Replay

Il est 22h. C’est vendredi. Je marche rue Pargaminières avec Copinette.

Si t’es pas de Toulouse, tu peux pas savoir ce que c’est, mais je t’explique : c’est une rue qui part de Saint-Pierre, la place toulousaine des bars étudiants (et donc, généralement, des gens cons et bourrés, et des bastons.). Là, il est 22h, et des gens bourrés, y’en a pas.

 

Je marche rue Parga en discutant avec Copinette. Il y a un mec qui nous mate. Il nous regarde de haut en bas (surtout Copinette) en faisant ce bruit avec ses lèvres que les mecs relous font quand ils veulent signifier à une fille qu’ils la trouvant à leur goût, un peu le même bruit qu’on fait pour appeler un chat des fois, un sifflement aspirant mou. Le mec dit un truc aussi, du genre “hé t’es bonne”, mais j’entends pas. Copinette lui a fait un “fuck” avec ses doigts. Et moi je le regarde dans les yeux et je lui fais un fuck, bien en face. On fait toujours ça, pour les relous. Moi la première. Le mec qui me prend pour un bout de viande, le mec qui croit qu’il a le droit de m’agresser verbalement , ou de se mettre physiquement sur mon chemin, tout ça parce que j’ai des seins, ou parce que je suis en short, il mérite juste mon doigt tendu, comme pour dire “Hé… Mets-toi le tien dans le cul, et reviens me parler ensuite…”. Ça me semble constituer une violence à peu près de la même catégorie que le matage/”t’es bonne”/”suce ma bite”/”salope”. Au moment où je fais ça Copinette me dit “C’est bon… Je lui ai déjà fait…”

J’ai pas bien eu le temps de réfléchir ensuite. Le mec s’est mis à crier vénèr’ quelque chose comme “Hé toi là ! Hé viens là ! Hé !” et j’ai continué à marcher. J’ai entendu courir derrière moi, je me suis retournée, et d’un coup ce mec était sur moi en me tenant les bras et en me hurlant dessus. Au vu de la situation et de sa réaction, je crois qu’il aurait bien voulu me tuer comme ça d’un coup. Je me suis mise à crier aussi, NON MAIS POUR QUI TU TE PRENDS CONNARD ? TU MATES PAS MA POTE COMME ÇA ! LÂCHE-MOI CONNARD ! Et en même temps que je criais il me criait dessus super fort, avec sa tête à deux centimètres de la mienne, KESTA À ME PARLER COMME ÇA TOI ! J’T’ENCULE ! J’T’ENCULE ! En postillonnant sur mon visage. D’autres trucs que j’ai pas compris ou que j’ai pas écoutés. Pendant ce temps Copinette était venue à ma rescousse en secouant le mec et en lui criant dessus pour qu’il arrête. Je me suis débattue, je lui ai mis des coups de pied dans les jambes. Ce mec me tenait super fort, il serrait et ça faisait mal, mais je m’en foutais, tout ce que je voulais c’était le frapper. J’ai essayé de dégager mes bras mais ça a pas marché. Il a tourné la tête pour crier sur Copinette et lui mettre un coup de coude, j’ai eu un sursaut de rage et j’ai hurlé “HO TU LUI PARLES PAS COMME ÇA ! TA GUEULE !” et je lui ai mis un coup de pied qui a un peu raté son tibia. J’ai la vision très nette de sa bouche immense, grande ouverte juste devant mes yeux pendant qu’il hurlait J’T’ENCULE ! en me tenant.

J’ai vu un groupe de gens à côté qui regardait tranquillement la scène, deux filles se faire mettre une pâtée par un grand mec bien baraqué sans rien dire. J’ai tourné la tête tout en me débattant pour leur dire “Euh, vous voulez pas venir nous aider là ? On est en train de se faire agresser” assez calmement, finalement. Personne a bougé. Ça a duré encore une quinzaine de secondes de hurlements de part et d’autre jusqu’à ce qu’un mec du kebab d’à côté vienne choper le gars et l’arrache. On est parties et j’ai continué à lui crier dessus pendant qu’il se débattait en voulant nous sauter dessus pour nous défoncer la tête. On a continué à marcher dix mètres et là, d’un coup, on s’est regardées et on s’est mises à rire, pliées en deux sur le trottoir défoncé. Et puis on a continué à marcher en tremblant un peu jusqu’à arriver là où on voulait aller.

Depuis, il y a une seule chose qui tourne en boucle dans ma tête. J’aurais dû lui mettre un coup de boule. J’aurais dû lui ruiner les couilles avec ma main. J’aurais dû lui mettre un coup de boule et lui casser le nez. J’aurais dû lui faire mal. J’aurais voulu courir vers lui en hurlant et qu’il s’en aille la queue entre les jambes. Je m’en veux tellement de pas l’avoir fait, d’avoir eu besoin d’appeler à l’aide, d’avoir eu besoin d’un mec, encore, pour le choper et l’éloigner de nous. Parce que la seule chose qui m’a empêchée de le faire, c’est mes bras tout mous, pas la peur.

J’ai un bleu sur le bras mais c’est un peu le cadet de mes soucis. J’ai la rage.

 

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