IEP, soirées étudiantes, Osez le féminisme et sexisme

[Cet article a été édité vendredi 25 janvier à 14.40]

Depuis hier soir, mon Facebook est secoué par une petite tempête. L’association Osez Le Féminisme (OLF) a adressé un article-lettre au directeur de l’Institut d’Études Politiques de Toulouse (IEP) pour protester contre l’organisation d’une soirée par le Bureau Des Sports (BDS) dont le thème était “Plombiers VS chaudières”.

Que les choses soient claires, je ne suis vraiment pas d’accord avec OLF la plupart du temps. L’asso a tendance à être exagérément putophobe et misérabiliste envers les travailleurs-euses du sexe et à prendre des positions politiques qui me fatiguent. Mais ce débat spécifique a l’avantage de mettre en lumière plusieurs choses dont j’aimerais parler à propos de l’IEP, de ses structures de socialisation, des rapports de sexe dans l’institution entre étudiant-e-s, etc.

OLF proteste surtout contre le texte et la photo de l’évènement publié sur Facebook. Les organisateurs invitent les hommes participant à la soirée à être des “plombiers” décrassant les “chaudières” des femmes (le tout avec liens vers des pages de porn : le lien “le modèle portugais” renvoie à une page perso d’une personne qui se décrit comme “femme d’origine portugaise” avec référence au cliché sur la pilosité, etc.).

Capture d'écran de l'évènement Facebook organisé par le BDS de l'IEP Toulouse

En soi, le procédé n’est pas surprenant. Je sors d’un cursus universitaire complet de l’IEP Toulouse et il y a eu des soirées et des évènements bien pires en termes de sexisme.

Je pense d’ailleurs que l’IEP n’est pas la pire école française là-dessus. De ce que j’entends des soirées et des bizutages de Médecine, Pharma ou des écoles de commerce, ce que les gens font à l’IEP reste relativement soft.

Institutionnellement, l’IEP est même relativement en pointe sur les questions de genre ; de ce que j’en connais, l’IEP Toulouse est d’ailleurs le seul en France à proposer une formation (que j’ai suivie) aux Gender Studies. On a même eu droit à une demie-heure de cours en deuxième année sur le concept de “queer theory”.

Ceci dit, je reste assez choquée par les réactions Facebook des IEPiens sur le sujet. Je connais la plupart des personnes de l’IEP qui ont participé au débat et j’ai pu lire des choses effarantes de la part de personnes que je pensais un peu plus fines : ci-dessous, une personne qui clame l’existence d’un groupuscule empêchant de parler qui que ce soit, mais surtout lui (en même temps, il a apparemment décidé qu’il pouvait, étant un mec, blanc, hétéro, parler à la place de tout le monde, et je comprends bien que s’il a été remis à sa place une paire de fois, ça a dû le vexer).

Commentaire Facebook

Un commentaire sur la photo du dessus

Dans la catégorie anti-féministe, j’ai aussi pu lire une déferlante de commentaire (surtout de mecs d’ailleurs, bizarre) expliquant aux féministes qu’elles se trompaient de combat, qu’elles feraient mieux de lutter pour des “vraies”causes, que le féminisme c’était pas ce qu’elles croyaient, que de toute façon les féministes étaient hystériques, etc, etc (j’ai un peu la flemme de récapituler tous les propos anti-féministes, c’est un peu toujours les mêmes) :

sexismeiep2J’ai un peu envie de répondre à ça par cette citation : “ Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson” (Rebecca West).

Quelque part j’ai l’impression que c’est un peu ça, les personnes qui sont très fâchées avec “les féministes” sont en général des mecs qui n’en ont pas croisé beaucoup dans leur vie, ou alors des mecs qui sont tout fâchés qu’on remette en cause leur pouvoir de parler au nom de toutes et tous quelles que soient les situations, et de dominer le monde grâce à leur sacro-saint humour :

Commentaire débat Facebook IEP-OLF

Ou peut-être que t’as juste un humour raciste, sexiste, ou antisémite. Ou peut-être juste un humour de merde.

À lire absolument, cet article d’un sociologue qui explique en quoi l’humour est un marqueur de différenciation sociale et de domination (eh non ! l’humour n’est pas neutre !). Merci à GlamourPuke pour le lien !

Pour entrer dans le vif de mon propos, les réactions en général ont été pour les IEPiens, de ce que j’en ai vu, de faire bloc pour défendre l’IEP contre l’attaque venant de l’extérieur. Ce qui peut se comprendre quand on connaît la façon dont les étudiants de l’IEP se socialisent pendant leur scolarité : arrivant dans une ville qu’on ne connaît pas, les (presque) seules façons de rencontrer du monde sont par les soirées de l’IEP, la semaine d’intégration, le week-end d’intégration, les soirées du Bureau Des Étudiants. La structure de ces institutions garantit que les codes en soient perpétués. Ce sont les étudiants de deuxième année (2A) qui bizutent les nouveaux venus, qui leur transmettent les façons de faire, les attitudes, au cours de la semaine d’intégration et du WEI. Les Première Année prennent la relève du BDE et du BDS en mars de chaque année, et continuent à leur tour l’expression des codes en question.

Ces évènements construisent des socialisations qui se perpétuent pendant la suite de la scolarité ; les groupes affinitaires constituent souvent des associations par la suite (groupes d’amis qui “reprennent” le BDE, le BDS, les diverses associations étudiantes).

Les promos sont assez petites, elles dépassent rarement les 200 personnes. Virtuellement tout le monde se connaît, au moins de vue. Tout ça contribue à construire une culture d’école relativmeent soudée et solidaire qui fait qu’on a généralement tendance à prendre la défense de l’IEP envers et contre tout, même si les étudiants ne sont en interne pas tendres avec la direction, les profs ou les autres étudiants.

La culture d’école peut expliquer l’usage du “second degré” qui a été avancé par les défenseurs de l’IEP dans la polémique sur Facebook : effectivement, tout le monde se connaît, on sait bien que c’est le “rôle” du BDS de jouer les gros beaufs et de faire des soirées un peu crados. D’où le thème de la soirée “Plombiers vs chaudières” (et je le répète, il y en a eu de pires).

Finalement ça ne me gêne pas tant que ça dans la mesure où ce genre de soirées est en quelque sorte un “private joke” entre IEPiens, du genre “nous, les organisateurs, on sait que vous savez qu’en fait c’est une blague, du coup, les gros stéréotypes ne marchent pas, puisque c’est de l’humour”. (Pour une analyse approfondie du retrosexism, je vous renvoie à l’excellente vidéo d’Anita Sarkeesian pour Feminist Frequency ici.)

Mais finalement ça mérite de se pencher là-dessus un peu. Utiliser des stéréotypes extrêmement sexistes pour vendre une soirée, même en se disant que comme on le fait avec humour, ça les désactive, est-ce que ce n’est pas un peu les valider ? Est-ce qu’il y a vraiment un travail de déconstruction derrière ? Je ne pense pas, je ne l’ai jamais vu à l’IEP. Les personnes qui organisent ces soirées n’ont pas vraiment l’air de réfléchir aux représentations qu’elles véhiculent. Ça relève plutôt du “ça va, on est entre nous”, voire même du “si t’as pas assez de second degré pour comprendre que c’est une blague, tu n’as pas ta place parmi nous”. C’est d’ailleurs comme ça que se perpétue le mythe de la féministe chieuse qui passe son temps à empêcher tout le monde de danser en rond (ou du gentil garçon trop coincé pour être cool) : pourquoi on remettrait en cause quelque chose qui fait consensus, à part pour embêter le peuple, je vous le demande un peu ?

Je pense que ça fait partie des raisons pour lesquelles personne n’a l’idée de questionner ces choses-là. Je ne dis pas que la pression sociale est atroce et écrasante toujours et partout à l’IEP : il y a vraiment beaucoup de gens intelligents, prêts à discuter, posés et ouvert à l’IEP, j’ai pu le constater tout au long de ma scolarité. Je dis que ça peut jouer de temps en temps.

Par contre, il y a de la pression sociale, de façon évidente, sur les filles, à l’IEP. Je ne peux pas parler de la pression sociale sur les mecs, je ne dis pas qu’il n’y en a pas non plus, mais je ne suis pas un mec, alors je préfère laisser les concernés prendre la parole en commentaires. Il y a de la pression sur les comportements. Pas une pression énorme, du style “si tu ne viens pas à cette soirée, plus personne ne sera ton/ta pote”, mais une pression quand même. Il faut être vu-e (les albums photos des events Facebook sont assez importants dans la socialisation e les échanges). Il faut boire, sinon tu es coincé-e. Mais pas trop, sinon c’est crade… quoique certaines filles (j’en ai été) se placent dans une sorte de compétition pour aller “aussi loin que les mecs” même si c’est rarement exprimé comme ça. Pour être la plus extrême, crier les slogans les plus sales, boire autant/plus que les mecs, coucher autant que les mecs. C’est une position qui met à part, mais c’est une position quand même.

Il faut avoir des copines, aller en soirée, danser, être à l’aise avec son corps, s’habiller relativement sexy, savoir draguer. Plus la pression pour ne pas avoir l’air “pauvre” ou “ringarde”. C’est quelque chose que j’ai pas mal ressenti (ça a été dur pour moi d’arriver d’une famille pas super à l’aise financièrement et de se retrouver en soirée avec des personnes que ça ne gêne pas de dépenser soixante euros d’alcool en deux heures. Mais ce n’est évidemment pas une pression que je pense spécifique aux filles, je pense que beaucoup d’étudiant-e-s boursiers-ères ont pu ressentir ça à un moment).

Bien sûr, toutes les institutions ont des rites de passage spécifiques. Bien sûr, on vit dans un monde machiste, qui ne cesse de faire violence aux femmes. Évidemment, l’IEP n’est pas en-dehors du monde, donc les personnes qui s’y trouvent répliquent des structures sexistes préexistantes sans forcément y penser et sans forcément les déconstruire.

Mais ça ne m’empêche pas d’être atterrée de la complaisance avec laquelle les diverses promos que j’ai pu observer regardent les horreurs qui peuvent s’y passer.

Les soirées de l’IEP, comme les soirées de la semaine d’intégration, les soirées du BDE etc, sont violentes. Notamment par l’abondance d’alcool qui s’y trouve et par le silence collectif qui les entoure en cas de violences faites aux femmes, qu’elles soient “graves” ou pas.

Tout le monde sait que certains hommes ont tendance à avoir des comportements qui dépassent les bornes en soirée à l’IEP. Pour ma part, j’ai seulement fait les soirées de l’IEP en première et un peu en deuxième année, puis j’ai abandonné ; je ne peux parler que de cette période, mais je ne doute pas que ces comportements se reproduisent dans d’autres promotions. Mais rien que dans cette période, j’ai assisté à des choses qui me font rétrospectivement frémir, être en colère, et m’interroger : pourquoi tout le monde considère ces comportements comme normaux ? Pourquoi personne n’en parle ? Pourquoi personne ne met le mot de violence là-dessus ?

C’est arrivé de nombreuses fois que des mecs bourrés se mettent complètement à poil, comme ça, “pour rigoler”, et le restent pendant quelques minutes, potentiellement en se frottant à des personnes non consentantes, imposant leur nudité et leur bite à toutes les personnes présentes dans la salle. Violence faite aux femmes ? Oui.

C’est arrivé qu’un mec me sorte, en plein TD de droit, à propos d’un autre mec et avec un rire bien gras “Hé, il est super excité celui-là parce que c’est un gros puceau, tu veux pas le sucer pour le calmer ?”. Violence faite aux femmes ? Oui.

C’est arrivé que des mecs ramènent chez eux pour baiser des filles tellement bourrées qu’elles n’étaient absolument pas en état de donner leur consentement. Baiser avec quelqu’un qui est inconscient, ça s’appelle un viol, remember ? C’est arrivé à des copines. Ça m’est arrivé. Toi qui lis cet article, si tu es un mec, tu l’as peut-être fait. Pourquoi on ne met pas le mot de viol dessus ? Pourquoi on n’en parle même pas ? Parce qu’on a honte d’avoir été trop bourrée ? Parce que personne ne nous écoutera ? [EDIT : ici, un petit texte qui parle de consentement et des questions à se poser pour réfléchir à nos comportements sociaux et sexuels, aux rapports de “séduction”, etc ]

C’est arrivé que des mecs bourrés au-delà du possible demandent en série à des filles si elles voulaient pas par hasard “faire un plan à trois”, en les considérant vraiment comme des morceaux de viande baisable. Violence faite aux femmes ? Oui.

Ça arrive tout le temps, ce rite appelé “la danse du Limousin” où un groupe de gens se met à chanter une chanson qui appelle une personne précise à enlever un par un tous ses vêtements (Machine va nous danser, la danse du limousin, le limousin a dit, enlève ton tshirt, enlève tes chaussures, enlève ton soutif, etc, etc) sous les applaudissements de la foule. Dans la mesure où c’est un rite qui s’applique autant aux garçons qu’aux filles et où (je dois le reconnaître) personne n’est OBLIGÉ de le faire (on perd des points de cool si on refuse mais on n’est pas automatiquement considérée comme une grosse frigide), violence faite aux femmes ? Oui quand même, violence faite aux corps, aux timidités, aux représentations.

Ça arrive, au CRIT (le rassemblement sportif qui oppose tous les IEP de France une fois par an), les slogans qui servent à affirmer la primauté de son IEP sur les autres : Mon Airbus dans ton anus ! (ou comment utiliser l’image du mec pénétré comme une image profondément dégradante, tu es pénétré par moi donc tu m’es inférieur ), “Suce après la sodomie” et autres.

Ça arrive, le rite qui consiste à gagner des points de cool (et de salope en même temps) quand tu baises ou chopes un mec de chaque IEP assistant au CRIT. Quand les sports féminins sont l’annexe en moins bien des sports masculins dans des matchs que personne ne va voir.

C’est permanent, quand le spectacle des pompom girls où des équipes de filles avec quelquefois deux ou trois garçons dedans dansent à tour de rôle ; pas une grosse, pas une handicapée, très peu de personnes racisées, tout le monde en mini-tenue ; quand tu arrives sur scène (je sais, j’y étais) trois ou quatre mille personnes se mettent à hurler des “salopes !”, “on va vous baiser grosses chiennes !” en agitant des godes devant ton nez de malheureuse qui essaie juste de danser. Violence faite aux femmes ? Oui.

Ces comportements ne sont pas le fait de “quelques dérapages”, de “quelques mecs qui dépassent les bornes”. Ce sont des violences permanentes, chevillées aux relations sociales entre étudiants à l’intérieur de l’IEP, imprimées dans les évènements de tous les jours, par petites touches. Ce sont des choses imprimées dans nos consciences, qui relèvent tellement de la banalité que j’ai vu plein de filles défendre l’IEP dans ce débat en utilisant les mêmes arguments que les mecs : “c’est de l’humour”, “c’est du second degré”, ou encore “vous les féministes, vous nous emmerdez à être extrémistes comme ça”. Voire en s’inquiétant de la réputation de l’IEP après ce buzz.

Mais ce sont quand même des violences quotidiennes, déguisées sous l’apparence de l’humour et de la fête. Je me demande toujours pourquoi on n’en parle pas. Je me demande toujors pourquoi ça nous paraît normal.

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21 responses

  1. Je peux comprendre le dégout que certains comportements peuvent provoquer. Cependant je tiens à faire part moi aussi de mon expérience (ba oui, sinon c’est pas juste). Un mec devra toujours se mettre à poil lors de la chanson du Limousin (ou à Bordeaux du Maréchal), alors qu’une fille non. Les filles nous demandent constamment de “montrer nos queues”. Violence faite aux hommes? Oui.

    1. Suivant mon analyse “sociologique” et politique de la chose, je peux te répondre sur deux points.
      D’abord, je pense que la “danse du Limousin” est à la fois un test de popularité et un rite de passage. Les gens qui sont appelés à faire ce test, ce sont rarement les personnes considérées comme “moches”, ringardes/geeks, sans intérêts, modérées, etc. Ça rentre quand même dans le cadre des soirées ou évènements BDE/BDS (surtout BDS en fait, comme le CRIT, le week-end de préparation du CRIT etc) et faire la danse du Limousin, c’est prouver en quelque sorte qu’on appartient au groupe en se foutant à poil, en montrant qu’on maîtrise son corps, qu’on n’est pas timide, qu’on peut se montrer nu-e devant les autres et en rigoler. Dans ce point de vue-là, le “Paye ta bite !” me semble une injonction à aller plus loin dans cet aspect de déconnade, d’intégration au groupe, de “jusqu’où va-t-il aller ?”.
      C’est vrai qu’il faut apporter une nuance à ce que j’ai dit sur les “points cool” perdus en refusant ; je pense que ça dépend des circonstances, et je pense que dans la plupart des cas, le refus n’entraîne pas de sanction sociale particulière pour la personne.

      Politiquement, mon analyse de ces phénomènes sociaux est celle d’une féministe, et je vais te répondre en tant que telle.
      Nous vivons dans une société construite par les hommes et dominée par les hommes. Naissant homme, tu nais avec un certain nombre de ce qu’on peut appeler “privilèges” liés à la domination des hommes (en tant que groupe, pas forcément en tant qu’individu) sur les femmes (en tant que groupe également). Par exemple celui d’être supposé compétent pour un poste, d’être à la louche mieux payé qu’une femme, de pouvoir pisser à peu près partout sans te mettre en danger physiquement, de pouvoir te balader dans la rue sans recevoir (sauf exception) de remarques à caractère sexuel qui te mettent mal à l’aise ou en danger, etc, etc.
      Le rapport social au corps des hommes n’est pas le même que le rapport social au corps des femmes. Par exemple, on se sert souvent du corps des femmes pour attirer les hommes (entrée gratuite pour les filles dans des soirées, etc), et également comme objet de gratification sociale (mannequin-trophée, pom-pom, etc, même si ça mérite d’être développé et nuancé).
      Quand on invite une fille à se dénuder devant un groupe, je pense que ça n’a pas tout à fait la même valeur que quand on invite un garçon à le faire. La preuve ? Les garçons ont souvent tendance à se mettre nus “pour rigoler”, dans une sorte d’esprit de camaraderie (en soirée par exemple), alors que les filles, beaucoup moins voire même pas du tout (tu es plus facilement vue comme une salope, tes copines essaient de t’en empêcher quand tu le fais, il y a des mecs relous qui sortent de nulle part pour te soûler dès que tu enlèves ton tshirt…).
      Je pense que la danse du Limousin peut être perçue comme une violence dans cette analyse-là ; une violence à caractère systémique.
      Donc, pour moi, la violence est plus forte quand l’injonction est faite à une fille que quand elle s’adresse à un garçon ; comme je l’ai dit plus haut, il y a un aspect de camaraderie, les garçons sont socialement en général plus à l’aise avec la nudité, etc. Et ça n’a pas la même valeur de dire “paye tes seins” que “paye ta bite”. Parce que le “paye tes seins” est empreint d’une violence sexiste ; la partie “dominée” est sommée de montrer ce à quoi on la réduit souvent (une paire de seins) par la partie dominante. Celle qui exerce par ailleurs les violences de genre, les petites remarques, les viols, les comportements très très relous en soirée, etc, etc ; pour beaucoup de femmes, les hommes sont en soirée (et malheureusement pas que) perçus comme une sorte de menace latente. Pas une menace genre bombe nucléaire, mais une menace sourde, suffisante pour te faire renoncer à t’habiller comme tu veux, à marcher dans la rue tard le soir ou te faire peur, suffisante pour ne pas savoir quoi dire ou faire quand un relou vient se frotter à toi ou t’interpeller dans la rue.
      Est-ce que les filles sont perçues comme ça par les mecs ? Je ne crois pas. C’est pour ça que le “paye ta bite” n’a pas la même valeur que le “paye ta chatte/tes seins”.

      Mais il faut se garder de généraliser, je pense. Bien sûr, il y a sûrement des moments où ces injonctions sont faites de façon violente et/ou ressenties comme telles.
      Et je ne nie surtout pas qu’il y a plein de garçons qui sont très peu à l’aise avec leur corps, qui n’ont pas envie de se montrer, etc. Je sais très bien que ça existe.

      Mais pour revenir sur le propos de cet article, il me semble que ce qui est à examiner, et ce qui me terrifie, c’est que ce rite (qui est quand même d’une extrême violence si on prend du recul, la pression sociale te fait te mettre nu-e devant plusieurs personnes, et au moins faire semblant que ça ne te dérange pas ou que ça te plaît…) passe sous couvert d’humour, comme quelque chose de normal.
      Est-ce que j’ai répondu à ta question ?

  2. “Ça arrive tout le temps, ce rite appelé “la danse du Limousin” où un groupe de gens se met à chanter une chanson qui appelle une personne précise à enlever un par un tous ses vêtements (Machine va nous danser, la danse du limousin, le limousin a dit, enlève ton tshirt, enlève tes chaussures, enlève ton soutif, etc, etc) sous les applaudissements de la foule. Dans la mesure où c’est un rite qui s’applique autant aux garçons qu’aux filles et où (je dois le reconnaître) personne n’est OBLIGÉ de le faire (on perd des points de cool si on refuse mais on n’est pas automatiquement considérée comme une grosse frigide), violence faite aux femmes ? Oui quand même, violence faite aux corps, aux timidités, aux représentations.”

    Je suis en désaccord avec toi à cet endroit, (et à d’autre, mais j’ai la flemme de tout citer): pour moi ceci n’est pas une violence faite aux femmes. C’est une violence faite par le groupe sur l’individu. Tu le dis toi même, on peut demander à un garçon de le faire. Donc tout comme la fille il peut refuser et… passer pour un naze pas drôle.
    Bref, pour moi, rien de particulièrement sexiste, mais “que” de l’irrespect et de l’immaturité.

    Mais dans le fond, je suis bien d’accord. Pour le week end d’intégration de mon école (Ensal) , le BDE avait fait un petit teaser, que j’ai visionné par curiosité ne pouvant pas m’y rendre de toute manière. Et là, j’ai été fort surprise de constater que la soirée de rêve pour mes rêves camarades était imagé pa des scènes de “very bad trip” ou autre film du genre, avec son armada de mec moches/ gros / bourrés se tapant/ pelotant/ matant des blondasses au bonnet D et à la ficelle dans le cul. Bref, sentiment de dégout, de gerbe, et la désagréable impression que si tu ouvres ta gueule, on va te traiter de rageuse aigrie féministe poilue qui a pas baisé depuis 10 ans…

    1. Eh oui.
      Sur la ‘danse du limousin” j’ai déjà répondu dans un autre commentaire, je pense que ça résume assez bien ma pensée (et puis j’ai eu une très longue journée et j’ai envie d’aller dormir aussi !)

  3. Je trouve ton article intéressant même si ne partage pas tout.
    Peux tu répondre à cette question, une fille qui baise un mec pour reprendre ton vocabulaire si il a trop bu, c’est un viol également, non ? Violence faite aux hommes ? Oui. Attendant ta réponse
    Bien à toi

    1. Coucou,
      Je t’invite à aller voir ma réponse à cyranodepessacAlexx pour la partie concernant les violences systémiques.
      Oui, un viol (une relation sexuelle sans consentement d’une des parties), c’est une violence ; si un viol est fait à un homme, c’est une violence faite à un homme, et c’est une horreur et un tragédie de forcer quelqu’un à avoir un rapport sexuel sans qu’il ait consenti.

      Par contre, il me semble que les viols faits aux hommes ne se passent pas sur la même échelle que les viols faits aux femmes. Les hommes, comme je l’ai expliqué dans le commentaire adressé à cyranodepessacAlexx, ont ce privilège de ne pas penser au risque de viol comme consubstantiel à leur identité d’homme ; les femmes, si. Pour reprendre une expression tirée d’un zine, naître fille, c’est se balader avec une épée de damoclès entre les jambes. Dans notre société, dans la culture de viol dans laquelle on vit, être fille, c’est être “violable”, parce que tu as un vagin. Naître garçon, c’est pas être violable, dans cette culture-là.
      Ce qui ne nie pas que des garçons soient violés à un moment ou à un autre, et que ça provoque une douleur insoutenable.
      Mais c’est pas la même échelle.

      Pour te répondre, un viol c’est un viol, qu’il soit commis sur un homme ou une femme, c’est une violence faite à sa victime, mais ça ne vient pas d’un système ou d’une culture particuliers pour les viols commis sur des hommes.

  4. olivier philippe | Reply

    Bonsoir,
    Je ne sais pas qui vous êtes. Sans doute saurez-vous qui je suis. Je suis simplement consterné par votre témoignage. Ce n’est pas une critique. Je me demande en tant que responsable du master PDG (politique, discriinations, genre) à sciencespo toulouse quel est le sens de mon engagement pour former des étudiant-e-s à la non discrimination. Je vous fais part de mon désespoir.
    olivier philippe

    1. Je suis en PDG, Monsieur Philippe. Et oui, c’est consternant.

    2. Il faut quand même nuancer quand à la généralité de ces comportements. Je suis aussi étudiant à l’IEP, et bien qu’ayant vu des comportements sexistes et machistes, surtout pendant les évènements organisés en dehors de l’IEP, je n’ai jamais assisté à des sorties du type “Hé, il est super excité celui-là parce que c’est un gros puceau, tu veux pas le sucer pour le calmer ?”. Je ne renie pas leurs véracités, juste que cela reste des cas isolés et qui seraient condamnés par la plupart des IEPiens s’ils étaient au courant (j’avoue n’avoir jamais été confronté à ce type d’histoire). Tout le monde trouve les abus auxquels ils assistent anormaux, il faut relativiser.
      Un point qui me chiffonne par contre, c’est quand tu parles de la pression sociale lors de “rites” comme la danse du limousin. La plupart des personnes envoient chier, avec raison, les chanteurs (à défaut d’autre mot), et personne ne s’en formalise, c’est même normal. Les points de cool et autres critères de sociabilité sont quand même la plupart liés à d’autres comportements, souvent dans le sens inverse.
      Etant un homme, je ne peux parler que des pratiques collectives auxquelles j’ai assisté, pour le reste, je lis et j’apprends.

      1. Bonsoir,
        Oui, je pense qu’il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis, ces comportements n’affectent pas tout le monde tout le temps. J’ai essayé de parler de ce que j’ai vu pendant ma 1A et 2A. Je pense que ça concerne peut-être un-tiers des personnes (le tiers le plus “fêtard”).
        Sur la danse du limousin j’ai déjà amplement répondu.

        Sur le reste de ce que tu évoques, je pense que oui, pour plein de gens les points cool sont différents, moi je parlais de la bulle fêtarde IEPienne en 1A/2A, ensuite j’ai l’impression que les gens mûrissent pas mal en mobilité.

  5. Pas de réponse sur mon commentaire pour savoir si une nana baise un mec bourré, est ce un viol ?

    1. Si, j’ai répondu, c’était unequestion ton pseudo non ?

  6. Bonjour.
    Je suis étudiant à l’IEP de Bordeaux. En ouvrant le “guide du sportif” distribué par l’AS en début d’année, je peux lire au paragraphe de présentation des pompoms, je cite:”notre devise sera: pas de string, pas d’alcool, pas de contact avec les sportifs. Récompenses à la clé pour celles qui tiendront une semaine…”.
    Les pompoms n’entretiendraient-elles pas cette réputation?
    De même, un peu plus loin, l’équipe de rugby féminin, les “mi-putes mi-soumises” terminent par “On baise toutes comme des déesses”.
    J’imagine que ce comportement est dû à d’importantes pressions exercées par les hommes, y compris l’administration non?

    1. Je n’ai pas évoqué dans mon article la “réputation” des pompoms, mais les violences systémiques de genre ; ce n’est pas la même chose. Je n’ai pas non plus évoqué le rôle de l’administration dans ces comportements.

      Les personnes et les assos, il me semble, ont la liberté d’envoyer les messages qu’il leur chante. J’ai été en équipe pompom. Certains messages vont dans ce sens (on est libérées, on a du pouvoir sur nos sexualités, etc).
      Si les pompoms envoient ces messages par leur communication ou d’autres codes, j’ai l’impression que ça relève quelque part de la perpétuation des codes (les pompoms ont toujours été comme ça, ont cette image) qui sont transmis quand tu intègres l’équipe. On pourrait développer ; suivant mon expérience, il y a une volonté d’être sexy, de séduire, de bien se présenter (mouvements de danse, costumes etc) mais en même temps une peur d’apparaître comme des “chaudasses” (sic), d’en faire trop, d’petre “trop” sexy. Il faut rester dans un entre-deux qu’on a du mal à définir. La ligne qui sépare la fille trop coincée de celle qui va trop loin en faisant honte à son équipe est fine, et la répression sociale sur la personne déviante est prompte à venir.

      Ton commentaire, ressemble un peu trop à un troll pour que je m’y arrête, mais je vais essayer de penser que tu es de bonne foi et répondre à ce que je pense que tu veux dire.

      Ce que tu décris, ce sont des comportements collectifs ; tu ne parles pas de telle ou telle personne fille qui a ce comportement, tu parles d’équipes sportives.
      Comme je l’ai abordé au-dessus, je pense que ces comportements peuvent provenir d’un effet de groupe lié aux images associées au groupe. D’ailleurs, les filles pompom ou rugbywomen ont peu souvent tendance à reproduire les comportements dont elles font preuve en équipe (assurance/messages à caractère sexuel/habillement) quand elles sont toutes seules. Ce qui me renforce dans mon idée que ces comportements viennent d’une identité de groupe.
      Ensuite, comme je l’ai dit plus haut, je pense que les gens sont libres de faire ce qu’ils/elles veulent.

      Enfin, il y a tout un tas d’article de sociologie qui peuvent t’expliquer les représentations attachées aux femmes, et en particulier les représentations attachées aux femmes sportives. Quand une femme sort du rang en étant plus musclée, indépendante, ou en contrôle de sa destinée sexuelle, les messages sociaux ont tôt fait de la rappeler à l’ordre. Par exemple, les footballeuses qui sont systématiquement perçues comme lesbiennes, présentées comme “n’étant pas de vraies femmes” parce qu’elles ne se conforment pas à l’attitude attendue d’une femme. En groupe, et dans un univers (les IEP) où la valeur sexuelle (est-on bonne au pieu, libérée, ou au contraire frigide, est-on disponible ou au contraire casée depuis des lustres, etc) est quelque chose qui est vraiment accentué, surtout dans les associations de vie étudiante comme le BDE ou votre AS où le “qui couche avec qui/qui fricote avec qui” est un aspect particulièrement important de la vie sociale, on peut raisonnablement penser que mettre l’accent sur sa “valeur sexuelle” en quelque sorte revient à se positionner dans une stratégie sociale de visibilité, de prise de pouvoir. Ce serait donc, pour moi, un moyen de contrebalancer la “dévalorisation” de son “capital féministé” qui arrive dans la pratique du sport, dans la prise d’indépendance par rapport au genre masculin (puisqu’on n’a pas besoin de mecs pour faire un match de rugby féminin).
      Évidemment, le fait que l’audience (par exemple pour les pompoms) soit majoritairement masculine conduit, en quelque sorte, à cibler le public qu’on veut attirer, en ayant des comportements qui appellent à sa sensibilité… d’où aussi le fait d’appuyer sur sa disponibilité et ses compétences sexuelles entre autres.

      Par contre, tu as l’air d’ironiquement introduire l’idée que, les comportements de ces équipes n’étant absolument pas induits par des “pressions exercées par des hommes, y compris l’administration”, ils sont forcément dans la provocation, et que, donc, quelque part, les pompom “cherchent” ce qui leur arrive en ayant des attitudes qui dépassent le cadre admis pour une femme ou un groupe de femmes.
      Je te rappelle que la personne responsable d’une agression, c’est l’agresseur, et pas la victime.
      Quel que soit le message qu’une femme peut envoyer par ses habits, sa façon de danser, ou sa “réputation” si c’est comme ça que tu vois les choses, elle est libre d’avoir la présentation qu’elle veut. Que donc, si on lui inflige des insultes à caractères sexiste (comme ça arrive souvent pour les pompoms donc), des attouchements, ou des viols, la responsabilité vient de la personne qui prononce les mots, qui attouche, etc.

      Ai-je répondu à ta question ?

      1. Bonjour. Oui tu as répondu, mais tu ne m’as pas convaincu.
        Effectivement, c’était un peu sous la forme d’un troll, mais je vais te répondre ici plus sérieusement.
        Je pense que en accordant du crédit à ces comportements, tu acceptes pleinement de participer à ce “jeu” imposé par le BDE. Tu attribues des “points cool”, tu parles d’une recherche de sociabilité etc. qui est vraie pour une minorité de sciences pistes: ceux que l’on entend le plus.
        Pour être plus précis, je vais prendre mon cas: je suis arrivé en première année, j’ai vu l’esprit du BDE, j’ai trouvé ça franchement gamin, je m’en suis détaché, et je le vit très bien. Et en fait, la majorité des gens à l’IEP, surtout passé la première année, évite les soirées BDE, reste avec ses amis, fait des soirées avec ces derniers, etc. Et il n’y a aucun meurtre social dans ce comportement, bien au contraire.
        J’ai une amie qui voulait initialement faire partie des pompoms, quand elle a vu le comportement que celles-ci avaient, elle a abandonné cette idée, un point c’est tout. A coté de cela, une autre amie chantait déjà “les pompoms sont des salopes”, plutôt fière d’en faire partie. Les pompoms revendiquent une identité, si tu n’es pas d’accord avec celle là, tu ne rejoins tout simplement pas les pompoms.
        De même pour le BDE, j’ai trouvé l’esprit de leurs soirées trop idiot, j’évite leurs soirées. On est nombreux à ce comporter comme ça, et il n’y a aucune stigmatisation, puisque de toute façon nous n’y accordons aucune importance.
        En revanche si tu rentres dans le jeu de la recherche de la popularité permanente, de l’omniprésence aux soirées BDE, etc, tu te confrontes à tout cet esprit malsain que tu décris, mais dans ce cas là, tu acceptes pleinement d’y faire face, puisque tu y participes.
        Quant aux relations sexuelles quand tu as trop bu, en buvant excessivement avec des inconnus, tu prends un risque. Ça ne veut pas dire que je cautionne ça, bien au contraire, mais quand je bois beaucoup en soirée, je fais en sorte de le faire en étant bien encadré.
        Pour conclure, je pense qu’à un certain âge, on est censé avoir suffisamment de recul et de maturité pour cautionner ou non certains comportements, et pour y prendre part ou non. Dans ton article, tu dis être rentrée dans le délire du BDE et des pompoms, mais en même temps tu le critiques.

  7. @Terry
    Et bien heureusement qu’on a le droit de rentrer dans le délire de quelqu’un/ d’un groupe, et de s’en détacher/prendre des distances selon les criconstances. Ça s’appelle grandir, prendre du recul, gagner en esprit critique.

    Si on s’épanouit à travers un groupe / une association, tant mieux, et les gens n’ont pas à critiquer l’identité projetée dans laquelle ces personnes se retrouvent, ou s’amusent à mettre en scène. Là où ça pose problème, c’est quand cette affirmation d’un groupe se fait au dépend ou s’impose à des personnes non consentantes : losqu’elle projette une violence sur des garçons / filles qui se retrouvent impliqués malgré eux par les discours projetés par ces groupes (ou par les personnes insultant ces groupes).

    Toi et Sharedwanderlust vous convenés qu’après la première année, on prend de la distance et qu’on peut mener une vie en marge des BDE/BDS sans en souffrir. Le problème se trouve pourtant au niveau de la première/2e année. Lorsqu’on arrive dans une nouvelle ville où l’on ne connaît personnes, les BDE/BDS sont souvent les seules manières de rencontrer de nouvelles personnes. On retombe alors sur toute la problématique du bizutage/intégration : à partir de quel moment les activités d’intégrations et de sociabilité (qui sont souvent plus amusantes à faire qu’humiliantes) deviennent de la violence, et surtout à partir de quel moment la pression sociale du groupe se fait trop forte pour t’empêcher de t’opposer à des comportements dégradants/violents/humiliants dont l’on souffre.

    On arrive alors à la question posée dans l’article de sharedwanderlust: pourquoi personnes ne s’oppose à ces comportements violents ? Peut-être, à mon avis, à cause du manque de liberté d’expresison qui caractérise ces groupes. On peut être attiré par certaines activités des BDE/BDS (socialisation, rencontre de nouvelles personnes, activités où l’on se lâche et on peut faire publiquement l’andouille). Mais sous prétexte que “quand tu participes, tu es consentant pour toute la chaine de bizutage, de A à Z” (ce que tu semble impliquer à la fin de ton commentaire), alors on évacue tout possibilité de prise de recul ou de regard critique qui permet de séparer les aspects que l’on soutient, et les moments qui vont trop loin, blessent des personnes ou que l’on juge dégrandants.
    Toute l’animation autour de cet “évènement facebook” et plus généralement de ces différents groupes et formes de bizutage des grandes écoles, c’est que “ça ne se fait pas” d’avoir une approche critique sur des activités qui sont présentées comme a priori “sans conséquences” et “juste pour rigoler”, mais qui dans bien des cas font violence à des personnes non consentantes.
    Et lorsqu’on arrive dans une nouvelle ville/ école, qu’on est jeune et pas forcément sûr de soi, c’est dur de pouvoir affirmer son sens critique si aucune possibilité n’est donnée à la personne de s’exprimer et de s’opposer individuellement : au delà de l’activité de groupe épanouissante pour ceux qui y prennent part, il y a la question du respect de l’individualité de chacun qui est bien souvent négligée. C’est ça, à mon avis le problème.

    Pour terminer sur un témoignage perso : j’ai participé à l’intégration, mais j’ai réussi à poser mes limites sur jusqu’où allait ma participation. Ça a été possible grâce aux respects des personnes qui m’ont bizutées et avec lesquelles j’ai été bizuté, ce qui fait que moi et mes amis l’avons bien vécue. Par la suite, j’ai fait parti de l’équipe du nouveau BDE. Si je l’ai fait, c’était pour la campagne BDE, m’amuser avec mes potes, avoir l’occasion de faire le con en amphi, mais jamais (autant que m’en souvienne) de façon violente ou au dépend d’autrui. Par la suite, lorsque nous avons eu à mettre en place l’intégration/bizutage de la nouvelle promo, j’ai participé à l’organisation (trésorerie/évenementiel) parce que l’année précédente m’avait permis de m’épanouir, rencontrer des gens et m’amuser, et que si la nouvelle promo pouvait en profiter, c’était tant mieux. Quand ça allait dans des directions que je ne soutenais pas (WEI, orgueil de grande école, cooulitude exacerbée), j’ai fait de mon mieux pour faire en sorte que notre BDE respecte ceux qui ne voulaient pas participer, et je suis parti quand je ne me retrouvais plus dans ce qu’on projetait. bref: je suis rentré dans le délire sans perdre mon esprit critique. Ça a été possible parce que les gens avec lesquels j’étais étaient tolérants.

  8. C’est dingue comment dans cet article, l’homme est vu comme un chien enragé, assoiffé de sexe en permanence, vicieux, monstre qui attend le bon moment pour pouvoir violer une pauvre misérable qui n’a rien demandé. C’est un scandale.
    C’est vraiment porter des oeillères et détester l’homme, “la bite humaine”.
    Les pauvres pompoms qui essaient juste de danser, victimes de leur tenue. On aura tout entendu.

  9. Bonjour.

    Ayant lu avec attention votre article, après avoir découvert l’affaire qui a “secoué” la vie de l’IEP de Toulouse (au moins sur le net), je tiens à apporter mon propre témoignage, étant moi-même un ancien (pas tant que ça) diplômé de cette école.

    Tout d’abord, sans dire qu’un “cap a été franchi” depuis les quelques années où j’étais encore à l’IEP, je dois reconnaître que de mon temps les soirées organisées par certaines associations n’avaient pas une aussi forte connotation sexuelle (au moins dans leur présentation). Je comprends que cela puisse gêner, voire choquer pour certaines personnes extérieures à l’école. Mais passé cela, il faut aussi voir ce qu’il y a derrière : le caractère “osé” de ces soirées, en particulier à l’IEP, ne dépasse guère l’affiche qui les présente. Et, je peux vous l’affirmer, comparées aux soirées d’autres établissements toulousains, les soirées iepiennes sont des repas de communion.
    Vous l’expliquez d’ailleurs vous-même : c’est un peu le rôle de certaines assos de jouer les beaufs de service en proposant des concepts chocs, voire crades.

    Maintenant je parle de ma propre expérience, ayant fréquenté pas mal de soirées iepiennes (surtout en 1ère et 2ème année comme vous), je dois dire que je n’y ai guère vu de choses sexuellement explicites. L’exception notable (de mon point de vue) étant le CRIT’, et encore à condition de chercher dans les coins vraiment sombres…

    Aussi, je dois vous avouer (sans remettre en cause votre bonne foi) que je suis plus qu’étonné lorsque vous faites état de “silence collectif” entourant certaines dérives sexuelles. En étant moi-même de toute bonne foi, je peux vous affirmer qu’en 5 ans d’IEP (disons 3 et 1/2 si on enlève mes stages à l’étranger), le “pire” que j’ai entendu est une rumeur de soirée chez une jeune 1ère année ayant tourné en “baisodrome” (où bien sûr je n’étais pas…) entre personnes consentantes. Et ayant moi-même fait partie d’une asso considérée comme une des plus “limites” de l’IEP, je pense avoir fréquenté ce qui se faisait de mieux dans cette école en matière d’alcoolo-tabagique depuis des générations, avec de jolies prestations (non-sexuelles celles-là) à la clé, qui ne sont pas prêtes d’être détrônées.
    Aussi quand vous faites état de relations sexuelles non consenties, là encore sans remettre en cause votre témoignage, je dois dire que je suis étonné. Pas suspicieux, juste étonné. Surtout dans ce “petit” IEP où tout se sait très vite. Les comportements auraient-ils tant changé depuis la poignée d’années que j’ai quitté cet établissement ? Je ne saurais le dire…

    Un autre phénomène intéressant est en effet les comportements “anormaux” que vous décrivez bien. Pour ma part, je dois reconnaître que j’ai toujours été stupéfait par les quantités industrielles d’alcool et de tabac que certaines personnes pouvaient ingurgiter au cours de soirées iepiennes ou privées, tout en ayant en dehors de ça une vie sociale normale et même (!) un certain succès auprès de la gente féminine iepienne…

    Tout ça pour en venir à quoi ?

    A ceci : ayant effectué en cursus complet à l’IEP de Toulouse, cette affaire et surtout les nombreux témoignages qu’elle a suscités sur le net m’amènent à m’interroger. Sans rentrer dans les détails car ce n’est clairement pas le sujet, je dois vous avouer que ma vie sexuelle lors de mon passage à l’IEP a été aussi trépidante que celle d’un moine Trappiste. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir fréquenté des soirées et d’avoir “tenté ma chance” auprès des mes camarades féminines d’établissement. Je considère pourtant ne pas être un sosie de Quasimodo, avoir une intelligence dans la moyenne de ce qui se fait pour les gens de mon âge, et même être de nature assez sympathique.
    J’aurais donc tendance, de ma propre expérience, à considérer que l’IEP de Toulouse est une école où “le cul ne se trouve pas aussi facilement” pour illustrer les choses simplement, qu’il s’agit somme toute d’un établissement plutôt “sage”, voire (oserais-je le dire ? Allez, oui) “coincé”. C’était du moins mon sentiment à ma sortie de l’école.

    Aussi, comme votre témoignage vient clairement chambouler mon impression générale sur cette école, toute une foule de questions me viennent à l’esprit :
    – L’IEP a-t-il tant changé en quelques années, quand bien même le pourcentage de filles par promotion y est de plus en plus élevé ?
    – Suis-je (par un mécanisme qui m’échappe) passé à côté de tous les événements “limites” pendant l’intégralité de mon cursus ?
    – Y a-t-il une “caste” d’IEPiens abonnée aux événements sexuels, dont je ne faisais pas partie à mon époque ?
    – Suis-je vraiment le pire dragueur de tout l’Hexagone ?

    M’exprimant en toute sincérité, comme vous dans votre article, j’aimerais avoir votre avis.

    1. Bonjour,
      Ton commentaire est long et soulève pas mal de questions auxquelles j’ai un peu la flemme de répondre, mais je vais essayer.
      Je ne sais pas comment étaient les soirées avant puisque ça ne fait que 5 ans que je suis à l’IEP…
      Je suis d’accord avec toi que d’abord les soirées de l’IEP sont plus “soft” en général que d’autres soirées (Médecine, pharma, véto d’après ce que j’ai entendu…). Mais c’est pas parce que c’est plus soft que c’est bien dans l’absolu.

      Ensuite, si tu as fait l’IEP, tu seras d’accord avec moi que dans le monde social, les représentations sont presque aussi importantes que les faits en eux-mêmes ; et dans mon analyse des choses sur ce sujet, les représentations (les images des assos, les attendus qui correspondent à certains rôles dans la communauté, comme pompom ou Goret) mettent en forme activement la réalité, comment on se parle, comment on réagit les uns envers les autres. Je parle de mon point de vue de femme et je ne parle que de ce que j’ai vécu, bien sûr.

      Ensuite, je pense que les expériences sont vraiment diverses. Je connais effectivement des gens qui ont été super chastes/frustrés pendant leur scolarité à l’IEP ; dans le même temps, je connais d’autres gens qui n’ont pas eu les mêmes pratiques.
      Le sujet n’est pas ici de se demander quelle “quantité” de sexe est pratiquée à l’IEP… à la lumière de ton commentaire et vu mon expérience personnelle, je pense que là aussi c’est globalement soft ; plein d’homogamie entre assos, entre groupes affinitaires, tout le monde sort avec tout le monde. Mon propos n’est pas de dire que c’est mal que les gens fassent du sexe, loin de là…

      Par contre, dans des évènements de l’IEP, que ce soit des soirées en cours d’année ou des évènements spécifiques, des “dérives”, il y en a.
      Par ta façon de parler, tu sembles être un mec. Peut-être que tes copines filles ne t’ont pas parlé de ce qui peut se passer (on arrive bien à intérioriser ça en général), ou que tu ne l’as pas perçu, ou que ça ne se passait pas dans ta promo (mais j’en doute honnêtement).
      Je suis désolée de t’étonner. Mais j’ai fait trois galas et à chaque fois j’ai pu constater de visu des trucs qui rétrospectivement me font bondir. Que les gens fassent des trucs en public, je m’en fous un peu. Par contre, quand je suis allée récupérer ma copine dans un buisson parce qu’elle était morte soûle et qu’un mec en avait profité pour se faire sucer, ça, ce n’est pas normal.
      Je pense que dans les soirées “en cours d’année” les choses ne vont pas aussi loin.
      À mon WEI de 2A, un type dansait avec une première année qui était elle aussi morte bourrée ; il n’a pas cessé de la faire boire et vers une heure du matin ils baisaient sur la piste de danse, alors qu’elle n’était même pas capable de se tenir debout.
      Dans la même soirée une copine vient me voir en larmes (complètement ivre aussi) en m’expliquant qu’un gars l’a entraînée dans un bungalow et qu’elle n’était pas en état de dire non, puis qu’il l’a mise à poil, jetée sur le lit, sorti une capote et hop là ! tout en la tenant pour ne pas qu’elle s’en aille. Elle a réussi à s’en aller en lui mettant un coup de pied.
      Au CRIT c’était tout ça aussi (j’ai fait deux CRIT) deux types sont venus voir une pote en lui proposant de faire un plan à trois dans leur chambre d’hôtel. J’ai mille histoires comme ça…

      Ces histoires ressortent plus quand on est entre meufs. La non-mixité aide la parole à sortir et on se met presque toujours à parler d’agressions à un moment (les agressions sont diverses, mais c’est vraiment rare de rencontrer une fille qui n’a jamais été sifflée, insultée, ou contrainte à faire quelque chose de non-consenti).

      Pour moi, les trois exemples que je viens de te raconter sont des viols. Je pense que si on en venait là, la justice considérerait ça potentiellement de la même façon.

      Les choses se savent, oui. Il y a des comportements qui mettent la puce à l’oreille, il y a des mecs dont on évite de s’approcher en soirée. Mais je n’ai jamais rencontré une seule meuf de l’IEP qui mette des mots là-dessus, sur ces viols, ces comportements dérangeants. Je me souviens d’un mec en particulier dont le grand jeu était de se mettre complètement à poil et de se coller aux gens ou juste de rester là à danser. On peut se dire que ça ne fait pas partie de “comportements sexuels non consentis” mais quand même, la plupart des personnes que je connais, ça a tendance à les mettre franchement mal à l’aise.

      Pour répondre à tes questions : je pense que plein de gens sont “sages” ou “coincés” à l’IEP. Je pense qu’on boit beaucoup beaucoup d’alcool dans les soirées et que ça n’aide pas à avoir des comportements respectueux.
      Je ne sais pas pour tes capacités de drague par contre.

      1. C’est quand même un peu dommage d’avoir la flemme de répondre aux commentaires non-trollesques. Je reconnais avoir beaucoup écris, mais c’était pour mieux situer ma pensée.

        Alors déjà pour lever toute ambiguité (si ce n’était pas déjà fait), oui je suis bien un “mec”. Je ne pense pas que ça ait tant à voir avec ma façon de parler.

        Quand je parlais de mon propre témoignage, je parlais bien évidemment de ce que j’avais vu ou vécu (ou en l’ocurrence, PAS vu et PAS vécu), je ne prétendais pas tout connaître de la vie de l’IEP, loin de là. Tu as sûrement dû te dire en lisant mon témoignage “il n’y a de meilleur aveugle que celui qui ne veut rien voir”. Mais je t’assure que ce n’est pas le cas. Encore une fois, je ne remettais pas en cause l’authenticité de tes propos, je tenais juste à décrire mon étonnement.

        Merci donc pour ta réponse longue (malgré la flemme). Et merci d’avoir apporté des précisions aux points sur lesquels je m’interrogeais. En lisant ton témoignage, je découvre une face bien sombre (une de plus) de l’IEP de Toulouse.

        Tout d’abord tu as raison sur un point, mon propre point de vue est sûrement altéré, d’une part n’ayant pas vu ou vécu des faits similaires à ceux que tu décris, et d’autre part étant un homme, à qui les filles ne se confient pas de la même façon. Je pensais connaître suffisamment l’IEP pour pouvoir affirmer des choses sur ce sujet. J’avais tort visiblement, je le reconnais.

        Sur les actes que tu décris, oui le mot “viol” est approprié, quoi qu’on en dise. Non ce n’est pas exagéré. Oui ça relève du tribunal. Et non il ne “suffit pas de” pour dénoncer un viol ou une agression sexuelle. On parle pas d’un vol de portable là. C’est infiniment plus traumatisant. Ce n’est pas une coïncidence si 10% seulement des viols sont dénoncés. Et on retrouve presque toujours le même élément au début de chaque récit : l’alcool. A se demander quelle est la solution. Davantage de prévention ?
        Moi qui ai étudié ça, on retrouvait exactement la même chose dans les comparutions immédiates pour les agressions physiques : 9 cas sur 10, l’alcool était incriminé. Comme si c’était une excuse pour tout. Le coupable parfait. L’agresseur devient une victime. La vraie victime ? Oubliée, passée à la trappe. Avec à la clé des peines souvent ridicules au vu des faits reprochés. Et pour les agressions sexuelles, ce n’est guère mieux. C’est même pire, paraît-il.
        Et après c’est toujours les mêmes excuses : “Elle a pas dit non”. Franchement y a des baffes qui se perdent (voire mieux encore…)..

        Plus généralement, bien qu’étant un homme, je suis stupéfait par la banalisation de certains actes de violence (sexuelle comme non-sexuelle) dans ce pays, et la forme d’impunité qui en découle. Je suis consterné de voir que ce genre de comportement se retrouve à l’IEP. Mais ça par contre pour l’avoir vécu je peux l’affirmer : exigez un peu plus de rigueur, un peu plus d’encadrement, un peu plus de civisme à l’IEP, et vous êtes tout de suite catalogué (si tu vois ce que je veux dire).

        Aussi je te pose la question sans arrière-pensée : quelle est la solution ? Comment prévenir ces dérapages ?

        Sur l’importance des représentations, je suis d’accord. Le problème c’est qu’on inverse les degrés de gravité. Sur l’exemple qui nous intéresse, on condamne la représentation (le thème de la soirée et l’affiche). D’accord, mais derrière, les véritables agresseurs sont-ils punis ? Les violeurs et agresseurs des faits que tu as décris ont-ils été inquiétés ?
        Il faudrait sûrement exiger un peu plus de sévérité pour les agresseurs, ça serait plus efficace que les débats sur les affiches.

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