Lumière de la grisaille.

Il faut toujours regarder dehors.

A chaque fois que je regarde par la fenêtre, je vois des choses intéressantes qui se passent en bas, dans la rue. Pourtant c’est une petite rue tranquille où tout le monde a ses habitudes. Les retraités d’en face arrosent leur jardin le soir à dix-huit heures. Les voisins de gauche rentrent avec leur décapotable un peu plus tard. Le chat entre dans presque toutes les maisons avec des allures de propriétaire.

Et moi, je reste dedans. J’aime bien regarder le ciel. Aujourd’hui, c’est gris, tellement lumineux que c’en est éblouissant. Allongée sur mon lit avec une cigarette, je regarde le plafond, la tête vide. J’avais mal au ventre, alors j’ai pris des anti-inflammatoires au hasard, et maintenant, je plane un peu. C’est agréable, cette sensation de s’éloigner de son corps. Comme si l’intérieur de moi était fait de plumes.

ça fait longtemps que je n’ai pas mangé. Pas tellement que je n’aime pas ça. J’aime la nourriture, le goût des aliments et la palette infinie de sensations que manger procure. Seulement, tout ça me paraît incroyablement violent. Écraser ces choses entre mes dents pour les forcer à rendre leur jus, c’est faire usage de sa force brute sur un objet qui aurait vécu, sans vous, sa course normale, qui aurait exhalé ses parfums dans l’air, qui se serait lentement acheminé vers sa fin, sa péremption, en vieillissant glorieusement comme une femme. Je me demande, quelque part, si le goût de la nourriture n’est pas mieux caché à l’intérieur. Quand on sait le goût de la pomme, qu’on l’imagine, qu’on le recrée dedans soi, pourquoi vouloir violer cette boule parfaite de peau et de chair à coup de dents ? Je préfère les laisser vivre.

Et puis il y a quelque chose de grisant à contrôler son corps. Je décide de ne pas manger parce que j’aime bien la sensation de la faim, cette légèreté vertigineuse qui fait un peu tourner la tête.

Alors je regarde la rue. Je suis bien, ici. Perchée sur mon balcon, les jambes à l’extérieur, je surplombe la rue. Le vent fait voler ma jupe délavée et mes cheveux. Je pourrais être un personnage d’un film qui se passerait en Californie. Le vague à l’âme, les questions effilochées sur la direction à donner à sa vie et boire des bières dans des piscines vides, bleues comme le ciel.

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