Les lampadaires, les transports en commun et les cailloux cuits.

J’habite ici depuis trois mois. Trois mois. Quatre-vingt-dix jours. Deux mille soixante heures. Tu vois le truc.

Deux mille soixante heures au milieu des gens.

Attention, c’est pas que j’aime pas les gens, hein. J’aime les gens. J’aime m’asseoir dans le bus et regarder le cadre moyen avec son baladeur, la mère de famille qui organise son dîner du lendemain en parlant très fort au téléphone, l’ado en uniforme d’école qui essaie d’avoir l’air cool auprès de sa copine blonde sans seins mais avec gloss rose pétard. Je vois tout ça avec plein de tendresse.

J’aime les humains. Même quand ils ne connaissent pas l’usage du déodorant. Ce qui arrive aussi fréquemment dans les bus à Buenos Aires que dans le métro à Toulouse.

J’aime bien cette ville. J’aime bien les bus vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les kiosco (une sorte de mélange entre le bureau de tabac sans la presse et le mini-supermarché mais qui vend que des sucreries) aussi. J’aime bien la cuisine d’ici, la musique, la chaleur des gens qui t’appellent ‘amorcito’, ‘hijita’ ou ‘corazón’ quand tu demandes un renseignement dans la rue, même avec ma tête de punk ça marche. J’aime tout ça.

Mais voilà. Trois mois sans s’arrêter dans cette ville, c’est trop. Trop de bruit. Trop de lumière tout le temps. Trop de circulation qui ne s’arrête jamais. Les voitures. Les bus. Les trains. Les bruits des téléphones. Les klaxons. Les gens dans tous les sens, sans arrêt : les gens normaux, les gens qui ont de l’argent, les cartoneros qui trient les poubelles en poussant des chariots remplis de plastique, carton, trucs recyclables, trucs réutilisables, les vieilles Péruviennes assises devant leurs magasins de légumes qui pèlent, coupent, hachent, pèsent, rendent la monnaie, et la pollution sur leurs rides.

Faire attention à ton sac quand tu sors. Faire attention à tes papiers en boîte, si t’y vas. Faire attention à bien refermer la porte derrière toi, tout le temps. Faire attention à ne pas rentrer seule tard le soir.

Je rêve du désert.

Le vrai désert. Au nord de Buenos Aires, vers La Rioja, il y a un désert comme ça, on m’a dit. D’après les photos, c’est immense, sec, et surtout, il n’y a rien (tu me diras, c’est pour ça que ça s’appelle un désert. Au temps pour moi.). Il y a un peu des trucs quand même : des coyotes, des cactus et des buissons. Secs (les buissons, évidemment, pas les coyotes.).

J’ai envie d’aller là-bas.

Avec une tente, de l’eau, et absolument rien d’électronique. Rien. Pas de portable, pas de musique, pas d’appareil photo. Un carnet, des stylos, de quoi dessiner, un peu de bouffe mais pas trop. Des bougies pour le soir.

S’allonger sur le sol. Sentir le froid de l’air. Mettre un pull. La pierre qui te rejette la chaleur de la journée dans le dos. Voir les étoiles. Être juste seul avec l’immensité -et les cactus-.

Voir les étoiles au milieu des cailloux cuits.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: