barbayellow sortait un (bon) billet de blog qui a démarré un bon « débat » dans la « twittosphère » : pourquoi, la sécurité, bah… ça marche pas.

Dans ce billet, il explique que la communauté des développeurs et des experts doit s’adapter au besoin et non l’inverse. Dans son cas, ce sont ces communautés qui doivent s’adapter au journalisme et non aux journalistes de devenir des experts en sécurité et des administrateurs réseau en puissance.

Il rajoute d’ailleurs que ça n’arrivera jamais, et, non sans un certain regret, je dois admettre qu’il a raison.

Je voulais détailler mon point de vue, d’où ce billet. D’avance, je vais m’inclure dans ces communautés, mon intention n’étant pas de tirer sur des gens et de m’en exclure, puisque cette adaptation me concerne également.

Notre communauté a un problème : elle reste dans un petit monde, un petit cercle qui, bien qu’il soit extrêmement ouvert d’esprit, est relativement fermé, et ce pour plusieurs raisons.

La première est assez légitime : la méfiance. Quelqu’un qui débarque « comme ça » sera forcément observé, ce qui ne plait pas à tout le monde. Dans l’univers du hacking, de la sécurité informatique ou de l’(h)ac(k)tivisme, il y a toujours de la paranoïa, plus ou moins présente selon les groupes de ces communautés, plus ou moins justifiée, mais toujours.

La seconde est déjà moins sympathique : la fierté, l’élitisme, je considère que c’est une plaie. Et c’est principalement de ça que nous allons parler.

Nous sommes curieux, exigeants, nous avons l’envie d’apprendre, nous avons la motivation, chacun à notre rythme, à notre niveau. Nous avons parfois le temps pour nous planter. Nous avons le luxe de nous le permettre car, à de rares exceptions, cela ne met pas en péril une personne, une vie, une information sensible. Nous pouvons recommencer encore et encore puis réussir, créer, nous documenter sur des manuels tellement intelligibles qu’un profane aurait l’impression de voir un programme de Canal+ ou un écran de la Matrice. Rien que le fait de voir un terminal, ça fait peur à beaucoup. D’ailleurs, rien que de prononcer le terme terminal, mine de rien, c’est déjà quelque chose.

Allez, sérieusement, allez voir des gens « au hasard » et demandez-leur ce que c’est. Voilà. Bref, revenons-en à nos octets…

L’élitisme, donc. « Je sais que je sais, et toi, je sais que tu ne sais pas. Je t’explique, et si tu ne comprends pas alors t’es un N00b », « J’ai eu personne pour apprendre, RTFM » sont des réponses qui calment les gens, sérieusement.

On ne peut pas rester ainsi éternellement si on veut qu’un jour, les efforts que nous faisons marchent. On ne peut pas rester dans notre petit milieu, à envoyer promener les gens parce qu’ils ne comprennent pas assez vite, ou pas du tout.

Des personnes, peut-être pas vous hein, ne vous sentez pas pris pour cible, ont ce comportement-là. Et les conséquences de ce comportement sont nombreuses, l’information reste dans un cercle de gens qui « savent », les autres peuvent se sentir rejetés, ou pris de haut, méprisés, démotivés, ce comportement, c’est un répulsif efficace.

Bref, si nous sommes une communauté ouverte, nous sommes une réelle communauté ouverte, pas uniquement sur le papier. Cela demande du temps, de l’implication, de l’adaptation de la pédagogie et de l’andragogie, les gens doivent se questionner pour comprendre, leur servir la connaissance, ça ne fonctionne pas.

Revenons-en au cas de Barbayellow : la protection de la vie privée, de l’intimité, le contournement de la censure, est freiné par les exigences demandées pour y arriver, qui se résument à la chose suivante dans l’exemple : être administrateur système.

Ça fait mal à lire, mais c’est vrai, nous accusons un cruel manque de pédagogie, de volonté, de capacité à transmettre l’information…

Nous manquons de pédagogie pour les points cités juste avant, je ne reviendrai pas dessus.

Nous manquons de volonté car entre utiliser un programme et expliquer un programme, il y a un gouffre énorme.

Enfin, nous manquons réellement de capacités d’adaptation. Tous, ou presque. Il y a une différence phénoménale entre comprendre quelque chose et être capable d’expliquer quelque chose et, désolé d’avance, si beaucoup comprennent comment fonctionne telle ou telle chose, les gens capables d’expliquer comment ça fonctionne, à n’importe qui, je les compte sur les doigts d’une seule main.

Il faut s’adapter en permanence, accepter que la personne ne comprenne pas, faire l’effort d’aller vers elle, de reprendre ses termes, son cadre de référence, pour la comprendre et pour réussir à transmettre le savoir.

L’exemple est parlant, n’est-ce pas ? (Merci à fo0_ pour l’exemple bien trouvé)

Pour Barbayellow, ça passe par une simplification de ce qu’on appelle l’interface utilisateur. Il faut qu’elle soit claire, simple, compréhensible afin de toucher un public large.

C’est là où le bât blesse, pour l’instant et selon moi. Utiliser GPG, TOR, Jitsi ou LinPhone, c’est tout sauf aisé pour un utilisateur Lambda. Les interfaces s’améliorent certes, mais il reste énormément de travail à faire.

Il en reste beaucoup en partant de la même base : les interfaces doivent s’adapter aux utilisateurs et non l’inverse. Si, pour « nous », c’est ce qui s’est passé, c’est parce que nous le voulions bien et parce que des choses nous semblent évidentes, sauf que nos évidences ne sont pas celles des autres.

Oui, il y a des gens qui refusent d’apprendre, et d’autres qui ont juste besoin que le programme fonctionne, et qu’il fonctionne bien parce qu’il va gérer des données sensibles, il y a des gens qui ne veulent qu’utiliser un programme, sans forcément chercher à savoir comment il fonctionne parce qu’ils n’en ont tout simplement pas besoin. Les journalistes sont journalistes, pas administrateurs réseau, c’est vrai. A ce titre, il faut leur fournir des outils quasiment « clefs en main », sans pour autant oublier celles et ceux qui veulent comprendre. Il faut donc de la documentation, claire et adaptée, dans plein de langues car tout le monde ne parle pas anglais, tout le monde ne comprend pas forcément un manuel, tout le monde n’a pas « la bonne » logique.

L’interface doit donc être simplifiée, sans induire un manque de réflexion, sans induire une infantilisation de l’utilisateur : TextSecure, une application qui permet d’envoyer des SMS chiffrés, est une bonne démonstration : elle protège vos SMS, l’envoi et la réception de ces messages-là dans certains cas et, pour autant, elle n’infantilise personne, les menus de configuration sont assez poussés et pourtant, le programme est très simple d’utilisation, ce qui contribue d’ailleurs à une adoption plus rapide et plus massive de cette solution.

Nous ne pouvons pas demander aux journalistes d’être des administrateurs réseau et, quitte à pousser la réflexion jusqu’au bout, si nous leur demandons de l’être, alors nous devons être des « formateurs-communicants-développeurs-rédacteurs-whatever », sauf que c’est pas le cas. Comment demander quelque chose à quelqu’un alors que nous même ne remplissons pas le critère ?

Chacun a son propre métier, son propre cadre de référence et refuser de l’admettre, c’est se condamner à un flagrant manque d’adaptation. Je parle en connaissance de cause, mon métier consiste à s’adapter à n’importe quel profil, technique ou non, intéressé ou non, avec des gens qui n’ont pas le choix et qui doivent être capables de se servir de tel, tel ou tel logiciel très rapidement.

Au final, c’est un tout, dont Okhin a déjà parlé à Pas Sage En Seine : nous devons sortir de notre petit monde, arrêter d’espérer qu’un jour les utilisateurs s’adapteront à nos technologies, prendre les devants et aller « sur le terrain », au contact des utilisateurs, adapter nos ressources, documents, manuels x ou y, interfaces, nous ouvrir vers l’extérieur…

Ça me tue de l’écrire mais, si Skype est énormément présent et qu’il est très difficile de motiver quelqu’un à le quitter, c’est parce qu’il est facile à configurer, que l’interface est assez « sexy » et que « ça marche », au mépris des dangers, de la surveillance, de tout plein de choses que je connais déjà, pas la peine de me les rappeler ici.

Encore une fois, ceci n’est que mon point de vue. Cependant, pour voir et entendre chaque jour des centaines de personnes, je peux affirmer qu’il n’est pas totalement à côté de la plaque. Tout le monde n’a pas envie d’apprendre, de passer des heures interminables à configurer un logiciel qui fait ce qu’un autre fait en trois clics. D’autres ont besoin de solutions sans forcément avoir le niveau technique requis pour les comprendre… qu’allons-nous répondre ? De revenir dans trois ans, une fois le niveau nécessaire acquis ?

Evidemment, il y a aussi des aspects négatifs : la diffusion massive d’un logiciel l’expose à plus de dangers parce que le logiciel devient une cible plus intéressante, plus une interface est simplifiée et plus le travail pour la simplifier est énorme, plus il y aura donc de développement, et c’est un facteur à prendre en compte.

J’arrête là, mais nous pouvons en parler (oubliez Twitter, c’est hors de question, on ne débat pas sur Twitter). Le débat peut s’installer dans les commentaires si vous voulez, mais ne vous tapez pas dessus, ça serait bien.

Bien sûr, le problème ne vient pas que des administrateurs et des développeurs et de nos communautés, mais il est en grande partie lié à tout ceci et au narcissisme dont nous faisons preuve.

Les utilisateurs finaux devront toujours chercher, se renseigner, ça ne changera jamais, vraiment pas. Pour autant, ils le feront avec des outils adaptés à eux, ce qui sera beaucoup plus efficace. Il va sans dire que si ces utilisateurs ne font aucune démarche, cela ne changera rien, jamais rien.

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La NSA (Agence Nationale de Sécurité, États-Unis) récupère des centaines de millions de SMS tous les jours

ImageLa NSA a récupéré presque 200 millions de SMS du monde entier par jour, en les utilisant pour extraire leurs données, comme la localisation, les réseaux de contacts et les données de cartes bancaires, selon des documents top-secrets.La collecte et le stockage de SMS – dont les contacts – a été révélée par une enquête menée par le journal Guardian et la chaîne de télévision britannique Channel 4, à partir de matériau fourni par le lanceur d’alerte Edward Snowden, qui travaillait précédemment pour la NSA.

Les documents ont aussi révélé que l’agence de renseignements anglaise GCHQ a utilisé la base de données de la NSA pour fouiller dans les métadonnées de communications “non-ciblées et sans mandat judiciaire” appartenant à des personnes au Royaume-Uni.

Le programme de la NSA, qui porte le nom de code “Dishfire”, collecte “à peu près tout ce qui peut l’être”, selon les documents de GCHQ, plutôt que de simplement stocker les communications de cibles existantes.

La NSA a utilisé sa vaste collection de métadonnées pour extraire des informations relatives aux déplacements des personnes, à leurs carnets d’adresse, leurs transactions financières, et plus – même des personnes sur lesquelles ne pesaient pas de suspicions quand à des activités illégales.

Une présentation de l’agence datant de 2011 – sous-titrée “Les SMS : une mine d’or à exploiter” révèle que le programme a collecté en moyenne 194 millions de messages texte par jour en avril de la même année. En plus du stockage de messages, un second programme apprelé “Prefer” effectue une analyse automatique de toutes ces communications.

Le programe “Prefer” utilise les messages textes automatisés, comme les alertes d’appel manqué ou les textos affectés par les surtaxes internationales, pour extraire les informations, que l’agence de renseignement décrit comme “des métadonnées dérivées du contenu”. Elle explique que “des données aussi précieuses ne sont pas incluses dans les métadonnées pour le moment, et enrichiraient substantiellement les analyses actuelles”.

En moyenne, la NSA a extrait chaque jour :

  • Plus de 5 millions d’alertes d’appel manqué, utilisées dans l’analyse des réseaux de contact des personnes (trouver quel réseau existe autour des personnes en analysant qui ils·elles appellent et à quel moment)
  • Les détails des déplacements internationaux de 1.6 millions de personnes, à partir des alertes de changement de réseau téléphonique au moment des changements de pays.
  • Plus de 110.000 noms provenant de cartes électroniques des personnes, ajoutées à la capacité d’extraire et de stocker des images provenant de ces documents.
  • Plus de 800.000 transactions financières, soit par des paiements de texto à texto, soit en reliant des cartes bancaires à des utilisateurs de téléphone.

L’agence a également extrait les données de géolocalisation de 76.000 personnes par jour, à partir de “messages contenant des indications de route” et “organisant des rencontres”. D’autres informations liées aux voyages ont été extraites de messages envoyés par des agences de voyage pour indiquer les chemins à prendre en déplacement, et même les textos traitant d’annulation ou de retard dans les voyages.

Ce sujet a été traité par une conférence de presse très attendue donnée  vendredi par le président Obama sur une “réforme” de la NSA.

Il y a dit que le gouvernement ne devait plus stocker toutes les données de toutes les communications à l’intérieur des États-Unis, en parlant du “potentiel d’abus”. Mais il a aussi rendu très clair le fait que les agences de renseignement devaient avoir accès aux informations liées aux appels, et n’a pas donné de détails sur la façon dont ces informations seraient stockées.

À la place, des entreprises privées vont stocker les métadonnées, et les géants des télécoms sont déjà inquiets à propos de ce que cela signifie :

“En privé, les entreprises de télécom ont exprimé leur inquiétude sur le fait d’être obligées à garder les informations appartenant à leurs clients – les informations relatives à la durée des appels, à leurs destinataires et leur localisation. Un cadre, qui a souhaité rester anonyme, a expliqué que les entreprises se demandaient combien de temps elles allaient devoir garder les données, quelles agences y auraient accès, et de quelle protection elles pourraient bénéficier au cas où des problèmes légaux s’élèveraient à propos de la rétention ou de la distribution des informations.”

Traduit depuis anarcho-queer.

Effrayant, non ?

Et ça ne se passe pas qu’aux États-Unis ; les informations contenus dans les SMS et appels dans de nombreux autres pays du monde sont stockées et exploitées par la NSA. Il est difficile de savoir dans quelle mesure les gouvernements des autres pays collaborent avec le programme. On sait cependant qu’en plus de ces collaborations, les agences de renseignement nationales mettent en place leurs propres systèmes de surveillance. En France aussi.

Comment se protéger ?

Utiliser des systèmes d’exploitation libres et sans backdoors (portes d’entrée pour les utilisateurs malveillants), utiliser des logiciels de cryptographie pour chiffrer ses communications.

Vous ne savez pas par où commencer ? Contactez les associations dédiées au logiciel libre dans votre ville (il y en a sûrement !), organisez une crypto-party avec ces associations pour  vos amis, votre famille, votre réseau social… Mettre en place une plus grande sécurité pour ses communications est un apprentissage ; ne vous inquiétez pas si vous “ne connaissez rien aux ordinateurs”, ça viendra ! De nombreuses personnes, que ce soit sur Internet ou dans la vie loin des claviers, sont prêtes à donner du temps et de l’énergie pour partager leurs connaissances en matière de sécurité informatique.

Vous pouvez trouver plus d’informations sur le site https://prism-break.org/fr/ (en français, disponible dans de nombreux autres langages également).

L’oeuvre

Hé bien voilà. J’ai fini. J’ai fini au même moment mon mémoire de recherche, mon rapport de stage, et ma scolarité.

Alors, si vous voulez savoir ce que j’ai bien pu fabriquer pendant les six derniers mois, vous pouvez les télécharger et les lire.

 

Rappord De Stage

Intersectionnalité, privilèges et identité(s) : une affirmation communautaire des féministes nord-américaines sur Tumblr

 

Ces objet sont libres. Vous pouvez les réutiliser, en tout ou partie, les modifier, les partager, tant que vous me créditez comme source. Pas d’utilisation commerciale, s’il vous plaît. Eive le datalove !

 

HTTPS Everywhere

J’ai déjà parlé ici de Prism Break et de comment c’est trop chouette pour découvrir des outils qui permettent de rendre l’utilisation d’Internet plus sûre.

Aujourd’hui, on va parler de HTTPS everywhere.

HTTPS, c’est quoi ?

HTTPS est basé sur HTTP.

HTTP, c’est les quatre première lettres qui apparaissent dans une URL. Elles signifient “HyperText Transfer Protocol”. C’est un protocole de communication client-serveur (ça ne mord pas. C’est juste une façon pour votre ordinateur de communiquer avec le serveur sur lequel est hébergé le site que vous voulez visiter).

Comment HTTP fonctionne-t-il ? Il permet aux deux machines (la vôtre, ordinateur A, et le serveur, ordinateur B) de parler la même langue (c’est à ça que sert un protocole, et c’est très utile quand on veut communiquer).

Pour en savoir plus sur le protocole HTTP, vous pouvez consulter la page Wikipedia qui explique tout bien comme il faut.

Qu’est-ce donc qu’HTTPS ? C’est le même protocole, avec un S à la fin, pour “sécurisé”. Si vous consultez vos comptes bancaires en ligne, vous avez sûrement dû voir un petit cadenas juste avant le début de l’URL : il est là pour vous garantir que vos données ne passent pas en clair sur le réseau, c’est-à-dire qu’elles sont chiffrées (on ajoute par-dessus vos données une “enveloppe” qui les rend illisibles à moins d’avoir une clef spéciale, et c’est vous qui décidez à qui vous donnez la clef).

 

HTTPS, comment ça fonctionne ?

HTTPS sécurise nos connexions en utilisant le système SSL. Pour comprendre le système SSL, je vous renvoie à l’excellent post de Sebsauvage sur le sujet.

En simplifiant, on pourrait dire que SSL :

empêche la communication entre deux machines d’être écoutée,

– garantit que les informations transmises soient les bonnes,

– garantit que les deux interlocuteurs soient vraiment ceux qu’ils disent être.

 

Mais c’est super compliqué, et puis j’en ai pas besoin !

En fait, pas si compliqué que ça. Ce qui se passe entre les deux machines est peut-être compliqué à comprendre à première vue, mais un utilisateur qui n’a pas envie de s’y intéresser peut très bien s’en passer.

Comme je le disais plus tôt, HTTPS est déjà utilisé par les sites bancaires, les sites de vente en ligne, etc, pour garantir que vos données bancaires ne soient pas écoutables par quelqu’un qui mettrait ses oreilles entre votre ordinateur et le serveur du site. Ce qui est bien sympa de leur part.

Mais si on pousse le raisonnement un peu plus loin, est-ce que vos données bancaires sont la seule chose qui doit appartenir à votre vie privée ? Est-ce que vous avez envie que vos scan de carte d’identité (ceux que vous envoyez en pièce jointe quand vous posez votre candidature à un job), les mails que vous envoyez à vos amoureuxSEs, votre consommation de produits pas toujours recommandables, ou encore les détail du moment où vous avez vomi des morceaux de courgette avant-hier soir soient accessibles par tout un chacun ? Votre maman, votre patron, votre ex, une entreprise, la police ?

Pour éviter, donc, que ces données ne transitent en clair sur Internet, vous pouvez choisir de demander à votre navigateur Web d’utiliser HTTPS pour tous les sites qu’il rencontre (il parlera donc de façon sécurisée avec tous les serveurs hébergeant ces sites). Comment ? En utilisant HTTPS Everywhere.

HTTPS est une extension développée par l’Electronic Frontier Foundation (EFF) qui peut s’ajouter à Mozilla Firefox et Chrome. C’est donc un petit programme qui dit à Firefox ou Chrome de chiffrer ce qu’ils disent et reçoivent des sites que vous visitez. Il est téléchargeable sur le site de l’EFF et s’installe très simplement sous Windows et Linux, et ensuite, il travaille tout seul, sans qu’on ait besoin de s’en occuper. Simplicité maximale, plus grande tranquillité d’esprit. Cool, non ?

 

Prism Break

Hé salut.

Vous êtes toujours là ?

J’ai pas des masses de temps en ce moment parce que mémoire emménagement et tutti quanti (mais j’ai quand même appris à faire mon propre tofu, ce qui est extrêmement satisfaisant).

Je voulais juste parler au passage d’un projet auquel je suis fière de contribuer et qui oeuvre pour le bien commun.

À moins de vivre dans une grotte, vous avez sûrement entendu parler d’Edward Snowden ces temps-ci (mais si, le type qui a fait leaker l’existence du programme de surveillance de l’Internet Prism, et qui est recherché par les États-Unis pour haute trahison ? Oui ?). Outre le fait que 1) la France a vraiment perdu de ses capacités diplomatiques 2) ce type a fait un bien fou à l’humanité et voilà comment il est récompensé, les conclusions qu’on peut tirer de cette affaire sont que, ben, voilà, maintenant on le sait officiellement, les États surveillent vos communications.

Si vous pensez “Je n’ai rien à cacher, ces programmes de surveillance ne me concernent pas”, think again. Je vous recommande d’aller voir ici ou de regarder cette vidéo, et on peut en reparler ensuite.

Donc.

Que faire ?

En fait, ça fait trèèès longtemps que des alternatives libres, fabriquées par une communauté de passionnés et de développeurs, relues et corrigées en permanence, dont le code (la “recette” de fabrication du logiciel) est public et réutilisable à l’infini, existent. Ça s’appelle le logiciel libre. Et, pour approximativer gravement, les gens qui font du logiciel libre sont souvent un peu à cheval sur la protection de la vie privée et des données. Et donc, les choses qu’il fabriquent sont, en général, assez cools pour la vie privée.

Par exemple, les noyaux Linux. (il y a mille autres exemples). N’ayez pas peur, c’est:

1) gentil,

2) facile à utiliser (sérieusement, c’est simple à apprendre, et il y a plein de geeks dont moi qui seront prêtEs à vous aider en cas de besoin)

3) utile pour briller en société

4) un monde nouveau dans lequel vous maîtrisez votre ordinateur, vous arrivez à comprendre un petit peu ce qu’il se passe dedans, et vous prenez conscience de la façon de protéger un peu mieux vos données. C’est magique.

Alors après Prism, il y a ce type qui a fait un site qui s’appelle Prism Break, pour recenser d’un côté tous les outils pourris, propriétaires et pleins de surveillance, et d’un autre, tous les outils libres et mignons qui peuvent permettre de protéger votre vie privée.

Je suis très fière de présenter Prism Break ici parce que je pense que c’est un bon projet, que c’est bien de vulgariser ces outils pour que le plus de monde possible les utilise, et aussi parce que j’ai participé à la traduction en français du site.

Comme vous pouvez le voir, le site est très simple et très joli : trois colonnes, une pour les outils propriétaires (caca), une pour les outils libres (licorne), une pour les notes (explications).

 

prsim break

Alors : allez-y, lisez le projet, posez des questions (tous les objets présentés sont documentés, il y a des wikis pour chaque logiciel qui partent du niveau zéro de la connaissance pour les apprendre du début), installez-vous un système libre, et faites la nique à la surveillance, parce que personne ne mérite de savoir tout sur votre vie sans que vous l’aiyez décidé.

(Et si pour vous c’est important que les députés français européens cessent de développer des programmes de surveillance et arrêtent de tenter de censurer l’Internet, vous pouvez aller voir sur le site de la Quadrature du Net qui s’occupe de ça, voire même leur filer quelques euros pour les aider à fonctionner. Le net et moi-même vous remercions.)

La ville ! La rue ! La nuit nous appartient ! [Marche de nuit féministe non-mixte, 31 mai 2013]

Vendredi 31 mai, à Toulouse, c’était la marche de nuit non-mixte, organisée par le collectif Queen Kong.

fly marche de nuit1On s’est retrouvées à 21h30 à ArnaudE BernardE pour commencer la marche de nuit. J’étais là au début, quand on était juste cinq ou six personnes calées contre un banc à attendre. Et puis plein de meufs ont commencé à affluer de toutes parts. Joie et sourires en voyant que toutes mes copines sont là, on se dit bonjour, on est contentes d’être ensemble. Un photographe mec demande s’il peut prendre des photos, on lui dit de partir.

Les flics arrivent pour nous rappeler que les marches de nuit sont interdites. On leur dit qu’on va la faire quand même. Petit moment de stress pour moi, j’aime pas les flics, et j’ai vécu trop de trucs violents avec eux dans les derniers mois pour être vraiment détendue. Mais je suis avec les copines, on commence à être 150 ou 200, on risque rien pour le moment.

Après une demie-heure on part en direction du Capitole en commençant à crier des slogans : “Hé, man, si tu frappes une femme, prends garde qu’un jour, elle te défonce le crâne !”, “On est fortes, on est fières, féministes et en colère !”. Ambiance détendue et tranquille, pas de relous pour le moment. On s’ambiance.

À un moment, à mi-chemin, quelques meufs se mettent à crier. On reprend toutes le cri, primaire, inarticulé, puissant. Ça fait du bien de hurler avec les copines. Sans autre but que juste de crier très fort.

J’ai l’impression qu’avec ce cri sortent tout un tas de trucs que je me suis pas autorisée à exprimer avant ; de la colère, de la souffrance. Et que là, au milieu de toutes mes copines féministes, ma colère contre ce monde de merde, contre les agressions constantes, contre les remarques pourries, contre les relous, que ma colère est entendue et comprise, enfin,  sans que les gens me prennent pour une folle ou trouvent à redire à ce que je m’exprime. Ça fait du bien.

Du coup je me sens plus détendue et j’oublie la présence de la quinzaine de flics qui nous suit (avec, bien sûr, deux fliquettes, au cas où on serait arrêtées et fouillées, puisque les flics mecs ont pas le droit de nous fouiller).

À Saint-Sernin, arrêt pour rebaptiser la cathédrale “Notre-dame de la chatte”. On repart. Les gens nous regardent comme si on était complètement folles ; on invite toutes les meufs qu’on croise à nous rejoindre, quelques-unes viennent. Le photographe relou nous suit toujours.

Après Capitole, où on croise un match de hand-ball bien viriliste et pourri, on part en direction de la rue de Metz.

Un type habitant au troisième étage du 16 de la rue Sainte-Ursule agite un drapeau de la Manif Pour Tous. Il se fait huer et pourrir pendant les dix minutes où il nous nargue, mort de rire, à sa fenêtre. Quand il ferme finalement sa fenêtre, on se met à lui chanter “On a ton adresse ! On a ton adresse !”. Et on repart.

Les relous commencent à affluer. Des mecs qui veulent absolument rejoindre la manif, bien qu’on leur dise qu’ils ne sont ni bienvenus ni acceptés. Visiblement, ça blesse leurs égos, puisqu’au lieu de se taire et de nous laisser passer il faut absolument qu’ils se mettent DEVANT la manif pour nous empêcher de passer.

J’ai jamais compris le délire du gars devant une marche non-mixte : on te dit que tu n’es pas le bienvenu et qu’on veut rester entre meufs, tu te mets au milieu, on te sort gentiment, tu reviens, tu nous insultes, on t’insulte, t’es tout seul, on est 200 meufs super énervées, et il faut que tu te mettes à nous taper alors que tu vois bien que t’es ni en position de te faire entendre, ni de mettre en place un rapport de force à ton avantage. Faut être idiot à un point rare, quand même.

Les flics commencent à être tendus. Ils se rapprochent petit à petit, ils essaient de passer des deux côtés de la manif. On commence à crier des slogans anti-flics. (Comme j’étais devant j’ai pas trop vu ce qui se passait avec les flics à partir de ce moment-là, s’il y a des meufs qui étaient là et qui me lisent, je veux bien vos infos). “Police nationale, police patriarcale !” “Police partout, justice de classe !”. L’ambiance se tend graduellement jusqu’à la fin de la manif.

Un type de quinze ans commence à nous soûler. On lui dit gentiment mais fermement de se barrer. Il s’énerve et devient violent. On l’attrape par le col et on l’écarte du groupe. Il revient. On le pousse avec des copines. Je me prends un coup de pied. Il se met à s’embrouiller avec d’autres meufs en périphérie du groupe. Ensuite il sort une bombe lacrymo de poche et gaze quelques personnes. On continue finalement à marcher en se faisant applaudir par les patrons (mecs, blancs, vieux) de bar du quartier qui sont tout heureux qu’on ait mis une fessée à un kids racisé. Ça fait vraiment chier.

Rue de Metz. Un autre relou nous empêche de bouger. Il vient nous soûler, nous insulte. On le sort, il revient, processus habituel. On finit par le coincer contre un abri de bus. Et là, insulte ultime du relou : “De toute façon, vous êtes vilaines ! Vous êtes toutes gouines !”. Éclat de rire général : “Ouais, et en plus on a des poils sous les bras !”. Il se casse, tourne autour de la manif, revient par l’autre côté, on commence à être soûlées et à le pousser pour le virer. Il nous crache dessus. Un flic intervient pour nous gueuler de pas être violentes (haha) et distribue deux ou trois claques. On re-crie des trucs anti-flics. Le photographe est toujours là, une copine l’attrape par le bras et lui intime de dégager (ça fait quand même le quatrième avertissement qu’on lui donne, ça suffit un peu).

Alsace-Lorraine. On se regroupe. Les flics se rapprochent.

On tourne vers une église qu’on rebaptise. Arrêt pipi collectif : trente meufs qui se déculottent en pissant par terre et en poussant des youyous joyeux. Ça fait du bien. On reprend l’espace. On se venge de tous ces connards de curés qui veulent qu’on reste à la maison à faire des gosses. On se venge des humiliations des derniers mois. On se venge des flics qui nous humilient à chaque fois qu’on se fait choper à pisser dans la rue : là, on est plein, et on fait ce qu’on veut.

Du coup, ils nous gazent. Ça picote, mais pas de gros gazage d’après ce que j’en comprends. Je suis toujours devant. On essaie de marcher groupées pour pas se faire isoler. C’est tendu mais on se marre. J’étrenne mon nouveau bandana trop classe. On se met à crier en tapant dans nos mains : “ALLEZ LES GARS, ALLEZ LES GARS, COMBIEN ON VOUS PAYE POUR FAIRE ÇA ?”. O est derrière moi et elle est trop belle avec sa mini-jupe et son sourire immense, à sauter partout et à taper dans ses mains.

Rue Saint-Antoine du T. Les flics se rapprochent. On est vénèr. Ils gazent contre le vent et s’en prennent plein la gueule. On se marre en les voyant chialer : AH ÇA FAIT MAL HEIN ? AH ÇA PIQUE LES YEUX ? AH BEN DOMMAGE !”. Ils poussent et tirent dans tous les sens. Ça va partir en sucette, on le sait. On leur gueule dessus. Un flic fait son vénèr et nous rentre dedans. Une personne est blessée. Elle est derrière la ligne de flics avec cinq ou six copines. On se tasse pour pas qu’ils avancent. Il faut surtout pas qu’ils arrivent à les isoler. Du coup, on pousse. Ils poussent. Ils gueulent. On leur crie dessus : “NOUS AU MOINS ! ON A DES MOUSTACHES !”. On rigole un coup.

Je suis devant. Je suis vénèr. Ils commencent à taper. J’ai envie de protéger mes potes. J’ai la rage. J’ai pas envie qu’ils isolent la personne qui est par terre. On pousse.

Je vois le bras du keuf, la bombe brillante de lacrymo, le nuage blanc dans l’air. J’ai le temps de penser “Oh merde…” avant que mes yeux ne prennent feu. Tousse tousse, on me tire à l’écart, ça pique, les copines s’occupent de moi, sérum physiologique dans les yeux, on est quinze à couler des yeux et à avoir la tête qui gonfle.

On continue jusqu’à la place Wilson, on entoure la personne blessée, des gens s’occupent de l’emmener aux urgences, on se demande si on a envie de continuer, on se dit que c’est trop tendue, des gentes sont parties, les flics sont vénèr, on se casse boire des coups en groupe de copines.

Finalement c’était pas si tendu que ça et on a pu se sentir fortes entre copines (ça sert à ça, une manif non-mixte). La personne blessée a une entorse au genou. Mes yeux ont dégonflé au bout de dix minutes. (Un immense MERCI aux copines qui se sont occupées de moi, je vous AIME).

À quand la prochaine ?

Monde de merde

Je sors du boulot et j’ai plein de cartons sous le bras parce que je déménage (ouais, une fois de plus) et qu’il faut que je mette mes affaires dans des cartons. C’est juste à côté de la gare et il fait gris.

Il y a une fille assise sur un rebord de mur.

Il y a un type à deux centimètres d’elle. Il est debout. Il lui hurle dessus et il l’insulte. En pleine rue. Sale pute, tout le monde sait que t’es qu’une sale pute, ils t’ont tous vue, connasse, je vais te défoncer si tu continues, tu vas voir, on va t’enculer, tout le monde sait que t’es partie avec lui samedi, sale pute.

La fille baisse la tête. De temps en temps elle dit deux trois mots vites couverts par l’avalanche d’ordures qui sortent de la bouche du type.

Je m’arrête à trois mètres d’eux sur le trottoir et je regarde ce qui se passe. Il ne s’arrête pas d’insulter la fille. Je me dis que c’est une situation complètement abusée, qu’il faut que je réagisse, est-ce que je réagis maintenant, est-ce que j’attends de voir s’il la tape ? Des gens passent à côté sans un regard. J’ai le temps de réfléchir dix secondes à ce que je veux faire et à si je peux le faire en les regardant et en écoutant le flot d’insultes qu’elle se prend dans la gueule. Je suis seule, j’ai les bras pleins de cartons, un vélo à la main, et pas de copines avec moi.

Le mec arrive vers moi. “Et toi qu’est-ce que t’as à mater là ? Casse toi connasse salepute”.

Je lui réponds qu’il est en train d’avoir un comportement que j’aime pas, qu’il est en train de pourrir une meuf en public, que c’est hyper violent, qu’il faut qu’il cesse.

Il s’approche de moi, super près. T’es qui pour me parler comme ça ? Sale pute. Va te faire enculer. Casse toi connasse. Sale pute.

Il y a des gens qui passent à côté, ils regardent par terre.

Je suis une meuf et t’es en train de faire violence à une meuf. Je regarde la meuf et je lui demande si elle a besoin d’aide. Elle me dit non, elle me dit de partir, elle gère, non, ça va, t’inquiète.

Il me dit tu sais qui c’est cette meuf,  cette meuf c’est une pute, elle a pas besoin qu’on la défende, c’est une salope, et toi sale gouine, pourquoi tu la défends ? T’sais elle aime les hommes elle, elle va jamais te mettre des doigts, pourquoi tu la défends ? Tu la défends parce que tu veux qu’elle t’encule ? Sale gouine, prends tes cartons et rentre chez toi, sale pute va. Sale gouine. Tu crois qu’elle va vouloir coucher avec toi cette meuf ? Elle aime les hommes sale pute, sale gouine, va te faire enculer,  t’es qui pour venir me parler comme ça sale pute, connasse, salope? T’es qu’une gouine ! Il se rapproche de moi, je descends de vélo, j’ai le coeur qui bat super fort, je me demande si je dois le taper ou pas, s’il va me taper, putain s’il me tape je vais perdre mes lunettes j’y verrai que dalle, je mets mon vélo entre lui et moi, je continue à parler pour le distraire, pour que la meuf puisse se barrer si elle a envie, j’ai un couteau dans ma poche, si je le sors il va sûrement sortir une lame aussi, si je continue à lui répondre il va me défoncer, mais je peux pas laisser faire ça, j’ai peur, pourquoi personne intervient, la meuf a même pas l’air d’avoir envie de se casser, je sais pas si elle chiale ou si elle se marre, elle doit se foutre de ma gueule en fait, pourquoi elle se laisse faire comme ça, respire,

– Et toi t’es qui ?

– Moi ? J’suis une fourmilière au milieu de 36 millions de fourmis ! (véridique. Il a vraiment dit ça).

– Ah ouais ? Et alors ça justifie que tu lui parles comme ça à cette meuf ?

La meuf me regarde, elle me dit que ça va, elle me dit de me casser, je tremble, je sais pas quoi faire, le type s’est un peu éloigné de moi, il recommence à lui parler en m’insultant de temps en temps, je tremble et je sais pas du tout quoi faire. Du coup je reprends mon vélo et je me casse.

Vingt mètres plus loin il y a un type qui était passé à côté pendant la scène et qui me dit “Faut faire attention Mademoiselle, ce type c’est un dealer”. Je suis sciée, j’essaie de lui parler pendant que mon coeur fait n’importe quoi et que je mate par-derrière si l’autre taré est pas en train de me courir après. Non mais vous vous rendez compte ? Il faudrait qu’elle se fasse tabasser devant vous pour que vous réagissiez ? Vous êtes passé juste à côté et vous avez laissé deux personnes se faire insulter en regardant vos pieds ? Vous ne pouviez pas intervenir ?

– Ouais mais c’est un dealer. Faut faire attention.

– Et alors ? Je m’en fous que ce soit un dealer. Il a pas à se comporter comme ça c’est tout. Et personne ne lève le petit doigt pour mettre un terme à la situation. C’est dégueulasse.

– Allez bonne soirée Mademoiselle et faites attention à vous hein.

Ouais c’est ça je vais faire attention à moi.

 

Georgette râle contre les mecs qui ne se taisent pas de temps en temps

|EDIT] J’ai enlevé la précédente version du mail de Georgette pour la remplacer par le mail qui a réellement été envoyé à l’émission Les Maternelles.

Suite à ma publication du précédent article et de la vidéo de l’émission des Maternelles dans laquelle je parlais de règles (et de coupe menstruelle), ma copine Georgette a envoyé un mail à l’émission et j’ai trouvé ça assez signifiant pour le republier ici.

Bonjour, Bonsoir,

Je ne regarde pas l’émission Les Maternelles en général. J’ai pas la
télé, pas d’enfant et un répertoire de lecture et d’informations déjà
richement garni. Surtout en ce qui concerne les histoires de “meufs”, de
“genres”, de “féminisme”. Pour tout vous avouer, je me considère comme
féministe, n’y vois en rien une insulte, bien au contraire, j’y vois
plutôt une fierté. Fierté d’être une meuf, que des femmes se soient
bougées avant moi pour me permettre de ne plus subir certaines
oppressions. Tristesse d’être une meuf dans une époque et un pays où
certain⋅e⋅s considèrent qu’on a atteint l’égalité et qu’il n’y a plus
rien à faire (ni l’un ni l’autre de ces postulats n’est vrai), de
constater que le sexisme est loin d’être mort et enterré et oublié. Si
ce paragraphe vous a parlé, alors peut-être vaut-il le coup que vous
continuiez la lecture, sinon il est probable qu’elle vous déplaira ou
que vous considérerez le reste de ce mail comme les foutaises d’une
petite conne prétentieuse donneuse de leçons qui défend sa pote.

Lors de l’émission sur les règles, diffusée le 4 mai, une de mes amies,
SharedWanderlust était présente suite à l’attention que vous aviez prêtée à son
blog. Alors forcément, j’ai regardé un peu.

Un peu parce que très vite, j’ai été irritée et lassée. Irritée et
lassée par Mathieu Ducrez, ce type, ce mec, cisgenré bien comme il faut qui :
– coupe la parole à des meufs. Aux journalistes, animatrices,
chroniqueuses, je ne sais quel terme vous utilisez pour vous décrire,
aux invitées. Si vous les invitez, je suppose que c’est parce qu’elles
ont quelque chose à dire, quelque chose qui relève du sujet que vous
abordez. Pas pour faire joli. Les laisser s’exprimer semble donc un
impératif évident.
– fait des blagues de potache sur les règles, la cup, le DIU. Bien sûr
on peut en rire. Mais ce ne sont pas des sujets amusants en fait. Ils
sont trop souvent raillés comme des “tabous”, oubliés dans l’histoire
toute masculine qui est la nôtre, anéantis par un trait d’humour délivré
par un dominant des rapports sociaux de sexes et de genres. “Haha, elle
est vénère parce qu’elle a ses règles.” Voilà comment on parle des règles
en général. C’est dit de l’humour. Ce n’est absolument pas drôle.
Peut-être est-ce bien de changer de registre et de ton pour en parler
pour une fois? Je crois que c’est ce que vous avez tenté pourtant.
– ne peut apparemment pas s’empêcher d’ouvrir sa bouche pour parler à
peu près toutes les 4 secondes et demi. Et pas spécialement pour nous
faire part de nouvelles informations… C’est un peu dur…

France 5, Les Maternelles, je ne regarde pas la télé ni même votre
émission et je comprends pourquoi:
– la télé est excluante. Dans des sujets de “meufs”, les hommes (et ici
un représentant du jeune type dominant dans toute sa splendeur) ont le
droit de parler voire se sentent légitimes à être sur-présents, à
monopoliser l’attention, au détriment des femmes qui sont présentes. Je
ne suis pourtant pas certaine qu’il ait une très riche expérience quant
aux menstruations, aux différentes protections, à la cup, la ménopause
et autres. Le remettre à sa place, celle de celui qui ne sait pas et
devrait écouter et apprendre serait une excellente chose. Par ailleurs,
si l’avis des hommes semble être accepté (et pourquoi pas, vous ne
prônez pas la non-mixité et il est évident que je n’attends même pas ça
de la télévision ou de vôtre émission, vraiment), qu’en est-il des
personnes trans*? Transidentité, FTM, MTF, des intersexes? Oui il y a ce
qu’on appelle “des hommes” et “des femmes”. Mais l’Humanité ne se réduit
pas à ces deux catégories. La Nature a tout autant inventé la
transidentité et l’intersexuation que le cisgenrisme. Par contre
l’interprétation du monde en deux catégories de sexe biologique
auxquelles répondent parfaitement deux catégories de genre ou sexe
social, c’est un fait social construit qu’on peut faire évoluer et
changer. Mais pas en étant excluant⋅e et en invisibilisant les gens qui
ne correspondent pas à la norme sociale. Elle se renforce au contraire
dans une circularité exemplaire : le monde est ainsi, je ne montre le
monde qu’ainsi, le monde est donc ainsi à la vue de toutes et tous qui a
leur tour reproduisent cette vision du monde etc… Je ne vous accuse
point d’être réactionnaire ici. Vous n’êtes ni la seule émission, ni la
seule chaîne télé à invisibiliser leur existence mais dans cet échange,
c’est à vous que je m’adresse. Votre émission est juste conventionnelle.
Comme le reste de la télévision. C’est toutefois dommage car
l’invitation que vous avez faite à mon amie semble démontrer une envie
de votre part d’aborder les choses avec un regard différent. Mais
peut-être suis-je un peu naïve de penser que la télévision pourra nous
offrir un jour des émissions d’info un peu révolutionnaires desquelles
on pourra réellement s’enrichir.

– le mélange “divertissement/information” tue l’information. Je l’ai
déjà dit ci-dessus. Avec une blague potache toutes les 5 secondes, où
est l’information? Que peut-on en retenir? Qu’on préfère finalement
aller sur internet pour se renseigner parce que c’est plus clair, qu’on
y trouve chaussure à notre pied? Que l’internet nous prend moins pour
des palourdes que la télévision? L’humour c’est super, l’humour fin et à
bon escient c’est encore mieux, l’humour des dominants dans des lieux
qui ne sont pas censés être les leurs à la base et qui plus est, à
l’égard de dominé⋅e⋅s, c’est synonyme de désastre et d’oppression. Sans
aller jusqu’à dire que M. Ducrez a oppressé des femmes sur le plateau,
il a tout de même participé à montrer que les sujets dits “féminins”
peuvent être raillés à tout bout de champ et qu’on peut faire des blague
à la jetée alors qu’on ne connaît rien au sujet, rendant inaudible
l’information sur le sujet même. De la cup on retiendra qu’on peut
l’appeler un “tsoin tsoin” et on oubliera tous ses avantages, comme quoi
c’est moins dangereux pour les muqueuses, économique etc… juste que ça a
un nom débile et marrant. Haha.

Non, faire de l’information et du divertissement en même temps, ce n’est
pas toujours une bonne idée. Si le chroniqueur/journaliste Mathieu
Ducrez pouvait mettre son humour (et le reste de ses propos) en
sourdine, faire profil bas quand des femmes parlent de choses qu’il ne
maîtrise visiblement pas, quand il s’agit d’expériences qui n’ont pour
lui rien de concret, palpable, quotidien ou même possible, votre
émission n’en serait que plus intéressante.

Probablement.

En vous souhaitant une agréable journée, soirée et ce, très chaleureusement!

En clair, cher M. Ducrez : tagueule

Du sang sur ton écran

Il y a quelques semaines je me faisais poser mon DIU/stérilet (mais c’est une autre histoire). Encore complètement sonnée après le malaise vagal qui s’est ensuivi, j’ai entendu mon téléphone sonner, et c’était une journaliste de France5 qui voulait me parler de mon blog. Ouah la célébrité.

Il est ressorti de la conversation qu’elle était tombée sur mon article Ragnasses en préparant une émission des Maternelles sur le sujet des règles. (Les Maternelles c’est une émission qui parle de trucs de meufs cis (non-trans), principalement de ponte et de reproduction, mais bon, quand même).

Du coup, elle m’a posé plein de questions, on a discuté (de sang, de puberté, de gêne, de sexe pendant les règles, et d’autres trucs contenus dans l’article Ragnasses donc). Et puis finalement elle m’a proposé de venir en parler à l’émission.

Donc je suis allée à Paris et tout et tout, au studio de l’émission, pour enregistrer sur un vrai plateau. Il y avait deux autres invitées-témoin et une gynéco, en plus des trois animatrices. Il y avait une invitée qui parlait de ses douleurs menstruelles, de sa ménopause, et un autre qui parlait de la nécessité de parler des règles aux petits garçons autant qu’aux petites filles.

Moi j’ai parlé de la cup, de ce que ça a changé pour moi, dans mon rapport aux règles, et j’ai aussi parlé du tabou social autour des règles.

J’étais un peu déçue qu‘Estelle ne soit pas là, ça aurait donné un autre tour à l’émission.

J’aurais bien aimé pouvoir parler plus longtemps aussi. C’est un sujet que j’aime bien, sur lequel je bosse depuis longtemps, sur lequel je me suis rendu compte que j’avais vraiment plein de connaissances, et super envie de les faire partager. D’ailleurs, les règles ne sont pas un sujet qui a été très étudié dans les sciences sociales (la plupart des sciences sociales sont fabriquées dans un contexte ou les mecs cis dominent, et les règles ont souvent été assimilées à des trucs “féminins” donc secondaires ou non-importants, en tout cas pas dignes d’être des sujets d’étude), pourtant il y aurait plein de choses à en dire. Je me demande même si j’aurais pas envie de faire une rubrique spécial règles sur ce blog.

Tout ça pour dire que j’aimerais bien vous montrer la vidéo de l’émission, mais je l’ai pas encore récupérée.

[EDIT] : En fait, j’ai trouvé la vidéo. Elle est visible ici.

 

[EDIT 2] : je viens de tomber sur le forum Easycup dont les utilisateurs-trices râlent à propos de l’émission sur plusieurs points. Ça m’a fait marrer donc je reprécise quelques points ici :

– Le sujet de l’émission n’est pas sur la cup, c’est donc normal que toute la durée de l’émission n”y soit pas consacrée ;

– C’est effectivement un peu dommage que la cup ait été présentée avec des imprécisions historiques, j’aurais bien aimé plus développer moi aussi.

– Une utilisatrice a déploré le fait que je ne connaisse pas les noms exacts des pliages de cup en vue d’insertion. Effectivement, ça n’a jamais été trop mon sujet de prédilection, je l’ai toujours un peu pliée et insérée à l’arrache. Cependant, vu la diversité des tailles et des souplesses de cup, je pense que certains pliages doivent mieux convenir à certains types de cup. Si vous voulez en savoir plus, il y a une super page sur Easycup, qui décrit avec des photos les différentes façons de plier sa cup. J’ai donc appris que ma méthode s’appelle le C-fold, mais qu’il y a aussi le 7-fold, le double C-fold, le punch-down, bref, on s’amuse bien chez les utilisateurs-trices de cup.

Et pour celles et ceux qui se posent la question, non, je ne suis pas sur Easycup, et ma cup à moi c’est la Lunacopine bleue.

Tu veux éviter d’être violéE ? Ne sors pas le soir ! [Merci La Dépêche Du Midi]

Le 2 mai je tombais sur un article vraiment horrible de La Dépêche (notre média super génial à Toulouse). Un article sur le viol, dont la conclusion est grosso modo “Il y a plein de viols. Nous conseillons aux jeunes filles de ne pas sortir le soir”. L’article est accessible ici.

Ça m’a beaucoup énervée et comme je travaille dans une association féministe, on a décidé de publier un communiqué de réaction pour reposer quelques faits sur le viol et ré-énoncer des principes qui nous semblaient fondamentaux en termes de libertés des femmes.

Communiqué de presse du Planning Familial 31

Toulouse, le 13 mai 2013

En réponse à un article paru en ligne sur le site de La Dépêche le 2 mai, et intitulé “Une étudiante de 22 ans violée en rentrant d’une soirée”, nous souhaitons réagir sur plusieurs points qui nous semblent choquants et inappropriés.

Cet article raconte, avec une profusion de détails, le déroulé d’une agression sexuelle d’un homme sur une femme. Tout d’abord, nous nous demandons quel est le but de cet article ; l’agression y est décrite avec une profusion de détails violents, qui touchent à l’intimité de la personne qui a été agressée.

Quel but cette description sert-elle ? Nous nous interrogeons sur la pertinence de publier un tel article, qui n’apporte que très peu d’information à la lectrice ou au lecteur, et relève plus, à notre avis, du fait divers, du voyeurisme et du sensationnalisme que de l’information.

Cet article décrit un viol qui s’est passé dans un contexte bien particulier : une agression de nuit, par un inconnu, sur une femme seule, qui rentrait chez elle après une fête. Pour être bien réelle, cette situation n’en est pas moins relativement rare dans les occurences de viol et de violences sexuelles.

L’enquête ENVEFF annonce que les viols sont perpétrés essentiellement par des conjoints, des compagnons, des maris, des collègues de travail, des hommes avec lesquels les femmes entretenaient ou avaient entretenu une relation plus ou moins longue dans les 12 derniers mois avant le viol. Au total, 85 % des viols sont commis dans un contexte où la victime connaît son agresseur, par exemple au sein de la famille (père, beau-père, oncle,…), de l’école ou du travail. Les agresseurs inconnus représentent 15 % des situations. Seulement 12% des viols sont commis sous la menace d’une arme, et seulement 35% des viols se passent en-dehors du domicile de la victime.

Le schéma stéréotypé du viol continue à être l’image fausse d’un inconnu psychopathe et armé qui agresse une femme seule, de nuit, dans un métro ou une rue sombre. Le fait que ce schéma (violence, incident isolé, personne armée) soit si répandu met dans l’ombre la majorité des situations de viol.

Le Planning Familial travaille auprès des personnes victimes d’agressions sexuelles et sait bien à quel point il est difficile de reconnaitre un viol par un de ses proches quand les médias véhiculent constamment l’idée qu’une agression se passerait forcément la nuit par un inconnu.

Il importe de poser clairement les limites et les insuffisances de ce scénario. En France, une femme est violée toutes les 8 minutes ; plus de 75000 viols sont commis par an (Enquête CSF). La majorité de ces viols est commis par l’entourage de la victime.

Les viols ne sont donc pas des incidents isolés, commis par des inconnus dérangés. Ils sont un phénomène de masse, un phénomène de société, dans tous les milieux sociaux, dans toutes les villes, et dont les victimes sont à 99% des femmes, et les auteurs, des hommes.

Les viols sont la conséquence d’un système de domination qui opprime les femmes, qui les assimile à des objets, et qui les fait apparaître comme disponibles pour que les hommes assouvissent leurs “besoins” sexuels soit-disant irrépressibles, sans se préoccuper de leur consentement. Le viol est une manifestation de la domination masculine, une façon de dominer et d’humilier les femmes.

Nous trouvons à ce titre important de souligner le manque de neutralité de La Dépêche, qui relaie donc un évènement bien spécifique sans jamais parler de la plus grande majorité des viols, et sans jamais questionner le système qui provoque et cautionne ces viols.

Nous trouvons de plus particulièrement choquante la conclusion de l’article, qui recommande aux femmes d’éviter l’espace public la nuit si elles ne souhaitent pas être violées : “Régulièrement, à Toulouse, des jeunes filles sont victimes d’agressions sexuelles la nuit. Il leur est conseillé d’éviter de se promener toutes seules.”

Il est scandaleux de lire de tels propos.

Les luttes féministes des siècles derniers ont réussi à apporter aux femmes plusieurs libertés essentielles : le droit de vote, le droit à disposer de leur corps par la contraception et l’avortement, mais aussi le droit de se déplacer et de s’habiller comme elles l’entendent.

Nous souhaitons que ces droits continuent d’être une réalité pour les femmes d’aujourd’hui.

Le Planning Familial 31 affirme que les femmes ont le droit d’être dans l’espace public à l’heure qui leur plaît.

Les femmes ont le droit de porter les vêtements qu’elles désirent.

Les femmes ont le droit de dire “non” et que ce “non” soit entendu.

Nous trouvons aberrant que La Dépêche moralise les actions des femmes.

Nous refusons que ce média perpétue l’idée que les femmes sont faibles, incapables de se défendre et à la merci des agresseurs.

Nous refusons que l’espace public soit systématiquement représenté comme un lieu de danger pour nous.

Nous refusons que notre statut de femme restreigne nos déplacements.

NOUS SOUHAITONS PROCLAMER QUE LE RESPONSABLE D’UN VIOL, C’EST L’AGRESSEUR. PAS LA VICTIME.

Pour répondre à diverses situations de violences subies par les femmes, nous souhaitons attirer l’attention sur une structure proposant des cours d’auto-défense féminine et féministe, l’association Faire Face (faireface.association@gmail.com).

À un média et une société qui préfèrent enfermer les femmes plutôt que de dire aux hommes de ne pas violer, nous répondons que nous ne sommes pas des victimes et que nous sommes capables de nous défendre.

En espérant que ce communiqué sera pris en compte et diffusé largement, le Planning Familial 31 reste à disposition pour échanger autour de cette problématique.

Sources :