Category Archives: Interrogations de la vie quotidienne

Aide-moi et des chatons pleuvront sur ta tête avec des paillettes et des bisous.

Je fais actuellement face à un procès en pénal… pour une histoire bizarre et un peu ridicule.

L’histoire : J’ai bossé dans une entreprise de restauration en 2011.
En 2012 un article à propos de cette entreprise est sorti dans la Dépêche (version en ligne). J’ai commenté là-dessus en parlant des conditions salariales qui étaient affreuses (pas de pause, harcèlement sexuel, licenciement abusif, etc…), et mon ancien patron a porté plainte contre X pour diffamation.

C’est une longue histoire mais j’ai fini par être retrouvé par mon adresse IP, et donc, le procès est ce lundi, le 15 septembre, à 14h au Tribunal de Grande Instance de Toulouse (métro Palais de Justice).

Je suis soutenu par trois copines qui bossaient dans la même boutique et qui témoignent en ma faveur. Ça c’est chouette, mais évidemment, on ne connaît pas l’issue du procès.

Cette affaire croise plein de problématiques : des trucs de liberté d’expression sur Internet, des trucs de lutte salariale et de droits syndicaux, des trucs féministes.

Quand j’ai reçu les premières convocations, je ne connaissais qu’un seul avocat, qui est spécialisé dans les libertés sur Internet. Il est bon, mais il ne prend pas l’aide juridictionnelle, (par contre il me facture 150€ de l’heure au lieu de 200).

J’ai déjà payé plusieurs factures tout seul mais là je n’ai plus d’argent et je lui dois 300€ d’une récente facture.
En plus de celle-là, il y a aussi la facture de l’huissier (environ 300€) pour les citations au tribunal, les convocations de témoins qui témoignent en ma faveur (on doit payer pour que l’huissier leur adresse une convocation afin que le juge les entende)…
Depuis début septembre, mon avocat a passé plusieurs heures sur le cas pour préparer le procès ; il m’adresse aujourd’hui une facture de 825€ hors-taxe.
Bref, tout ça ça représente pas mal d’argent, et je suis un peu coincé.

Du coup, j’ai fait une page GoFundMe pour que les gens qui le souhaitent puissent m’aider à financer les frais de justice.

La page a été lancée hier et il y a déjà 700€ dessus, ce qui représente à peu près la moitié des frais de justice que je dois payer. Je suis extrêmement touché du soutien que j’ai reçu dans cette affaire ; je tiens à remercier ici toutes les personnes qui ont partagé ce lien sur les réseaux sociaux, toutes les personnes qui en ont parlé, tous ceux qui ont donné de l’argent… Il reste 700€ pour arriver au total. Je suis sûr qu’on peut arriver à ça assez rapidement en continuant à partager cette page. Le moindre euro aide, même 3€… N’hésitez pas et je vous couvrirai de louanges, promis.
Si vous avez des questions sur l’affaire ou le procès, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à commenter sur cet article.

Merci à tous et toutes pour votre soutien.

Brèves de récolte

Récolte des abricots, Drôme, juillet 2014.

Une discussion dans les rangs sur l’exploitation animale. En face de moi, des carnistes convaincus.

Moi : “- Le lait de vache, c’est quand même pas super bon pour la santé, finalement. C’est mieux de le laisser aux petits veaux, c’est plus adapté pour eux. En plus, quand tu regardes comment c’est foutu l’élevage pour le lait, c’est vraiment horrible pour les veaux…

Elle : – Mais si t’as un bébé, tu fais comment pour le nourrir ?

Moi : – Tu peux l’allaiter, non ?

Elle : – Mais si t’as pas de lait ?

Moi : – Ben il y a des personnes qui donnent leur lait quand elles en ont trop, c’est possible de nourrir un bébé sans lait de vache.

Elle : – Ah mais non mais c’est pas possible. Je veux pas que mon enfant boive du lait d’une femme que je connais même pas !

Moi : – Et qu’il boive du lait d’une vache que tu connais pas, ça te dérange pas ?

Elle : – Ah mais c’est pas pareil !

Moi : Ah…”

 

Débat sur la viande.

Elle “-Mais on a toujours fait comme ça, c’est une question de culture ! Et puis les animaux sont tués humainement, on fait attention à ne pas leur faire de mal. Peut-être qu’ils sont contents de mourir pour qu’on les mange, finalement !”

Plus tard, un débat sur l’avortement dans les rangs.

Elle : – Ah mais pour moi l’avortement c’est tuer son bébé. C’est criminel. Je comprends pas les femmes qui font ça. Elles devraient pas avoir le droit.

 

Hello ? Is it me you’re looking for ?

Salut toi.

J’étais en galère d’ordi pendant un mois et demi. Sans clic gauche. T’imagines tout ce que tu peux pas faire sans clic gauche ? Non, t’imagines pas. Parce que c’est pas imaginable. L’enfer que j’ai vécu était terrible. Atroce.

Bref. Maintenant que c’est réparé, je peux enfin reprendre le blogging avec plein de nouveaux trucs ! J’ai de nouvelles recettes, une nouvelle distro Linux que je vais tester tout bientôt, tout un tas de nouveaux projets, des nouveaux dessins sur la peau, des nouvelles copines, enfin bref, un peu la pêche.

On commence par les search term, parce que vraiment, je ne m’en remettrai jamais :

 

search termsVisiblement, y’a quelqu’un à qui ça plaît pas qu’on le·a regarde de la tête aux pieds. J’ai aussi des lecteurs·trices super vénèr dans la vie, et tout le monde s’inquiète à propos de viol.

Sinon, je viens de faire une petite recherche dans mes search term plus anciens, et je tombe sur des trucs comme “cherche femme coupeuse de bite”, ou encore “transgenre et soja”.

Transgenre. Et. Soja.

OK.

Sinon, pour continuer dans le gros pêle-mêle qu’a l’air de devenir ce post, un truc assez classe paraît dans rue89 aujourd’hui. Ma meilleure copine de l’amour du love, MC, est en recherche d’appart à Paris. Un sale type lui propose de louer son logement contre des services sexuels. Elle le fait mariner, puis va voir les flics. Sans surprise, les flics lui rient au nez (quelqu’un qui poste ce genre d’annonces n’est pas dangereux, pensez-vous…). Donc, elle fait un article sur rue89.

Youhou ! You go girl !

Sidérée

Oui. Je suis sidérée.

Ça fait plusieurs mois que la situation est tendue, douloureuse, difficile.

Ça fait plusieurs mois que des copains se font tabasser dans la rue parce qu’ils marchent main dans la mains (Vous vous souvenez de Wilfried ?). Ça fait plusieurs mois que des copines se font insulter, frapper, cracher à la gueule. Sale gouine, sucez vos pères. Ça fait plusieurs mois que les bras m’en tombent de lire dans les journaux ce qui se passe.

Ça fait plusieurs mois que la violence est constante. Tous les jours. Tous les jours j’entends des propos à faire frémir, que ce soit dans mon boulot, dans la rue, en famille, sur Internet. “Les pédés, faut les jeter du haut d’une montagne Madame !” (au travail). “Non mais quand on a CHOISI l’homosexualité qui est un mode de vie stérile, il faut assumer qu’on ne peut pas avoir d’enfants. Mesdames, si vraiment vous êtes lesbiennes et que vous voulez des enfants, il existe un moyen simple, hein : coucher avec un homme !” (à la radio). “Les taux de suicide 13 fois plus hauts chez les jeunes homosexuel-LE-s que chez les jeunes hétér@s ? La sélection naturelle !” (Les mères veilleuses du Capitole). “Je ne suis pas homophobe mais quand même… deux pédés auront jamais les qualités pour élever correctement un enfant !” (Facebook).

Ils se disent contre l’homophobie, tolérants avec les sexualités non-hétéras. Mais on sait bien qu’ils nous pensent moins bien qu’eux. Et qu’ils manifestent aux côtés de gens à qui ça ne fait pas peur de tabasser des transpédégouines, de faire des saluts nazis, de nous souhaiter la mort et la torture.

Tous les jours, je me lève avec la peur. Oh, pas une peur énorme et paralysante et terrifiante, mais la peur. D’apprendre qu’un ou une de mes potes a été tabassé-e à mort. Que les remarques homophobes aient finalement fait péter un câble à l’une ou l’autre d’entre nous et le ou la pousser à commettre l’irréparable.

Ça fait des mois que j’attends la tragédie.

Ça fait des mois que la tristesse le dispute à la colère dans ma tête et dans mes actions de tous les jours. Aller pleurer chez moi sur mon ordi. Ou répondre aux connards sur Internet. Ou aller à un millième rassemblement contre l’homophobie. Ou faire une centième action coup-de-poing.

Juste pour défendre nos droits. Pour dire “On est là”. Pour se sentir un peu plus fortEs. Pour pas retourner pleurer chez nous tous seuls, toutes seules. Pour faire passer le message aux kids qui sont chez eux avec des parents homophobes et à qui ça donne envie de mourir. Pour faire un peu de bruit.

Et ça fait des plombes qu’on se prend des beignes. Et qu’on rentre à la maison en sachant que ces gens pensent qu’on est des perversEs, des dévientEs, qu’il faut qu’on brûle. Ou qu’ils pensent pas ça ouvertement, mais quand même, “je suis pas homophobe mais les pédés…”.

Je suis fatiguée. Et j’ai la rage. Cette tension constante m’épuise. Cette façon de me demander tous les jours qu’est-ce qui va nous tomber sur la gueule encore ? Une beigne, un crachat, un vieux connard de psy qui propose “que des couples de lesbiennes mettent un lit vide dans leur chambre pour symboliser la présence du père” (Aldo Naouri), une insulte, un autocollant de Civitas… Des gens qui “en ont marre d’entendre parler de ces histoires”, des gens qui pensent que “ils ont le PACS faut arrêter de nous faire chier maintenant”.

Qu’ils agressent un type dans un bar pour le laisser gravement handicapé, qu’ils tagguent “White Power” sur les murs, qu’ils commettent des viols punitifs, des ratonnades, qu’ils tabassent des pédés, qu’ils crachent sur des potes mecs cis qui mettent des jupes, c’est toujours la même chose. Ils se sentent autorisés à nous faire de pire en pire. Ils nous font de pire en pire.

 

On ose nous dire que la France est un pays en paix.

Hier soir un gamin est mort. Il avait 19 ans. Il s’appelait Clément. Il avait l’âge de ma soeur. Il avait sûrement plein de trucs à faire dans sa vie. Mais il est mort. Et ces connards courent toujours.

Je suis fatiguée. Et j’ai la rage. C’était même pas mon pote, et j’ai la rage. J’ai envie de pleurer pendant mille ans, et j’ai aussi envie de brûler tous les fachos. J’en ai rien à foutre de la spirale de la violence. Elle est commencée maintenant. J’ai envie de voir mes copains et copines se soulever, exploser le béton, mettre le feu à tout, et se balader en ville avec des cutters.

On ne méritait pas ça. Personne ne méritait ça. Mais maintenant c’est plus le moment d’être non-violentEs. C’est plus le moment de tendre l’autre joue. Ça ne les fera jamais reculer qu’on fasse des kiss-in et des die-in et des rassemblements bavards contre l’homophobie. Ça les ferait plutôt rigoler et ils continueront leurs petites balades de nuit pour casser du pédé.

J’en ai plus rien à foutre.

Je suis fatiguée, et j’ai la haine.

Solide

Je vous ai déjà parlé de Textes VS dans ce post.

Textes VS, c’est le projet de Tan. Elle a décidé il y a quelques semaines d’ouvrir un espace sur son blog pour que des personnes puissent y raconter des choses, sur le thème des violences sexistes.

Il y a quelques textes qui sont à moi là-dedans. Lesquels, pas vraiment important. Des textes, dans ce projet, il y en a beaucoup, il y en a tous les jours de nouveaux. Ils sont signés par des prénoms, des pseudos, des initiales, ou rien. Je les ai presque tous lus. Je me reconnais dans la plupart.

En ce moment je fais du rangement dans ma tête. J’expliquais ça à la personne avec qui je vis.

J”ai vécu des trucs pas cools à divers moments de ma vie. Ces trucs, j’avais pas la capacité de les analyser. J’avais pas les gens autour de moi pour me soutenir, pour me donner les outils, pour m’écouter. Du coup ces trucs je les ai mis dans un coin de ma tête et j’ai décidé de pas y penser parce que je savais pas quoi faire avec et que c’était trop dur d’y penser à ces moments-là.
Maintenant je les ressors de leur trou. Je les regarde, je les remâche, je les digère. Parce que maintenant j’ai les armes pour y penser et décider de ce que je veux faire avec. J’ai des gens autour de moi. J’ai des endroits où aller quand tout devient trop compliqué.

Je lui ai expliqué que ces textes, tous ces textes sur ce blog, ceux que j’ai écrit et ceux écrits par les autres, ça m’avait dit que finalement j’étais pas toute seule. Qu’on est plein à avoir vécu des trucs pourris. Qu’on peut se lire les unes les autres, se soutenir, survivre, être plus fortes. Ne pas être toute seule dans son coin. Ne pas penser qu’on est la seule personne à qui c’est arrivé. Ne pas penser que c’est de notre faute.
Que mes histoires, maintenant, elles sont sur Internet, et que si j’ai envie à un moment je les enverrai aux personnes concernées, qu’elles les liront, et qu’elles auront honte.

Il m’a demandé si j’avais besoin d’aide, si je voulais un câlin.
J’ai dit que je préférais pas. Que j’avais besoin de temps pour digérer tout ça, toute seule.
Maintenant j’ai plus besoin de câlins pour me réconforter, pour me réfugier. Il y a deux mois ça aurait été un réflexe si j’étais perdue dans mes sensations. Maintenant non.

C’est un peu idiot peut-être mais maintenant je sais qu’il y a toutes ces personnes qui ont écrit les textes qui sont sur le blog de Tan, et qu’il y a plein d’autres copines encore qui sont pas encore là mais qui sont quand même là en fait, juste on les connaît pas encore. Et que maintenant je peux décider toute seule.

Tout ça en écoutant cette chanson.

Monde de merde

Je sors du boulot et j’ai plein de cartons sous le bras parce que je déménage (ouais, une fois de plus) et qu’il faut que je mette mes affaires dans des cartons. C’est juste à côté de la gare et il fait gris.

Il y a une fille assise sur un rebord de mur.

Il y a un type à deux centimètres d’elle. Il est debout. Il lui hurle dessus et il l’insulte. En pleine rue. Sale pute, tout le monde sait que t’es qu’une sale pute, ils t’ont tous vue, connasse, je vais te défoncer si tu continues, tu vas voir, on va t’enculer, tout le monde sait que t’es partie avec lui samedi, sale pute.

La fille baisse la tête. De temps en temps elle dit deux trois mots vites couverts par l’avalanche d’ordures qui sortent de la bouche du type.

Je m’arrête à trois mètres d’eux sur le trottoir et je regarde ce qui se passe. Il ne s’arrête pas d’insulter la fille. Je me dis que c’est une situation complètement abusée, qu’il faut que je réagisse, est-ce que je réagis maintenant, est-ce que j’attends de voir s’il la tape ? Des gens passent à côté sans un regard. J’ai le temps de réfléchir dix secondes à ce que je veux faire et à si je peux le faire en les regardant et en écoutant le flot d’insultes qu’elle se prend dans la gueule. Je suis seule, j’ai les bras pleins de cartons, un vélo à la main, et pas de copines avec moi.

Le mec arrive vers moi. “Et toi qu’est-ce que t’as à mater là ? Casse toi connasse salepute”.

Je lui réponds qu’il est en train d’avoir un comportement que j’aime pas, qu’il est en train de pourrir une meuf en public, que c’est hyper violent, qu’il faut qu’il cesse.

Il s’approche de moi, super près. T’es qui pour me parler comme ça ? Sale pute. Va te faire enculer. Casse toi connasse. Sale pute.

Il y a des gens qui passent à côté, ils regardent par terre.

Je suis une meuf et t’es en train de faire violence à une meuf. Je regarde la meuf et je lui demande si elle a besoin d’aide. Elle me dit non, elle me dit de partir, elle gère, non, ça va, t’inquiète.

Il me dit tu sais qui c’est cette meuf,  cette meuf c’est une pute, elle a pas besoin qu’on la défende, c’est une salope, et toi sale gouine, pourquoi tu la défends ? T’sais elle aime les hommes elle, elle va jamais te mettre des doigts, pourquoi tu la défends ? Tu la défends parce que tu veux qu’elle t’encule ? Sale gouine, prends tes cartons et rentre chez toi, sale pute va. Sale gouine. Tu crois qu’elle va vouloir coucher avec toi cette meuf ? Elle aime les hommes sale pute, sale gouine, va te faire enculer,  t’es qui pour venir me parler comme ça sale pute, connasse, salope? T’es qu’une gouine ! Il se rapproche de moi, je descends de vélo, j’ai le coeur qui bat super fort, je me demande si je dois le taper ou pas, s’il va me taper, putain s’il me tape je vais perdre mes lunettes j’y verrai que dalle, je mets mon vélo entre lui et moi, je continue à parler pour le distraire, pour que la meuf puisse se barrer si elle a envie, j’ai un couteau dans ma poche, si je le sors il va sûrement sortir une lame aussi, si je continue à lui répondre il va me défoncer, mais je peux pas laisser faire ça, j’ai peur, pourquoi personne intervient, la meuf a même pas l’air d’avoir envie de se casser, je sais pas si elle chiale ou si elle se marre, elle doit se foutre de ma gueule en fait, pourquoi elle se laisse faire comme ça, respire,

– Et toi t’es qui ?

– Moi ? J’suis une fourmilière au milieu de 36 millions de fourmis ! (véridique. Il a vraiment dit ça).

– Ah ouais ? Et alors ça justifie que tu lui parles comme ça à cette meuf ?

La meuf me regarde, elle me dit que ça va, elle me dit de me casser, je tremble, je sais pas quoi faire, le type s’est un peu éloigné de moi, il recommence à lui parler en m’insultant de temps en temps, je tremble et je sais pas du tout quoi faire. Du coup je reprends mon vélo et je me casse.

Vingt mètres plus loin il y a un type qui était passé à côté pendant la scène et qui me dit “Faut faire attention Mademoiselle, ce type c’est un dealer”. Je suis sciée, j’essaie de lui parler pendant que mon coeur fait n’importe quoi et que je mate par-derrière si l’autre taré est pas en train de me courir après. Non mais vous vous rendez compte ? Il faudrait qu’elle se fasse tabasser devant vous pour que vous réagissiez ? Vous êtes passé juste à côté et vous avez laissé deux personnes se faire insulter en regardant vos pieds ? Vous ne pouviez pas intervenir ?

– Ouais mais c’est un dealer. Faut faire attention.

– Et alors ? Je m’en fous que ce soit un dealer. Il a pas à se comporter comme ça c’est tout. Et personne ne lève le petit doigt pour mettre un terme à la situation. C’est dégueulasse.

– Allez bonne soirée Mademoiselle et faites attention à vous hein.

Ouais c’est ça je vais faire attention à moi.

 

Georgette râle contre les mecs qui ne se taisent pas de temps en temps

|EDIT] J’ai enlevé la précédente version du mail de Georgette pour la remplacer par le mail qui a réellement été envoyé à l’émission Les Maternelles.

Suite à ma publication du précédent article et de la vidéo de l’émission des Maternelles dans laquelle je parlais de règles (et de coupe menstruelle), ma copine Georgette a envoyé un mail à l’émission et j’ai trouvé ça assez signifiant pour le republier ici.

Bonjour, Bonsoir,

Je ne regarde pas l’émission Les Maternelles en général. J’ai pas la
télé, pas d’enfant et un répertoire de lecture et d’informations déjà
richement garni. Surtout en ce qui concerne les histoires de “meufs”, de
“genres”, de “féminisme”. Pour tout vous avouer, je me considère comme
féministe, n’y vois en rien une insulte, bien au contraire, j’y vois
plutôt une fierté. Fierté d’être une meuf, que des femmes se soient
bougées avant moi pour me permettre de ne plus subir certaines
oppressions. Tristesse d’être une meuf dans une époque et un pays où
certain⋅e⋅s considèrent qu’on a atteint l’égalité et qu’il n’y a plus
rien à faire (ni l’un ni l’autre de ces postulats n’est vrai), de
constater que le sexisme est loin d’être mort et enterré et oublié. Si
ce paragraphe vous a parlé, alors peut-être vaut-il le coup que vous
continuiez la lecture, sinon il est probable qu’elle vous déplaira ou
que vous considérerez le reste de ce mail comme les foutaises d’une
petite conne prétentieuse donneuse de leçons qui défend sa pote.

Lors de l’émission sur les règles, diffusée le 4 mai, une de mes amies,
SharedWanderlust était présente suite à l’attention que vous aviez prêtée à son
blog. Alors forcément, j’ai regardé un peu.

Un peu parce que très vite, j’ai été irritée et lassée. Irritée et
lassée par Mathieu Ducrez, ce type, ce mec, cisgenré bien comme il faut qui :
– coupe la parole à des meufs. Aux journalistes, animatrices,
chroniqueuses, je ne sais quel terme vous utilisez pour vous décrire,
aux invitées. Si vous les invitez, je suppose que c’est parce qu’elles
ont quelque chose à dire, quelque chose qui relève du sujet que vous
abordez. Pas pour faire joli. Les laisser s’exprimer semble donc un
impératif évident.
– fait des blagues de potache sur les règles, la cup, le DIU. Bien sûr
on peut en rire. Mais ce ne sont pas des sujets amusants en fait. Ils
sont trop souvent raillés comme des “tabous”, oubliés dans l’histoire
toute masculine qui est la nôtre, anéantis par un trait d’humour délivré
par un dominant des rapports sociaux de sexes et de genres. “Haha, elle
est vénère parce qu’elle a ses règles.” Voilà comment on parle des règles
en général. C’est dit de l’humour. Ce n’est absolument pas drôle.
Peut-être est-ce bien de changer de registre et de ton pour en parler
pour une fois? Je crois que c’est ce que vous avez tenté pourtant.
– ne peut apparemment pas s’empêcher d’ouvrir sa bouche pour parler à
peu près toutes les 4 secondes et demi. Et pas spécialement pour nous
faire part de nouvelles informations… C’est un peu dur…

France 5, Les Maternelles, je ne regarde pas la télé ni même votre
émission et je comprends pourquoi:
– la télé est excluante. Dans des sujets de “meufs”, les hommes (et ici
un représentant du jeune type dominant dans toute sa splendeur) ont le
droit de parler voire se sentent légitimes à être sur-présents, à
monopoliser l’attention, au détriment des femmes qui sont présentes. Je
ne suis pourtant pas certaine qu’il ait une très riche expérience quant
aux menstruations, aux différentes protections, à la cup, la ménopause
et autres. Le remettre à sa place, celle de celui qui ne sait pas et
devrait écouter et apprendre serait une excellente chose. Par ailleurs,
si l’avis des hommes semble être accepté (et pourquoi pas, vous ne
prônez pas la non-mixité et il est évident que je n’attends même pas ça
de la télévision ou de vôtre émission, vraiment), qu’en est-il des
personnes trans*? Transidentité, FTM, MTF, des intersexes? Oui il y a ce
qu’on appelle “des hommes” et “des femmes”. Mais l’Humanité ne se réduit
pas à ces deux catégories. La Nature a tout autant inventé la
transidentité et l’intersexuation que le cisgenrisme. Par contre
l’interprétation du monde en deux catégories de sexe biologique
auxquelles répondent parfaitement deux catégories de genre ou sexe
social, c’est un fait social construit qu’on peut faire évoluer et
changer. Mais pas en étant excluant⋅e et en invisibilisant les gens qui
ne correspondent pas à la norme sociale. Elle se renforce au contraire
dans une circularité exemplaire : le monde est ainsi, je ne montre le
monde qu’ainsi, le monde est donc ainsi à la vue de toutes et tous qui a
leur tour reproduisent cette vision du monde etc… Je ne vous accuse
point d’être réactionnaire ici. Vous n’êtes ni la seule émission, ni la
seule chaîne télé à invisibiliser leur existence mais dans cet échange,
c’est à vous que je m’adresse. Votre émission est juste conventionnelle.
Comme le reste de la télévision. C’est toutefois dommage car
l’invitation que vous avez faite à mon amie semble démontrer une envie
de votre part d’aborder les choses avec un regard différent. Mais
peut-être suis-je un peu naïve de penser que la télévision pourra nous
offrir un jour des émissions d’info un peu révolutionnaires desquelles
on pourra réellement s’enrichir.

– le mélange “divertissement/information” tue l’information. Je l’ai
déjà dit ci-dessus. Avec une blague potache toutes les 5 secondes, où
est l’information? Que peut-on en retenir? Qu’on préfère finalement
aller sur internet pour se renseigner parce que c’est plus clair, qu’on
y trouve chaussure à notre pied? Que l’internet nous prend moins pour
des palourdes que la télévision? L’humour c’est super, l’humour fin et à
bon escient c’est encore mieux, l’humour des dominants dans des lieux
qui ne sont pas censés être les leurs à la base et qui plus est, à
l’égard de dominé⋅e⋅s, c’est synonyme de désastre et d’oppression. Sans
aller jusqu’à dire que M. Ducrez a oppressé des femmes sur le plateau,
il a tout de même participé à montrer que les sujets dits “féminins”
peuvent être raillés à tout bout de champ et qu’on peut faire des blague
à la jetée alors qu’on ne connaît rien au sujet, rendant inaudible
l’information sur le sujet même. De la cup on retiendra qu’on peut
l’appeler un “tsoin tsoin” et on oubliera tous ses avantages, comme quoi
c’est moins dangereux pour les muqueuses, économique etc… juste que ça a
un nom débile et marrant. Haha.

Non, faire de l’information et du divertissement en même temps, ce n’est
pas toujours une bonne idée. Si le chroniqueur/journaliste Mathieu
Ducrez pouvait mettre son humour (et le reste de ses propos) en
sourdine, faire profil bas quand des femmes parlent de choses qu’il ne
maîtrise visiblement pas, quand il s’agit d’expériences qui n’ont pour
lui rien de concret, palpable, quotidien ou même possible, votre
émission n’en serait que plus intéressante.

Probablement.

En vous souhaitant une agréable journée, soirée et ce, très chaleureusement!

En clair, cher M. Ducrez : tagueule

Du sang sur ton écran

Il y a quelques semaines je me faisais poser mon DIU/stérilet (mais c’est une autre histoire). Encore complètement sonnée après le malaise vagal qui s’est ensuivi, j’ai entendu mon téléphone sonner, et c’était une journaliste de France5 qui voulait me parler de mon blog. Ouah la célébrité.

Il est ressorti de la conversation qu’elle était tombée sur mon article Ragnasses en préparant une émission des Maternelles sur le sujet des règles. (Les Maternelles c’est une émission qui parle de trucs de meufs cis (non-trans), principalement de ponte et de reproduction, mais bon, quand même).

Du coup, elle m’a posé plein de questions, on a discuté (de sang, de puberté, de gêne, de sexe pendant les règles, et d’autres trucs contenus dans l’article Ragnasses donc). Et puis finalement elle m’a proposé de venir en parler à l’émission.

Donc je suis allée à Paris et tout et tout, au studio de l’émission, pour enregistrer sur un vrai plateau. Il y avait deux autres invitées-témoin et une gynéco, en plus des trois animatrices. Il y avait une invitée qui parlait de ses douleurs menstruelles, de sa ménopause, et un autre qui parlait de la nécessité de parler des règles aux petits garçons autant qu’aux petites filles.

Moi j’ai parlé de la cup, de ce que ça a changé pour moi, dans mon rapport aux règles, et j’ai aussi parlé du tabou social autour des règles.

J’étais un peu déçue qu‘Estelle ne soit pas là, ça aurait donné un autre tour à l’émission.

J’aurais bien aimé pouvoir parler plus longtemps aussi. C’est un sujet que j’aime bien, sur lequel je bosse depuis longtemps, sur lequel je me suis rendu compte que j’avais vraiment plein de connaissances, et super envie de les faire partager. D’ailleurs, les règles ne sont pas un sujet qui a été très étudié dans les sciences sociales (la plupart des sciences sociales sont fabriquées dans un contexte ou les mecs cis dominent, et les règles ont souvent été assimilées à des trucs “féminins” donc secondaires ou non-importants, en tout cas pas dignes d’être des sujets d’étude), pourtant il y aurait plein de choses à en dire. Je me demande même si j’aurais pas envie de faire une rubrique spécial règles sur ce blog.

Tout ça pour dire que j’aimerais bien vous montrer la vidéo de l’émission, mais je l’ai pas encore récupérée.

[EDIT] : En fait, j’ai trouvé la vidéo. Elle est visible ici.

 

[EDIT 2] : je viens de tomber sur le forum Easycup dont les utilisateurs-trices râlent à propos de l’émission sur plusieurs points. Ça m’a fait marrer donc je reprécise quelques points ici :

– Le sujet de l’émission n’est pas sur la cup, c’est donc normal que toute la durée de l’émission n”y soit pas consacrée ;

– C’est effectivement un peu dommage que la cup ait été présentée avec des imprécisions historiques, j’aurais bien aimé plus développer moi aussi.

– Une utilisatrice a déploré le fait que je ne connaisse pas les noms exacts des pliages de cup en vue d’insertion. Effectivement, ça n’a jamais été trop mon sujet de prédilection, je l’ai toujours un peu pliée et insérée à l’arrache. Cependant, vu la diversité des tailles et des souplesses de cup, je pense que certains pliages doivent mieux convenir à certains types de cup. Si vous voulez en savoir plus, il y a une super page sur Easycup, qui décrit avec des photos les différentes façons de plier sa cup. J’ai donc appris que ma méthode s’appelle le C-fold, mais qu’il y a aussi le 7-fold, le double C-fold, le punch-down, bref, on s’amuse bien chez les utilisateurs-trices de cup.

Et pour celles et ceux qui se posent la question, non, je ne suis pas sur Easycup, et ma cup à moi c’est la Lunacopine bleue.

Tu veux éviter d’être violéE ? Ne sors pas le soir ! [Merci La Dépêche Du Midi]

Le 2 mai je tombais sur un article vraiment horrible de La Dépêche (notre média super génial à Toulouse). Un article sur le viol, dont la conclusion est grosso modo “Il y a plein de viols. Nous conseillons aux jeunes filles de ne pas sortir le soir”. L’article est accessible ici.

Ça m’a beaucoup énervée et comme je travaille dans une association féministe, on a décidé de publier un communiqué de réaction pour reposer quelques faits sur le viol et ré-énoncer des principes qui nous semblaient fondamentaux en termes de libertés des femmes.

Communiqué de presse du Planning Familial 31

Toulouse, le 13 mai 2013

En réponse à un article paru en ligne sur le site de La Dépêche le 2 mai, et intitulé “Une étudiante de 22 ans violée en rentrant d’une soirée”, nous souhaitons réagir sur plusieurs points qui nous semblent choquants et inappropriés.

Cet article raconte, avec une profusion de détails, le déroulé d’une agression sexuelle d’un homme sur une femme. Tout d’abord, nous nous demandons quel est le but de cet article ; l’agression y est décrite avec une profusion de détails violents, qui touchent à l’intimité de la personne qui a été agressée.

Quel but cette description sert-elle ? Nous nous interrogeons sur la pertinence de publier un tel article, qui n’apporte que très peu d’information à la lectrice ou au lecteur, et relève plus, à notre avis, du fait divers, du voyeurisme et du sensationnalisme que de l’information.

Cet article décrit un viol qui s’est passé dans un contexte bien particulier : une agression de nuit, par un inconnu, sur une femme seule, qui rentrait chez elle après une fête. Pour être bien réelle, cette situation n’en est pas moins relativement rare dans les occurences de viol et de violences sexuelles.

L’enquête ENVEFF annonce que les viols sont perpétrés essentiellement par des conjoints, des compagnons, des maris, des collègues de travail, des hommes avec lesquels les femmes entretenaient ou avaient entretenu une relation plus ou moins longue dans les 12 derniers mois avant le viol. Au total, 85 % des viols sont commis dans un contexte où la victime connaît son agresseur, par exemple au sein de la famille (père, beau-père, oncle,…), de l’école ou du travail. Les agresseurs inconnus représentent 15 % des situations. Seulement 12% des viols sont commis sous la menace d’une arme, et seulement 35% des viols se passent en-dehors du domicile de la victime.

Le schéma stéréotypé du viol continue à être l’image fausse d’un inconnu psychopathe et armé qui agresse une femme seule, de nuit, dans un métro ou une rue sombre. Le fait que ce schéma (violence, incident isolé, personne armée) soit si répandu met dans l’ombre la majorité des situations de viol.

Le Planning Familial travaille auprès des personnes victimes d’agressions sexuelles et sait bien à quel point il est difficile de reconnaitre un viol par un de ses proches quand les médias véhiculent constamment l’idée qu’une agression se passerait forcément la nuit par un inconnu.

Il importe de poser clairement les limites et les insuffisances de ce scénario. En France, une femme est violée toutes les 8 minutes ; plus de 75000 viols sont commis par an (Enquête CSF). La majorité de ces viols est commis par l’entourage de la victime.

Les viols ne sont donc pas des incidents isolés, commis par des inconnus dérangés. Ils sont un phénomène de masse, un phénomène de société, dans tous les milieux sociaux, dans toutes les villes, et dont les victimes sont à 99% des femmes, et les auteurs, des hommes.

Les viols sont la conséquence d’un système de domination qui opprime les femmes, qui les assimile à des objets, et qui les fait apparaître comme disponibles pour que les hommes assouvissent leurs “besoins” sexuels soit-disant irrépressibles, sans se préoccuper de leur consentement. Le viol est une manifestation de la domination masculine, une façon de dominer et d’humilier les femmes.

Nous trouvons à ce titre important de souligner le manque de neutralité de La Dépêche, qui relaie donc un évènement bien spécifique sans jamais parler de la plus grande majorité des viols, et sans jamais questionner le système qui provoque et cautionne ces viols.

Nous trouvons de plus particulièrement choquante la conclusion de l’article, qui recommande aux femmes d’éviter l’espace public la nuit si elles ne souhaitent pas être violées : “Régulièrement, à Toulouse, des jeunes filles sont victimes d’agressions sexuelles la nuit. Il leur est conseillé d’éviter de se promener toutes seules.”

Il est scandaleux de lire de tels propos.

Les luttes féministes des siècles derniers ont réussi à apporter aux femmes plusieurs libertés essentielles : le droit de vote, le droit à disposer de leur corps par la contraception et l’avortement, mais aussi le droit de se déplacer et de s’habiller comme elles l’entendent.

Nous souhaitons que ces droits continuent d’être une réalité pour les femmes d’aujourd’hui.

Le Planning Familial 31 affirme que les femmes ont le droit d’être dans l’espace public à l’heure qui leur plaît.

Les femmes ont le droit de porter les vêtements qu’elles désirent.

Les femmes ont le droit de dire “non” et que ce “non” soit entendu.

Nous trouvons aberrant que La Dépêche moralise les actions des femmes.

Nous refusons que ce média perpétue l’idée que les femmes sont faibles, incapables de se défendre et à la merci des agresseurs.

Nous refusons que l’espace public soit systématiquement représenté comme un lieu de danger pour nous.

Nous refusons que notre statut de femme restreigne nos déplacements.

NOUS SOUHAITONS PROCLAMER QUE LE RESPONSABLE D’UN VIOL, C’EST L’AGRESSEUR. PAS LA VICTIME.

Pour répondre à diverses situations de violences subies par les femmes, nous souhaitons attirer l’attention sur une structure proposant des cours d’auto-défense féminine et féministe, l’association Faire Face (faireface.association@gmail.com).

À un média et une société qui préfèrent enfermer les femmes plutôt que de dire aux hommes de ne pas violer, nous répondons que nous ne sommes pas des victimes et que nous sommes capables de nous défendre.

En espérant que ce communiqué sera pris en compte et diffusé largement, le Planning Familial 31 reste à disposition pour échanger autour de cette problématique.

Sources :

Merci Tan

Il y a quelques jours, plusieurs copines féministes partageaient simultanément le même lien sur mon fil d’actualités Facebook.

Le blog s’introduit par le texte suivant :

Le projet s’intitule Violences Sexistes.

Pour participer :  tanpmp [at] gmail.com
Les textes sont libres, le theme a respecter est « le sexisme », et puis il faut que ce soit personnel. Vous avez carte blanche et etes tou-te-s les bienvenu-e-s dans ce projet. Pour le moment nous avons des lettres, des poemes, des petits autobiographies, des anecdotes, des temoignages sur une situation precise ou un ressenti general, des ecrits douloureux et des recits amusants, bref, faites-vous confiance, et faites-nous confiance, it’s all good.

Donc j’ai décidé d’écrire un texte que j’ai envoyé pour contribuer au projet.

Si vous voulez écrire un truc aussi le blog est ouvert à contributions.

Si vous voulez relayer l’info, faites-le, ça en vaut la peine.

Il y a un projet d’expo autour de ces textes et aussi un fanzine en préparation. C’est chouette.