“Avec nos failles, nos lacunes, nos carences, avec nos fights, nos rancunes, nos caresses…”

Yo à vous,

Une brève apparition ici pour vous faire partager ma nouvelle obsession musicale, NRBC. Un groupe de rap/hip-hop de camarades, des boucles dark et efficaces, et surtout des putains de paroles qui font mouche à chaque fois.

Je les ai vus à Toulouse au printemps derniers (sacrés “révélation hip-hop 2014” par concert ou pizza, quand même). C’était la claque, click click, une heure et demie d’intensité, de jeux de mots qui percutent, de paroles qui défoncent, d’envie de tout cramer, de frémissements révolutionnaires, mais aussi de rires, de soulagement de reconnaître des réalités à moi/nous dans des paroles d’autres que je connais à peine, d’envie de prendre les potes par la main et de continuer à avancer comme ça.

Les sons arrivent au compte-goutte sur leur page, mais les deux qu’il y a pour le moment me font vraiment un truc, dont celle-ci :

Cette chanson me fait un truc d’amitié, de potes, d’amour, de comment on va pas bien à plein de moments parce que le monde dans lequel on vit marche pas bien, parce qu’on est enfermés ici sans presque rien pouvoir faire, mais de comment quand même certains d’entre nous, et j’en fais partie, avons la chance de se prendre par la main et c’est déjà pas mal. Que quand on se gratte la peau, de rage, à en saigner, on sait qu’il y a des gens qui comprennent, au moins. Qu’on peut se poser, boire des cafés, avoir la rage, se saisir quand tout devient trop fort et que les flics, l’angoisse, la ville, tout se fond dans nous et dans notre capacité à être ensemble pour affronter tout ça. Et putain ça fait du bien.
Merci d’être là les poteaux.

Biphobie et identification bie

Ça, c’est bien, alors tu lis, tisuite. Après tu comprends pourquoi je suis fâché. Tout le monde est content.

Déclaration de grève

J’en suis pas au stade où je dis que je ne viendrai plus, mais il y a des points de vue super intéressants dans ce texte à propos du “milieu tpg”.

Pretty Lilith et L'ailleurs

Je ne viendrai et ne resterai plus dans les espaces TPG.

J’en ai assez.

Je ne viendrai plus.

Je ne viendrai et ne resterai plus dans des espaces qui amalgament identité de genre et orientation sexuelle (comme le fait la culture mainstream).

Je ne viendrai et ne resterai plus dans des espaces qui font de mon identité de genre une orientation sexuelle, dans leur énoncé.

Je ne viendrai et ne resterai plus dans des espaces où mon identité de genre invisibilise ma sexualité, mes préférences, mes désirs.

Je ne viendrai et ne resterai plus dans des espaces où ma sexualité invisibilise mon identité de genre.

Je ne viendrai et ne resterai plus dans des espaces où je ne serais jamais vue en tant que gouine ou pédé parce je suis vue en tant que trans.

Je ne viendrai et ne resterai plus dans des espaces où je ne serais jamais…

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Aide-moi et des chatons pleuvront sur ta tête avec des paillettes et des bisous.

Je fais actuellement face à un procès en pénal… pour une histoire bizarre et un peu ridicule.

L’histoire : J’ai bossé dans une entreprise de restauration en 2011.
En 2012 un article à propos de cette entreprise est sorti dans la Dépêche (version en ligne). J’ai commenté là-dessus en parlant des conditions salariales qui étaient affreuses (pas de pause, harcèlement sexuel, licenciement abusif, etc…), et mon ancien patron a porté plainte contre X pour diffamation.

C’est une longue histoire mais j’ai fini par être retrouvé par mon adresse IP, et donc, le procès est ce lundi, le 15 septembre, à 14h au Tribunal de Grande Instance de Toulouse (métro Palais de Justice).

Je suis soutenu par trois copines qui bossaient dans la même boutique et qui témoignent en ma faveur. Ça c’est chouette, mais évidemment, on ne connaît pas l’issue du procès.

Cette affaire croise plein de problématiques : des trucs de liberté d’expression sur Internet, des trucs de lutte salariale et de droits syndicaux, des trucs féministes.

Quand j’ai reçu les premières convocations, je ne connaissais qu’un seul avocat, qui est spécialisé dans les libertés sur Internet. Il est bon, mais il ne prend pas l’aide juridictionnelle, (par contre il me facture 150€ de l’heure au lieu de 200).

J’ai déjà payé plusieurs factures tout seul mais là je n’ai plus d’argent et je lui dois 300€ d’une récente facture.
En plus de celle-là, il y a aussi la facture de l’huissier (environ 300€) pour les citations au tribunal, les convocations de témoins qui témoignent en ma faveur (on doit payer pour que l’huissier leur adresse une convocation afin que le juge les entende)…
Depuis début septembre, mon avocat a passé plusieurs heures sur le cas pour préparer le procès ; il m’adresse aujourd’hui une facture de 825€ hors-taxe.
Bref, tout ça ça représente pas mal d’argent, et je suis un peu coincé.

Du coup, j’ai fait une page GoFundMe pour que les gens qui le souhaitent puissent m’aider à financer les frais de justice.

La page a été lancée hier et il y a déjà 700€ dessus, ce qui représente à peu près la moitié des frais de justice que je dois payer. Je suis extrêmement touché du soutien que j’ai reçu dans cette affaire ; je tiens à remercier ici toutes les personnes qui ont partagé ce lien sur les réseaux sociaux, toutes les personnes qui en ont parlé, tous ceux qui ont donné de l’argent… Il reste 700€ pour arriver au total. Je suis sûr qu’on peut arriver à ça assez rapidement en continuant à partager cette page. Le moindre euro aide, même 3€… N’hésitez pas et je vous couvrirai de louanges, promis.
Si vous avez des questions sur l’affaire ou le procès, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à commenter sur cet article.

Merci à tous et toutes pour votre soutien.

[de chez Pixellibre]

Bon alors je viens de voir passer ça et c’est suffisamment intéressant pour que je reposte ici, en partie pour les coupainEs du libre et à propos de comment on est merdiques pour ramener des gens dans nos communautés, ou rendre nos communautés accessibles aux gens, des fois.

Original disponible ici.

 

 

Récemment, Barbayellow sortait un (bon) billet de blog qui a démarré un bon « débat » dans la « twittosphère » : pourquoi, la sécurité, bah… ça marche pas.

Dans ce billet, il explique que la communauté des développeurs et des experts doit s’adapter au besoin et non l’inverse. Dans son cas, ce sont ces communautés qui doivent s’adapter au journalisme et non aux journalistes de devenir des experts en sécurité et des administrateurs réseau en puissance.

Il rajoute d’ailleurs que ça n’arrivera jamais, et, non sans un certain regret, je dois admettre qu’il a raison.

Je voulais détailler mon point de vue, d’où ce billet. D’avance, je vais m’inclure dans ces communautés, mon intention n’étant pas de tirer sur des gens et de m’en exclure, puisque cette adaptation me concerne également.

Notre communauté a un problème : elle reste dans un petit monde, un petit cercle qui, bien qu’il soit extrêmement ouvert d’esprit, est relativement fermé, et ce pour plusieurs raisons.

La première est assez légitime : la méfiance. Quelqu’un qui débarque « comme ça » sera forcément observé, ce qui ne plait pas à tout le monde. Dans l’univers du hacking, de la sécurité informatique ou de l’(h)ac(k)tivisme, il y a toujours de la paranoïa, plus ou moins présente selon les groupes de ces communautés, plus ou moins justifiée, mais toujours.

La seconde est déjà moins sympathique : la fierté, l’élitisme, je considère que c’est une plaie. Et c’est principalement de ça que nous allons parler.

Nous sommes curieux, exigeants, nous avons l’envie d’apprendre, nous avons la motivation, chacun à notre rythme, à notre niveau. Nous avons parfois le temps pour nous planter. Nous avons le luxe de nous le permettre car, à de rares exceptions, cela ne met pas en péril une personne, une vie, une information sensible. Nous pouvons recommencer encore et encore puis réussir, créer, nous documenter sur des manuels tellement intelligibles qu’un profane aurait l’impression de voir un programme de Canal+ ou un écran de la Matrice. Rien que le fait de voir un terminal, ça fait peur à beaucoup. D’ailleurs, rien que de prononcer le terme terminal, mine de rien, c’est déjà quelque chose.

Allez, sérieusement, allez voir des gens « au hasard » et demandez-leur ce que c’est. Voilà. Bref, revenons-en à nos octets…

L’élitisme, donc. « Je sais que je sais, et toi, je sais que tu ne sais pas. Je t’explique, et si tu ne comprends pas alors t’es un N00b », « J’ai eu personne pour apprendre, RTFM » sont des réponses qui calment les gens, sérieusement.

On ne peut pas rester ainsi éternellement si on veut qu’un jour, les efforts que nous faisons marchent. On ne peut pas rester dans notre petit milieu, à envoyer promener les gens parce qu’ils ne comprennent pas assez vite, ou pas du tout.

Des personnes, peut-être pas vous hein, ne vous sentez pas pris pour cible, ont ce comportement-là. Et les conséquences de ce comportement sont nombreuses, l’information reste dans un cercle de gens qui « savent », les autres peuvent se sentir rejetés, ou pris de haut, méprisés, démotivés, ce comportement, c’est un répulsif efficace.

Bref, si nous sommes une communauté ouverte, nous sommes une réelle communauté ouverte, pas uniquement sur le papier. Cela demande du temps, de l’implication, de l’adaptation de la pédagogie et de l’andragogie, les gens doivent se questionner pour comprendre, leur servir la connaissance, ça ne fonctionne pas.

Revenons-en au cas de Barbayellow : la protection de la vie privée, de l’intimité, le contournement de la censure, est freiné par les exigences demandées pour y arriver, qui se résument à la chose suivante dans l’exemple : être administrateur système.

Ça fait mal à lire, mais c’est vrai, nous accusons un cruel manque de pédagogie, de volonté, de capacité à transmettre l’information…

Nous manquons de pédagogie pour les points cités juste avant, je ne reviendrai pas dessus.

Nous manquons de volonté car entre utiliser un programme et expliquer un programme, il y a un gouffre énorme.

Enfin, nous manquons réellement de capacités d’adaptation. Tous, ou presque. Il y a une différence phénoménale entre comprendre quelque chose et être capable d’expliquer quelque chose et, désolé d’avance, si beaucoup comprennent comment fonctionne telle ou telle chose, les gens capables d’expliquer comment ça fonctionne, à n’importe qui, je les compte sur les doigts d’une seule main.

Il faut s’adapter en permanence, accepter que la personne ne comprenne pas, faire l’effort d’aller vers elle, de reprendre ses termes, son cadre de référence, pour la comprendre et pour réussir à transmettre le savoir.

L’exemple est parlant, n’est-ce pas ? (Merci à fo0_ pour l’exemple bien trouvé)

Pour Barbayellow, ça passe par une simplification de ce qu’on appelle l’interface utilisateur. Il faut qu’elle soit claire, simple, compréhensible afin de toucher un public large.

C’est là où le bât blesse, pour l’instant et selon moi. Utiliser GPG, TOR, Jitsi ou LinPhone, c’est tout sauf aisé pour un utilisateur Lambda. Les interfaces s’améliorent certes, mais il reste énormément de travail à faire.

Il en reste beaucoup en partant de la même base : les interfaces doivent s’adapter aux utilisateurs et non l’inverse. Si, pour « nous », c’est ce qui s’est passé, c’est parce que nous le voulions bien et parce que des choses nous semblent évidentes, sauf que nos évidences ne sont pas celles des autres.

Oui, il y a des gens qui refusent d’apprendre, et d’autres qui ont juste besoin que le programme fonctionne, et qu’il fonctionne bien parce qu’il va gérer des données sensibles, il y a des gens qui ne veulent qu’utiliser un programme, sans forcément chercher à savoir comment il fonctionne parce qu’ils n’en ont tout simplement pas besoin. Les journalistes sont journalistes, pas administrateurs réseau, c’est vrai. A ce titre, il faut leur fournir des outils quasiment « clefs en main », sans pour autant oublier celles et ceux qui veulent comprendre. Il faut donc de la documentation, claire et adaptée, dans plein de langues car tout le monde ne parle pas anglais, tout le monde ne comprend pas forcément un manuel, tout le monde n’a pas « la bonne » logique.

L’interface doit donc être simplifiée, sans induire un manque de réflexion, sans induire une infantilisation de l’utilisateur : TextSecure, une application qui permet d’envoyer des SMS chiffrés, est une bonne démonstration : elle protège vos SMS, l’envoi et la réception de ces messages-là dans certains cas et, pour autant, elle n’infantilise personne, les menus de configuration sont assez poussés et pourtant, le programme est très simple d’utilisation, ce qui contribue d’ailleurs à une adoption plus rapide et plus massive de cette solution.

Nous ne pouvons pas demander aux journalistes d’être des administrateurs réseau et, quitte à pousser la réflexion jusqu’au bout, si nous leur demandons de l’être, alors nous devons être des « formateurs-communicants-développeurs-rédacteurs-whatever », sauf que c’est pas le cas. Comment demander quelque chose à quelqu’un alors que nous même ne remplissons pas le critère ?

Chacun a son propre métier, son propre cadre de référence et refuser de l’admettre, c’est se condamner à un flagrant manque d’adaptation. Je parle en connaissance de cause, mon métier consiste à s’adapter à n’importe quel profil, technique ou non, intéressé ou non, avec des gens qui n’ont pas le choix et qui doivent être capables de se servir de tel, tel ou tel logiciel très rapidement.

Au final, c’est un tout, dont Okhin a déjà parlé à Pas Sage En Seine : nous devons sortir de notre petit monde, arrêter d’espérer qu’un jour les utilisateurs s’adapteront à nos technologies, prendre les devants et aller « sur le terrain », au contact des utilisateurs, adapter nos ressources, documents, manuels x ou y, interfaces, nous ouvrir vers l’extérieur…

Ça me tue de l’écrire mais, si Skype est énormément présent et qu’il est très difficile de motiver quelqu’un à le quitter, c’est parce qu’il est facile à configurer, que l’interface est assez « sexy » et que « ça marche », au mépris des dangers, de la surveillance, de tout plein de choses que je connais déjà, pas la peine de me les rappeler ici.

Encore une fois, ceci n’est que mon point de vue. Cependant, pour voir et entendre chaque jour des centaines de personnes, je peux affirmer qu’il n’est pas totalement à côté de la plaque. Tout le monde n’a pas envie d’apprendre, de passer des heures interminables à configurer un logiciel qui fait ce qu’un autre fait en trois clics. D’autres ont besoin de solutions sans forcément avoir le niveau technique requis pour les comprendre… qu’allons-nous répondre ? De revenir dans trois ans, une fois le niveau nécessaire acquis ?

Evidemment, il y a aussi des aspects négatifs : la diffusion massive d’un logiciel l’expose à plus de dangers parce que le logiciel devient une cible plus intéressante, plus une interface est simplifiée et plus le travail pour la simplifier est énorme, plus il y aura donc de développement, et c’est un facteur à prendre en compte.

J’arrête là, mais nous pouvons en parler (oubliez Twitter, c’est hors de question, on ne débat pas sur Twitter). Le débat peut s’installer dans les commentaires si vous voulez, mais ne vous tapez pas dessus, ça serait bien.

Bien sûr, le problème ne vient pas que des administrateurs et des développeurs et de nos communautés, mais il est en grande partie lié à tout ceci et au narcissisme dont nous faisons preuve.

Les utilisateurs finaux devront toujours chercher, se renseigner, ça ne changera jamais, vraiment pas. Pour autant, ils le feront avec des outils adaptés à eux, ce qui sera beaucoup plus efficace. Il va sans dire que si ces utilisateurs ne font aucune démarche, cela ne changera rien, jamais rien.

Brèves de récolte

Récolte des abricots, Drôme, juillet 2014.

Une discussion dans les rangs sur l’exploitation animale. En face de moi, des carnistes convaincus.

Moi : “- Le lait de vache, c’est quand même pas super bon pour la santé, finalement. C’est mieux de le laisser aux petits veaux, c’est plus adapté pour eux. En plus, quand tu regardes comment c’est foutu l’élevage pour le lait, c’est vraiment horrible pour les veaux…

Elle : – Mais si t’as un bébé, tu fais comment pour le nourrir ?

Moi : – Tu peux l’allaiter, non ?

Elle : – Mais si t’as pas de lait ?

Moi : – Ben il y a des personnes qui donnent leur lait quand elles en ont trop, c’est possible de nourrir un bébé sans lait de vache.

Elle : – Ah mais non mais c’est pas possible. Je veux pas que mon enfant boive du lait d’une femme que je connais même pas !

Moi : – Et qu’il boive du lait d’une vache que tu connais pas, ça te dérange pas ?

Elle : – Ah mais c’est pas pareil !

Moi : Ah…”

 

Débat sur la viande.

Elle “-Mais on a toujours fait comme ça, c’est une question de culture ! Et puis les animaux sont tués humainement, on fait attention à ne pas leur faire de mal. Peut-être qu’ils sont contents de mourir pour qu’on les mange, finalement !”

Plus tard, un débat sur l’avortement dans les rangs.

Elle : – Ah mais pour moi l’avortement c’est tuer son bébé. C’est criminel. Je comprends pas les femmes qui font ça. Elles devraient pas avoir le droit.

 

C’est la règle

“Je veux être bien claire. J’ai écrit ce poème pour une raison bien précise. J’ai une fille de 13 ans. C’est important à mes yeux que je mette chaque morceau de mon expérience, quelle que soit la sagesse que j’en aie récoltée, chaque bout de ma colonne vertébrale, pour elle, pour la soutenir, pour lui offrir une langue qui l’enlève et la maintienne.

Cela dit, il y a pour moi une conversation nécessaire qui vise à miner la honte qui arrive à certaines filles à propos des règles. J’ai eu cette expérience, de commencer mes règles en [cinquième], des garçons qui avaient compris que j’avais mes règles. Et c’était quelque chose, j’allais en cours avec la main levée genre “Je dois aller aux toilettes maintenant” et ils disaient “Tu as tes règles, non ?”. Vous voyez, ce genre de trucs stupides.

Et donc ma fille a ses premières règles et elle est choquée et sort des toilettes avec une tête de six pieds de longs, comme si elle était morte ou un truc comme ça, et je voulais empêcher ça. Donc on a fait une fête des règles, ma maison décorée en rouge, tout le monde habillé en rouge, de la nourriture rouge, boissons rouges. C’était super.

[Applaudissements]

C’était super. Tout était rouge. J’ai adoré. Donc c’est comme ça que c’était et c’était merveilleux. Et ensuite, je suis allée à Austin, Texas, pour Women of the World, elle m’a envoyé une capture d’écran d’un tweet et en 140 caractères, un idiot a sapé mon héritage. Ceci est ma réponse aujourd’hui à ce que je viens de décrire. Avec plaisir.

Le type sur Twitter dit “J’étais en train de faire du sexe avec ma copine quand ses règles se sont déclenchées. J’ai immédiatement largué cette chienne.”

Cher idiot sans nom sur Twitter : tu es la raison pour laquelle ma fille a pleuré des larmes funèbres quand elle a commencé à avoir ses règles. Le deuil soudain que toutes les jeunes filles ressentent après leur extraction de l’enfance et leur introduction dans une réalité avec laquelle elles n’ont pas le choix, toi et ton dédain pour ce que peut faire le corps d’une femme*. Voici venir une leçon d’anatomie colorée de politique féministe parce que je te hais.

Il y a quelque chose appelé l’utérus. Il se renouvelle à peu près tous les 28 jours, ou dans mon cas tous les 23 jours, j’ai toujours été en-dehors des cadres. C’est la leçon d’anatomie, je disgresse.

La partie féministe, c’est que les femmes savent comment lâcher prise, comment laisser quelque chose qui meurt lâcher le corps, comment se renouveler, comment se régénérer, comment croître et décroître, pas si différemment de la lune et des marées, qui toutes les deux influencent comment tu te comportent, je disgresse. [rires]

Les femmes ont des vagins qui peuvent se parler entre eux et je veux dire par là que, quand nous sommes avec nos amies, nos sœurs, nos mères, nos cycles menstruels se synchronisent, nom d’un chien. Mon propre utérus est très influent, tous les gens que j’aime savent saigner avec moi. Garde ça en tête, il y a une métaphore dedans. [Applaudissements]

Garde ça en tête. Mais quand ta mère t’a porté, l’océan dans son ventre est ce qui t’a construit, ce qui t’a rendu possible. Tu l’avais sous ta langue quand tu es passé à travers sa peau, mouillé et haletant de la chaleur de son corps, ce corps et son mécanisme dont tu te moques à présent sur les réseaux sociaux, ce corps, qui t’a enveloppé dans tout ce qu’il avait de miraculeux, et qui t’a chanté des comptines entrelacées de plaquettes, sans qui tu n’aurais pas du tout de compte Twitter crétin, je disgresse.

Tu vois, c’est possible que nous connaissions mieux le monde par le sang qui visite certaines d’entre nous. Il interrompt nos jupes blanches préférées, et s’incruste sans être invitées à nos dîners mondains, le sang fait ça, c’est la règle. Il vient quand on n’est pas préparé, le sang fait ça, c’est la règle. Le sang est la plus grande sirène, et on comprend que le sang ne se comporte pas comme on l’attend, il n’attend pas le feu vert, ou un panneau de bienvenue sur la porte. Et quand tu vis avec du sang, encore et encore, comme on le fait, quand il revient toujours, eh bien, ça fait de toi une guerrière.
Et même si tous les bons généraux savent qu’on ne discute pas de ses plans de bataille avec l’ennemi, laisse-moi te dire ça, crétin sur Twitter, s’il y a le moindre équilibre dans l’univers, tu sera béni, tu enfanteras des filles. Béni.
Étymologiquement, bénir veut dire faire saigner. Tu vois, maintenant c’est une leçon de linguistique. En d’autres termes, le sang parle, c’est le message, reste avec moi. Tu vois, tes filles t’ens[ai]gneront ce que tous les hommes doivent un jour apprendre, que les femmes, construites de magie de clair de lune et de macabre, te feront rencontrer le sang. Nous en mettront partout sur les draps et sur les sièges de voitures, nous ferons ça. Nous te ferons rencontrer nos entrailles, c’est la règle, et si tu es aussi peu préparé que nous le sommes quelquefois, tu en auras partout et la tache restera pour toujours.

Alors, à ma fille : si n’importe quel crétin se comporte mal avec la géographie sauvage de ton corps, la façon dont il produit un courant rouge comme toute bonne sorcière, tout bon loup, eh bien saigne, mon amour. Donne à ce sang un nom biblique, quelque chose de pierre, de chaux. Donne-lui le nom de la première rébellion d’Ève dans le jardin, donne-lui le nom de la dernière petite fille qui a subi des mutilations génitales à Kinshasa, et c’était ce matin. Donne-lui autant de syllabes qu’il y a de viols sans plainte.

Donne à ton sang le nom de quelque chose de saint, quelque chose de féroce, quelque chose d’innommable, quelque chose en hiéroglyphes, quelque chose qui produit le son de la fin du monde. Nomme-le pour la guerre entre tes jambes, et pour toutes les femmes qui, pour une fois, auront un nom, ici. Saigne, juste saigne, fais goutter ton écriture impossible sur tous les meubles. Saigne, et saigne, et saigne sur tout ce qu’il aime. C’est la règle.”

 

Traduit depuis le slam “Period Slam” de Dominique Christina, en anglais ici :

 

*Comme d’habitude sur ce blog, je dissocie genre et sexe. Toutes les femmes n’ont pas d’utérus, toutes les personnes qui ont un utérus ne s’identifient pas comme des femmes.

Harcèlement encore une fois

J’ai publié ce texte il y a quelques jours sur mon tumblr et il a été reblogué plein plein de fois alors je me disais qu’il y avait peut-être des gens ici à qui ça parlerait.
 

Alors voilà.

Lundi j’ai des copains que j’héberge. Alors je vais chercher des bières à l’épicerie de nuit. Il y a des types dehors. Un qui me propose “Hey miss, tu me ramènes chez toi j’ai pas de maison”. Je dis non. Il me rebranche direct. Je lui jette un truc du genre “Qu’est-ce qui te fait penser que je suis intéressée ?”. Et là boum. Sale pute, sale chienne. Je monte sur mon vélo. La fille qui est avec eux rigole. Je lance un “crève !” bien senti. Ils me poursuivent en courant. “Assois-toi sur ton vélo ! Sans la selle !”. Autres trucs que j’entends pas. Mon coeur bat trop fort. Je monte la côte en bourrinant sur mes pédales. Je déraille, heureusement trop loin d’eux, ils ont lâché l’affaire.

Hier je sors en ville avec des potes. Je dois aller chercher quelqu’un à la gare. Je suis en jupe. J’avais pas prévu de passer du temps en ville toute seule. En même temps pourquoi le fait de passer du temps en ville seule devrait influer sur ma tenue. Donc je vais chercher cette personne à la gare mais son train a du retard, alors je rentre chez moi. Je me fais aborder peut-être une dizaine de fois. Pas le courage de répliquer, surtout que je suis fatiguée et que je me sens physiquement pas forte et pas trop le moral non plus. Je rentre chez moi en ayant peur qu’il y en ait un caché à un coin de rue, je suis toute seule et la rue est déserte et si ça arrive je sais pas comment le gérer.

Alors voilà. Il y a plein de gens qui me disent qu’ils me trouvent forte et que j’ai un peu la classe dans ce genre de soucis. Effectivement j’ai une grande bouche et je me prive pas de l’ouvrir quand ça peut faire fuir les relous.

Tout à l’heure une discussion avec mon partenaire où je lui parle de ça et où on parle de comment on peut faire quand on subit ça. Il dit tu sais, généralement, les mecs comme ça sont pas très malins, il suffit qu’ils aient plus peur que toi, qu’ils voient dans tes yeux que t’es prêt à leur casser le nez.

Et je dis oui, je veux bien moi, je veux bien leur casser le nez, mais je sais pas ce qui pourrait se passer ensuite. S’ils deviennent plus violents et que je me fais tabasser, ou violer ?

Et je me rends compte qu’en fait, j’ai peur, j’ai si peur. Je sais pas s’ils se rendent compte ces types qui nous parlent dans la rue à quel point ils nous font peur. À quel point sûrement pour eux c’est un jeu et pour nous pas du tout. À quel point on a peur pour nos vies ou pour notre sécurité physique souvent. La semaine prochaine je commence l’autodéfense et ça va être bien. Mais j’aimerais savoir comment gérer la tristesse qui me monte au nez quand je me fais aborder pour la millième fois.

 

 

Résiste !

[UUUUUUPDATE : une gentille personne nous a fait remarquer que la résolution de la version imprimable était infâme. L’erreur est corrigée, et vous pouvez désormais télécharger la version imprimable avec une bonne résolution pour pouvoir l’imprimer et le diffuser partout.]

 

Un fanzine pour lutter contre les dominations mentales dans les milieux TransPédéBiGouine/Queer/Féministes.

Une version imprimable : Résiste !

Une version e-zine : Résiste !

 

Enjoy !

 

 

 

 

Esthétique

J’ai récemment rencontré une jeune femme esthéticienne qui se destine à exercer son métier dans un but social, “pour les femmes violées et battues qui n’ont plus de confiance en elles”.

Alors j’ai écrit.

 

 

Comment osez-vous

Présumer ces choses-là

Penser que si

J’ai été violée, frappée, manipulée,

C’est à vous de me dire violée, frappée, manipulée

Comment osez-vous mettre vos mots sur mon histoire

Comment osez-vous décider

Qu’avec une couche de maquillage

Ça ira mieux

Que je “reconstruirai mon identité”

Si vous appliquez du vernis sur mes ongles

Que je ne sais pas faire seule

Que j’ai été détruite et que vos cosmétiques

Répareront ce qui a été cassé

Comment osez-vous présumer

Que ce qui me rendra à moi-même

Est la cire chaude qui arrache mes poils

Comment osez-vous penser

Que le seul but de mon parcours

Est d’être le plus conforme possible

À ce que vos normes ont décidé

Maigre, rose, lisse, camouflée, sans ride, sans fissure

Comment osez-vous me faire rentrer

Dans ce que vous pensez être l’idéal pour moi

Sans même me demander