Voyage voyage, plus loin que la nuit et le jouuuuur…
Entre deux heures où je fais semblant d’apprendre comment se redéploie la puissance publique (dans la douleur et les cris, apparemment), je retranscris ici un texte trouvé dans un fanzine lui-même trouvé dans une caisse*. La caisse je l’ai trouvée dans une péniche et la péniche sur la Garonne, c’était dans un concert de surf-punk qui se situait environ à six heures de sommeil de mon oral d’anglais, mais ça valait le coup. Juste pour voir Copinette secouer ses cheveux dans tous les sens comme une sorte de Marilyn Manson en jean moulant.
Donc ce texte parle de voyage et je pense que ça peut toucher pas mal des gens qui lisent ce blog. Je suis pas forcément d’accord avec tout ce qui est dit ou la manière dont c’est formulé mais il me semble que ça peut nous fournir de quoi cogiter un peu, nous qui avons la carte bleue, la bonne couleur de peau et surtout la bonne conscience.
“Encore un été à suffoquer à Grenoble. Certain-e-s vont partir au Mexique ou au Portugal, d’autres vont partir en Californie, en Norvège ou au Chili. Pendant au moins deux mois, l’activité politique dans ma ville est ralentie, sinon arrêtée (enfin ça déend des quartiers). Et moi je suis là, au 6ème étage des Pervenches, volontairement scotché entre les montagnes, à ruminer tout ça… Le plus loin que je vais aller cet été, c’est la Meuse pour le Hippiepest. Et le plus loins où je sois allé dans ma vie, c’est la Guyane, département colonial de notre beau pays, en donnant 900 euros à Air France pour rester deux semaines. Très naze et très bien à la fois. J’ai pas envie de “voyager”. Dans les lignes qui suivent, je vous inflige donc quelques ronchonnades argumentées.
Mais… quoi ?
Mais d’abord, qu’est-ce qu’on entend par “voyager” ? C’est clair qu’entre sillonner le Poitou-Charentes en stop et prendre l’avion pour aller skier dans la neige artificielle de Dubaï, il y a un gouffre. N’empêche que de nos jours, “voyager” fait le plus souvent référence à un déplacement rapide, voire ultra-rapide, et pour le coup ultra-polluant. Une sorte de téléportation, durant laquelle les paysages défilent si vite que, le nez collé à la vitre, on en oublie les hectolitres de kérozène ou le nombre d’ouvrier-e-s qui ont construit l’autoroute. Tout juste si on a le temps de voir les changements dans les paysages. T’as déjà fait la sieste dans le TGV ? Tu fermes les yeux à Marne-La-Vallée et tu les rouvres en plein coeur de la Provence. Et je parle même pas de l’avion. Y’a un côté instantané dans cette manière de se déplacer qui me dérange bien plus que tous les décalages horaires.
Mais… qui ?
Mais au fait, qui t’es pour pouvoir te permettre d’aller où tu veux sur la planète sans emmerdes ? Un-e habitant-e d’un pays riche, avec sûrement la bonne couleur de peau, un compte en banque solvable, des papiers qui plaisent aux douaniers, et un capital culturel qui te rend assez culotté pour prétendre chercher à rencontrer “l’autre” et ses “différences”. Sinon tu “voyagerais” pas, tu “migrerais”, c’est souvent moins confort. Les “autres”, celles et ceux qui ne voyagent pas, c’est-à-dire la majorité de la population mondiale, sont condamné-e-s à servir de figurants pour des excursions pittoresques de Club Med. Et la mode des voyages éthiques-bio avec vraies rencontres de la vraie population ne fait qu’aggraver ça. Une bonne part de la propagande des agences de voyages consiste d’ailleurs à nous faire croire que la mobilité est partagée par tout-e-s, qu’on ne fait finalement que créer des liens entre individu-e-s politiquement égaux. Comme dans cette affiche pour un vendeur de séjours tout compris où on voyait deux personnages de dos, un homme d’affaires et un touareg, l’un dans un quartier d’affaires et l’autre au milieu du désert, tous deux reliés par un ruban rouge reprenant le logo de l’agence de voyages. Connerie ignoble. Qui a le pouvoir d’aller serrer la main de l’autre et de rentrer chez lui quelques jours après ? Quels rapports peut-on crér avec des gens qu’on aborde à peine et qu’on prend en photo sur un autre continent alors qu’on fuit les conversations avec nos voisins ? Je ne peux pas m’empêcher de penser que le “voyage” n’est que la continuation de la colonisation. Comment peut-on “voyager” en Afrique en étant blanc et riche ? J’ai eu de longues dicussions avec un très bon pote à ce sujet, mais pour moi ça reste impossible. Le voyage reste une forme d’appropriation.
Mais… pourquoi ?
Pourquoi cette envie, voire ce “besoin” de voyager ? Souvent, j’entends parler de “dépaysement total” voire de “changer d’air” (encore une fois, merde, qui a le pouvoir de “changer d’air” tranquilou…). On voyage souvent pour son plaisir personnel, pour se faire du bien, se maintenir en bonne santé psychologique. Autrement dit pour fuir, même momentanément, une réalité considérée comme trop dure à supporter. Bon, ok, des fois c’est aussi pour “voir”, pour “apprendre”, et effectivement des fois c’est pas mal d’allr voir ailleurs, ça peut rendre moins con. N’empêche que je pense que tout notre imaginaire autour du voyage a été nourri à la fois par ces histoires d’aventuriers, d’explorateurs qui n’étaient autres que des colons de merde, et aussi par tout le côté Jack Kerouac, je voyage trop à l’arrache mais avec ma carte bleue pas loin (je le sais, je l’ai fait). Il y a une dimension complètement romancée là-dedans, comment dire… En gros pour arrêter de tourner autour du pot, je pense que le “voyage” dans toutes les réalités que ça peut recouvrir de la plus réfléchie à la plus conne, fait partie des grands mythes de notre société. Une idée qui flotte dans l’air, évidente, que personne n’irait remettre en cause : voyager c’est bien. Et alors je pense que c’est carrément un des fondements du stade néo-libéral du capitalisme (ouhlà). Le nomadisme généralisé (pour la minorité qui peut se le permettre s’entend) permet de ne s’ancrer nulle part, de picorer de-ci de-là sans trop s’engager, y compris si “ci” et “là” sont séparés par des milliers de kilomètres. Une somme d’individu-e-s standards se déplaçant hyper rapidement et selon son bon vouloir, capables d’”aimer” un pay, une région, une ville, un quartier, et de prétendre les comprendre en quelques mois avant de se barrer vers de nouvelles aventures, ailleurs. On consomme les gen-t-es et les lieux à l’échelle de la planète, bien peinard-e-s… Ouiiiiii je sais, c’est plus fin que ça en vrai, et certains points mériteraient qu’on les développe pendant des heures, mais comm j’ai choisi de faire des fanzines plutôt que des essais de sociologie, vous m’en voudrez pas, hein ? Par ailleurs, si vous voulez lire des trucs chouettes et mieux dits sur la question, procurez-vous le bouquin “Divertir pour dominer, la culture de masse contre les peuples” (dossiers de la revue Offensive, aux éditions L’échappée, notamment le chapitre “L’horreur touristique, le management de la planète”.”
Voilà. C’est le texte dans son intégralité et je me suis un peu retrouvée dans le propos. C’est effectivement une expérience enrichissante de voyager, mon propos à moi n’est pas de contester tout ça. L’histoire, c’est de penser à la signification profonde de tout ça. Je suis allée au Maroc et j’ai vraiment aimé. Mais pourquoi j’ai aimé ? À part pour le petit frisson de dépaysement et le tajine végétarien… J’ai dormi sous des tentes, j’ai admiré des trucs, j’ai appris quelques mots. Et j’ai partagé mon enthousiasme de tout ça avec d’autres Blancs européens qui comme moi avaient le luxe d’être venus en avion, d’avoir payé ce qui représente un mois de salaire pour ça, d’avoir le temps de voyager, de se payer l”insolence, comme dit la personne qui a écrit ce texte, d’avoir peur de parler à ses voisins mais de vouloir l’altérité d’un “autre” parce que cet “autre” se déplace à dos de chameau et qu’on trouve ça exotique…
Des fois c’est normal, d’avoir envie de changer d’air. Je crois que ça arrive à tout le monde périodiquement. Mais au lieu de vouloir fuir ma vie pendant quelques semaines, je trouve ça plus pertinent d’essayer de faire qu’elle ressemble à ce que j’aime, plutôt que de parcourir des milliers de kilomètres pour me fabriquer des souvenirs que j’évoquerai quand “ça va pas” une fois de retour dans ma vie normale en France.
Du coup je comprends l’homme à la moustache. Ne se déplacer qu’en vélo, ça permet de le faire à la force de ses cuisses (sans pétrole donc) et de voir passer le paysage. Il y a tellement de choses à voir déjà ici ou à deux cent kilomètres.
*NB : Le zine s’appelle Impression(s) et c’était le numéro 3. Si vous voulez lire le reste de ce qu’il y a dedans, vous pouvez :
a) passer chez moi le lire
b) passer au Kiosk d’Arnaud Bernard pour voir s’ils ont des numéros
c) trouver Miquel qui fait la distro du zine sur Toulouse
d) m’envoyer un mail pour me demander l’adresse de Sylvain qui fait le zine et comme ça vous pouvez lui écrire vous-mêmes pour lui demander un numéro par la poste.
Corps, cerveau et tout ça.
Cet article dérive d’un mail que j’ai reçu en réponse à mon précédent article nommé “Ragnasses”. Même pas un mail haineux d’ailleurs, juste quelqu’un que j’aime bien qui me disait “Oui, mais moi, quand j’entends une femme dire à haute voix “J’vais pisser”, ça me gêne.” Donc j’ai écrit le truc que vous allez lire en réponse à cette phrase en essayant d’expliquer mon rapport à mon corps en général (pas seulement, donc, pour les règles) . Comme toujours, cet article est ouvert aux points de vue divers et variés ainsi qu’au débat.
La plupart de mes revendications présentes en politique et en société reposent sur une base très simple et assez peu discutable à mon avis, qui peut se résumer ainsi : je ne suis pas une princesse.
Je ne suis pas une princesse.
J’ai un corps et un cerveau, les deux fonctionnent très bien, et j’aime bien m’en servir. Et je refuse qu’on m’empêche de m’en servir à quelque titre que ce soit, surtout la morale.
Bien. Donc dans ma vie quotidienne, ça veut dire que je fais appel à moi-même pour me débrouiller. Donc je n’utilise pas mon joli minois ou mon statut social de femme pour que d’autres, en général des hommes (parce qu’ils sont plus sensibles au charme des demoiselles souvent) fassent ce que j’ai la flemme de faire. Il y a Internet. J’ai un ordinateur et une connexion. Je n’ai donc aucune excuse pour ne pas faire des choses ‘techniques’ quotidiennes, il y a des millions de tutoriels en ligne pour apprendre à percer un trou dans un mur, réparer une crevaison, changer des plaques de frein ou installer un système informatique. Je n’ai qu’à effectuer une recherche Google qui me prend quinze secondes pour qu’on m’explique de façon détaillée comment faire, et sortir mes petites mains de mes manches pour réparer le problème moi-même.
Déjà, tout un tas de gens ne trouvent pas cette situation convenable. En général des vieux, mais pas que, des fois des gens de ma génération. Des filles qui veulent rester des princesses ou des gens qui veulent pour leurs raisons propres qu’elles le restent. Mais bon, je me débrouille toute seule.
Ça passe par un rapport au corps autre : oui, je salis mes mains, mon maquillage coule. J’essaie, du coup, de ne pas faire de mon corps un échafaudage esthétique obligatoire. Ça m’arrive de jouer à la fifille, mais aussi de passer quinze jours en sweat à capuche/baskets, et je me considère pas moins une femme pour ça.
Il y a tout un tas d’injonctions que je reçois par rapport à mon corps qui ne me plaisent pas.
J’ai un corps. J’aime manger, j’aime faire l’amour, j’aime courir, danser, faire du vélo. Mais je reçois, de la pub, de certains proches, de gens que je croise au quotidien, des messages sur ce que devrait être mon corps : n’aie de désir que pour un seul homme (sinon pute), ne parle pas de sexe (sinon folle affamée tu veux coucher avec le premier venu) attends qu’il fasse le premier pas, ne contrôle pas sinon tu auras le coeur brisé ou tu es une connasse, ne loue pas tes services corporels (pute = pas bien), ne sors pas trop, ne bois pas trop (sinon fille perdue) ne sois pas toute seule (sinon danger, viol, traumatisme à vie, découpée en morceaux dans un congèle), ne fais pas de stop (danger, danger !), n’élève pas la voix en politique (sinon mal-baisée ou folle, forcément) ne te mouche pas trop fort, n’aie pas d’odeur corporelle, ne sois pas grosse, ne sois pas maigre non plus…
Il n’y a pas de légitimité à faire comme si les fonctions de mon corps n’existaient pas. J’aime manger, j’en parle. J’aime le sexe, j’en parle. J’aime que mon corps fonctionne, j’en parle ! C’est une merveille, ce truc.
Qu’est-ce qu’on attend des femmes en taisant leur corps ?
Ça me paraît intolérable qu’on attende d’une personne qu’elle soit un pur esprit, parce qu’on n’est pas des purs esprits. Parler d’une femme en s’attendant à ce qu’elle cache et taise son corps par bienséance, c’est parler d’un mensonge. Parce que fatalement on parle d’une image construite de la femme. Un être qui devrait être charmant et délicat et ne pas faire mention de ses fonctions corporelles en public.
Jje réclame le droit de dire “J’vais pisser” parce que… J’essaie de ne pas trop être dans le construit social. Peut-être aussi que j’ai envie de faire réfléchir les gens à pourquoi ça les choque qu’une fille dise ‘J’vais pisser”. J’ai appris à pisser debout. Je pisse dans la rue, des fois même je rote. En quoi ça me réduit ? Est-ce que ça ferait de moi une femme au rabais, moins désirable ?
Et puis… Tout ça c’est aussi parce que je revendique une proximité avec l’humain. Ce construit social, cet échafaudage esthétique, dans une communauté, ça tient pas cinq minutes, que ce soit une famille, une coloc, un groupe affinitaire… Même avec des potes, en fait. Du coup ça me dérange de mettre une distance comme ça avec les gens. Ça me semble important de respecter et d’aimer son corps, comme on peut respecter et aimer celui des autres. Comment aimer quelqu’un qui ne s’aime pas lui-même, spécialement dans une relation sensuelle ?
Le printemps
Je crois que j’ai jamais considéré le printemps comme une saison ensoleillée.
Pourtant il y a du soleil des fois, surtout vers la fin, en mai, quand se mettre à une terrasse et commenter sur les fringues des gens qui passent est la chose la plus naturelle du monde à faire. Les jours où la bière a l’air d’être meilleure que l’air, de la bonne bière blanche, douce, et que tout a l’air un peu jaune comme si on évoluait dans une photo Instagram, où les filles sont toutes super jolies et la rivière lisse avec les platanes au-dessus. Mais ça c’est mai. C’est déjà l’été.
Le printemps, c’est les vacances de Pâques. Deux semaines suspendues où il pleut toujours. J’appuie mon front sur la vitre et mon souffle fait de la buée. Je pense à l’école avec un mélange d’envie de pleurer et de triomphe d’être en vacances. Je mange du chocolat et je me dis que les chocolats de Pâques, c’est vraiment dégueulasse.
Ou bien je suis toute seule dans un parc et il fait gris, j’ai un bouquin mais au bout de trois pages je renonce à le lire parce que j’ai froid aux mains. Je rentre chez moi mais il fait tout aussi froid parce qu’on a éteint le chauffage depuis mi-mars. J’ai envie de cuisiner mais j’ai la flemme parce qu’il n’y a personne à la maison et que c’est triste de faire un gâteau pour moi toute seule.
Ou bien encore je fais du vélo sous la pluie en chantonnant parce qu’il y a quelqu’un qui m’attend chez moi, j’ai les pieds mouillés et de l’eau ruisselle sur mes cuisses parce que ce matin j’ai été optimiste alors que j’aurais dû mettre un bon gros pantalon.
Dans tous les cas, il faut que j’aie ça dans les oreilles :
Ce morceau a exactement huit vues sur Youtube et c’est vraiment une merveille de tranquillité, de matins sous la couette et de nuits pluvieuses, voire même de dernière cigarette avant d’aller se coucher, alors je vous invite à faire tourner.
Juste au bord
Ce soir je voulais vous parler de plein de choses, de trucs qui m’avaient mise en colère, de trucs auxquels il fallait que je réagisse d’urgence, de choses à expliquer, de débats à avoir.
Et puis il y a eu cette journée pluvieuse et lente et j’ai senti que tout devenait trop lourd. Alors je suis rentrée chez moi et j’ai écrit des choses en oubliant un peu le poids insupportable de tout. Et puis je suis retombée sur le blog de quelqu’un que j’apprécie énormément sans presque le connaître. J’ai réécouté la musique qu’il aime, et j’ai eu envie de balancer ça, ce soir.
J’étais bruyante et souvent alcoolisée et il était un peu snob parfois, c’était quelqu’un de mystérieux pour moi parce que tout nous opposait à part certains types de musique et un goût pour la nuit. Je crois qu’il passait du temps avec des gens un peu triés sur le volet. Je crois qu’il aimait pas trop se mélanger avec des gens bruyants. Je parle au passé, c’est idiot, c’est juste quelqu’un qui a déménagé dans une autre ville, hein.
Je l’admirais mais je comprenais rien. Pour moi, c’était un peu le summum du bon goût en musique et en général, un truc que j’atteindrais jamais mais qui était joli à regarder de loin.
Il le savait et ça le gênait, de façon évidente, et je m’en rendais même pas compte. On est con, quand on a dix-huit ans.
Et puis un jour j’ai fini par être comme ça. Par plus aimer les gens qui font du bruit. Par rester dans ma caverne à écouter ma musique et à écrire mes trucs. Par plus m’intéresser aux potins, aux rires, aux soirées. Par dépenser la majorité de mon argent à acheter des bouquins. Par réfléchir tout le temps.
Ce jour-là il avait déjà déménagé et puis je suis même pas sûre qu’on aurait pu être amis un jour. Mais dans ma playlist il y a deux ou trois trucs que j’ai découverts sur son blog et que j’oublierai pas. (et puis cette jolie chose là aussi.)
Surtout ça qui m’a retourné le ventre et les yeux il y a trois minutes.
Merci.
Ragnasses
Aujourd’hui, on va parler de sang. Plus précisément, de règles, de rapport des filles à leur corps, de rapport des garçons au corps des filles, de fuites, de pub et de mal au ventre.
Plus que jamais, ce blog se veut être un espace participatif. Je vous invite à poster, interroger, échanger des idées, débattre, m’insulter si vous en avez envie, mais je veux vous lire, sinon c’est pas drôle. Et surtout, surtout, ce post s’adresse aux filles ET aux garçons.
Donc, les règles.
Quand j’ai eu mes règles pour la première fois, le contexte familial se prêtait pas trop à la joie par ailleurs suite à un décès dans la même semaine, autant dire que c’est pas la joie. Il me semble aussi que ma mère a spontanément appelé ça “Les petits soucis” et m’a montré une boîte de serviettes hygiéniques en m’expliquant vite fait le mode d’emploi, et ça en est resté là. Bien que je sache à peu près tout de la théorie de comment ça marche à l’intérieur, pourquoi on saigne, etc, j’avoue qu’à ce moment-là j’étais assez paumée et surtout vraiment embarassée sur ce qui se passait dans mon corps. Alors j’ai continué à avoir mes règles en silence et à utiliser les fameuses Always blanches avec des lignes bleues dedans.
La suite, c’est juste une histoire de fille qui découvre son corps : des fois ça fait mal, ça sent bizarre, je me sens pas bien. Ou si.
Et puis un jour j’ai commencé à me poser des questions. Je crois que je devais être en première ou quelque chose comme ça. J’ai fait tomber un tampon de mon portefeuille devant une caissière et j’en ai été immensément marrie. Jusqu’à ce que je sorte du magasin et que je commence à me poser la question. Attends, mais pourquoi j’ai rougi ? Pourquoi je me suis excusée ?
C’est quand même un peu naturel d’avoir ses règles.
Sauf que non. Dans le monde où je vis, c’est pas naturel d’avoir ses règles.
Déjà, la plupart des religions traditionnelles, celles qui ont formé notre société à partir de sa base, considèrent que la femme est impure. Que si elle saigne c’est pour une bonne raison, qu’il y a tache, marque, culpabilité. Évidemment, peu de gens considèrent encore que la femme est un démon tentateur, mais il y a quand même de beaux restes.
D’abord, l’éducation comme j’en parlais plus haut : pourquoi certaines mamans parlent de règles en chuchotant, comme si c’était un secret ? Et encore, j’ai une maman qui a plutôt pas mal fait les choses, mais je connais des filles à qui on a dit que c’était SALE et/ou que “ça saigne tout le temps ça en met partout et si on met des tampons ben ça peut s’infecter” ou autres stupidités. Vis bien dans ton corps avec ça. En 2012.
Je me souviens de la mère d’un ex qui avait un jour pété un câble en m’accusant d’être sale et d’être une grosse traînée parce que je mettais mes tampons utilisés dans la poubelle de la salle de bains. WTF. J’ai jamais compris ce que j’étais censée en faire autrement, les manger ?
Ensuite, le sexe. Combien de mecs refusent de faire l’amour quand une fille a ses règles ? Plein. Plein de bourrins, et plein de mecs ‘bien élevés’ aussi. Pour les garçons qui lisent cet article : avoir envie de faire l’amour quand on a ses règles, ça nous arrive. Souvent.
Et enfin, notre guest star du jour, l’autocensure. Ah. Ça nous arrive tout aussi souvent de refuser d’en parler, de traiter notre corps avec plus ou moins de distance ou de mépris, de refuser aussi de faire l’amour presque par réflexe ou par conditionnement. Un copain me disait récemment dans une discussion qu’il s’étonnait de ne jamais voir les règles dans l’espace social. “Moi, les règles, à la limite, je sais pas ce que c’est. Juste mes copines successives qui m’ont dit ‘J’ai mes règles’ mais c’est tout, toutes les filles que je connais cachent soigneusement les boîtes de tampons dans les salles de bains, les serviettes usagées dans la poubelle…”
Parce que quand même, bon sang de bois, c’est notre choix, à nous les filles, d’en parler à voix basse ou pas, d’agir comme si c’était un secret ou pas. Et justement aussi plus on en parle et plus on peut faire évoluer la réalité sociale dans un sens qui nous plaît. Pour que ça devienne aussi simple d’éternuer et de dire ‘excusez-moi, je suis enrhumé’ que ‘tu peux me passer un tampon ? j’ai mes règles’ à haute voix et en public.
Un autre aspect que j’aimerais aborder dans ce post est le rapport qu’on entretient en tant que filles avec notre corps et donc plus précisément avec nos règles.
C’est un gros poncif que de dire qu’on a un rapport conflictuel avec notre corps : plein de filles détestent le leur, passent leur temps à vouloir maigrir, à se laver pour chasser la moindre trace de sueur, à éradiquer les boutons, bref généralement à ne pas trop se laisser vivre. Soit.
Par rapport au sujet spécifique des règles, voir ce qu’on fait est hallucinant. On parle quand même de sang, soit d’un truc qui a un potentiel infectieux/contaminant bien moindre que les selles ou l’urine. Et même dans ce contexte-là, on a la réaction instinctive de le toucher le moins possible, d’après ce que je vois des réactions des filles de mon entourage. On laisserait même échapper un petit ‘beurk’. Il y a un dégoût presque physique qui vient d’un construit social et qui, à mon sens, n’a pas lieu d’être. C’est-juste-du-sang.
D’ailleurs c’est un peu préparé et prémâché par la pub. Dans les pubs de serviettes et de tampons, on ne voit jamais de sang, jamais de rouge, que du bleu super aseptisé. Je me demande un peu ce que veulent les publicitaires, nous cacher à nous-mêmes la vue de notre propre sang ? Ça peut mener à des gamines qui paniquent la première fois parce que justement elles s’attendent à ce que ça soit bleu comme dans les pubs…
De plus la pub passe son temps à nous enseigner un secret tout aussi pesant que le secret qu’on se colle aux mamelles de mère à fille : on ne nous y parle que de ‘confiance en soi’ et de ‘discrétion’. Je comprends pas, on est censées ne pas avoir confiance en nous si on a nos règles ? Encore une fois, la discrétion renvoie au fait que c’est un évènement tu en permanence.
Donc on nous enseigne à avoir un rapport très distant à ce qui se passe dans notre corps à ce moment-là. Personnellement, ça ne me plaît pas. Pour résumer, je ne pense pas qu’il doive y avoir de dégoût particulier envers notre sang, ni de silence qui entoure tout ça.
Il y a quelques mois, j’ai trouvé un outil qui me satisfait pleinement en matière de règles. Je me demande pourquoi c’est encore si peu connu en France, mais ça vaut le coup d’y jeter un coup d’oeil.
En gros, la Mooncup est une coupelle en silicone pourvue d’une tige qui sert à la retirer, comme sur la photo. Elle recueille le flux sanguin, et quand elle est pleine on retire pour la vider dans les toilettes, si on a envie et qu’on a un robinet à proximité on la rince, et on la réinsère. Ça se place plus bas que les tampons, certaines personnes disent que ça réduit les douleurs (le bout des tampons appuie apparemment sur le col de l’utérus et donc a tendance à faire mal pendant les règles). Entre deux sessions, on la fait bouillir pour la désinfecter, et voilà.
Parmi les nombreux avantages de la mooncup, c’est financièrement très confortable. Ça s’achète une fois, ça coûte 30 euros, et ça dure environ dix ans. Ce qui veut dire en gros que si on estime qu’une fille achète un paquet et demi de tampons ou serviettes par session en dépensant pour ça environ six euros, c’est amorti en six mois.
De plus, les tampons et les serviettes sont faits de coton blanchi au chlore et généralement agrémentés de nombreux produits chimiques, par exemple pour le parfum, ou bien encore le ‘gel absorbant’ dans les serviettes (le fameux truc bleu). Donc la mooncup permet de ne pas s’inséret tout ça dans une muqueuse, endroi par définition permettant les échanges avec l’extérieur, et donc de ne pas faire passer tous ces trucs bizarres dans sa propre circulation sanguine, ce qui est aussi plutôt sympa.
Il y a encore des milliers d’avantages, mais je voudrais juste parler de l’immense satisfaction qu’a été pour moi le fait d’apprendre à être copine avec mes règles. La texture, l’odeur, la viscosité du sang sont des choses auxquelles on n’est pas forcément confrontée quand il est absorbé dans un support ‘solide’. La forme, la taille, l’élasticité et la réaactivité de son vagin aussi, plus en tout cas qu’avec des tampons. J’estime personnellement que ça me permet de mieux connaître mon corps et ça me met en joie.
Parce que comme j’expliquais longuement plus haut, c’est une partie de nous, au même titre que les cheveux, la morve, les ongles de pieds, et qu’il est pertinent de comprendre comment ça marche et de se familiariser avec tout ça. Parce que notre corps n’est ni à une église, ni à une entreprise, et qu’il est nécessaire de l’explorer et de le découvrir par soi-même pour y vivre confortablement.
Trucs intéressants :
Le blog de Ragnass, un immensément excellent fanzine toulousain sur les règles
Le wiki des coupes menstruelles (pour info, Mooncup est la première marque historiquement à fabriquer ça, il y en a plein d’autre comme Keeper, Fleurcup etc. Moi j’utilise Lunacopine qui est trouvable au magasin bio rue du Taur pour les toulousaines).
Un tuto pour fabriquer ses propres tampons réutilisables (pour les plus DIY d’entre vous…)
Jouer avec le feu
Bellflower.
Je suis allée voir ce film par hasard. Je crois que j’avais même pas lu une seule critique, à part celle de l’Utopia. Et comme on sait, l’Utopia est perpétuellement en extase sur son propre programme, au point d’écrire trois mille signes dithyrambiques sur absolument chaque film qui passe chez eux. Pas vraiment très objectif.
L’histoire a l’air simple. Deux gros losers presque trentenaires, quelque part en Californie. Leur obsession pour Mad Max et pour le feu. Le but de leur vie, c’est de construire une voiture qui crache du feu et un lance-flammes portatif pour pouvoir se préparer à “régner sur le champ de ruines” quand l’apocalypse viendra.
Deux grands gamins qui s’amusent à cramer des trucs avec un gros pistolet qui crache du feu (et attention, au diesel, pas au propane. Le propane, “c’est pour les tapettes”, dude.) L’un des deux, Woodrow, tombe amoureux d’une fille qu’il a rencontrée à un concours du plus gros mangeur de grillons, dans un bar. Milly est blonde, elle boit beaucoup, elle ose tout, elle va plus loin que tout ce qu’il a déjà vu. Comme Woodrow a du mal avec les filles, il n’y croit pas quand elle lui donne son numéro, puis qu’elle finit par sortir avec lui.
C’est la première partie du film : tout est beau et doux, les choses vont lentement mais sûrement, et on se sentirait presque heureux, malgré l’envie de secouer ce personnage qui n’ose rien de peur de tout perdre. Un peu un loser, donc.
C’est ensuite que les choses se gâtent. La blondinette ose tellement tout qu’elle finit par faire n’importe quoi et ce pauvre gars amoureux dérive lentement dans des délires à base de revanche, de psychose, de sang et, évidemment, de truc qui crachent des flammes.
On ne peut presque jamais distinguer la réalité de ce qui se passe dans sa tête ; le film est construit de façon bizarre, avec des flash-backs en permanence, de plus en plus sanglants, de plus en plus extrêmes. Mais c’est justement cette construction saccadée du film qui fait sa force. On passe de séquence en séquence avec des écrans qui annoncent les titres des scènes et on se retrouve complètement perdu, immergé dans le malaise qui émane des personnages. Ne pas savoir ce qui se passe, et se rendre compe petit à petit qu’on bascule dans la folie furieuse à mesure que le film avance. Qui a tué qui ? Est-ce vrai ou bien un délire psychotique de Woodrow ?
Ce n’est pas vraiment un film sur la violence, ni sur la manipulation en soi. En sortant, on est accablé devant cette histoire éminemment banale. Des gens tombent amoureux, et ça les fait souffrir. Bien. Mais cette souffrance se répercute sur tout le petit monde de Woodrow : son meilleur ami qui se retrouve délaissé, la meilleure amie de Milly qui ne sait plus quoi faire pour arranger les choses.Tout le monde est impacté par l’explosion intime qui résulte de la douleur du personnage principal et par la cruauté naïve, presque inconsciente avec laquelle Milly le manipule.
C’est un film d’amour et d’impuissance, aussi étrange que ça puisse paraître de dire ça après avoir vu les explosions et le feu dans tout le film.
C’est aussi, quelque part, une métaphore sociale. Ces deux gros losers qui se fabriquent une voiture pour faire comme dans les films. Une sorte de reflet du malaise qu’on peut ressentir quand on a grandi dans une petite ville américaine : un monde qui n’a aucun sens, une mécanique trop bien huilée avec des fêtes qui ne riment à rien. Alors ils boivent, beaucoup, ils se mettent au défi dans une recherche adolescente de virilité, et ils se construisent un doudou grandeur nature pour pouvoir cracher des flammes au visage de la Californie. Se fabriquer un objet de puissance pour répondre à sa propre incapacité de sortir du cadre.
L’image participe beaucoup à cette impression d’alternance entre l’impuissance et la puissance recherchée qui les amène à jouer en permanence avec le lance-flammes et à brûler à peu près tout ce qui est brûlable dans les terrains vagues de la ville. Tout est très jaune (j’ai l’impression qu’il est impossible de faire un film sur la Californie sans mettre des filtres jaunes sur l’image. Ça a l’air de faire mal aux yeux d’habiter en Californie.). Il y a un usage assez bizarre du focus qui ressemble à la technique tilt-shift dans certaines parties du film, où on a l’impression que les personnages et la voiture sont des miniatures, parce qu’il n’y a pas de perspective).
La mise au point est très fouillée, on nous montre exactement ce qu’on veut nous montrer. Même les imprécisions de la caméra sont choisies. Pour autant, l’image n’est pas très sensuelle, même si elle se rapproche beaucoup des personnages. Quelques très beaux plans de feu et une scène de bonheur à la plage sortie de nulle part et lisse à se taper la tête contre les murs. La BO est excellente. Mieux que celle de Drive (et pourtant j’avais vraiment beaucoup aimé).
Mais surtout, la mécanique du drame, implacable : à partir du moment où l’engrenage est lancé, tout le monde y passera, au moins dans la tête de Woodrow. Ce personnage est d’ailleurs joué par Evan Glodell, scénariste et réalisateur du film. J’imagine qu’il y a mis énormément de lui-même, et le résultat est vraiment prenant. Si on y trempe un orteil, on est obligé d’y passer tout entier. C’est d’ailleurs ça qui m’a plus dans ce film. Malgré des lenteurs et des lourdeurs ici et là, c’est quand même assez implacable d’intensité. Les personnages sont honnêtement assez vides, l’image a des tics qui peuvent être désagréables, mais j’ai été soufflée par le panache avec lequel le film emmène le spectateur graduellement dans un malaise de moins en moins tenable. Et c’est vraiment agréable de ne pas pouvoir prévoir ce qui va se passer.
Le cas Merah
Petit retour sur l’évènement du jour à Toulouse : la fin du siège de Mohamed Merah dans son appartement à la Côte Pavée, l’histoire qui se termine donc par la mort de l’homme qui est devenu l’ennemi public numéro un en trois jours et dont la fin a été transmise en live par presque toutes les télés du monde.
J’étais là.
Je bossais comme interprète pour une grosse chaîne de news étrangère. Comme je parle la langue en question en plus du français, j’ai fait le lien toute la journée entre les journalistes de l’équipe et le terrain. J’ai donc traduit des paroles de gens en direct, fait des interviews au téléphone pour ensuite les traduire, et essayé de transmettre des éléments de contexte du point de vue d’un Français à cette équipe pour tenter de faire une transmission de l’évènement aussi fidèle et sans clichés ou raccourcis faciles que possible.
Je sais pas trop si j’y suis arrivée.
Au cours des derniers jours, j’ai eu de nombreux débats en ligne avec divers acteurs de l’évènement, c’est-à-dire des toulousains et des journalistes. Je voyais tout ça à la fois de l’extérieur et de l’intérieur. De l’extérieur parce que jusqu’à ce matin, onze heures trente, je n’avais pas mis les pieds sur le lieu où se passait le siège, ni en tant que civile, ni en tant que journaliste. De l’intérieur parce que je suis étudiante en journalisme et que j’avais quelques points de vue à faire partager sur la façon dont on transmettait l’évènement et aussi parce que je suis française, toulousaine, et que j’essaie modestement de passer un peu de temps à réfléchir à certaines questions sociales.
Mon point de vue s’était donc porté sur plusieurs points.
D’une part, la position et l’importance qu’on a donné depuis lundi à la fusillade qui a eu lieu devant l’école Ozar Hatorah. On a tiré sur trois enfants et un adulte, avec une sauvagerie et un sang-froid apparents qui ont été abondamment décrits par les médias.
Ce qui m’a posé question dans un premier temps, c’est l’ampleur qu’a pris cette affaire parce que l’endroit visé était une institution juive et parce que les victimes étaient des enfants. Soyons clairs dès maintenant : l’antisémitisme est une chose abominable, et le meutre est une horreur sans nom. Mais pourquoi est-ce que cette fusillade a fait immédiatement la une de tous les médias nationaux, alors que dans la semaine d’avant trois militaires avaient été tués, en deux fois, et apparemment aussi à cause de leur confession ? Est-ce que c’est moins grave qu’ils meurent parce que c’était des adultes ? Des bidasses ? Des musulmans ?
À partir de là, je suppose que la police a fait un travail, qui a eu l’air efficace, d’enquête et de profiling : on a pu retrouver d’où venait le scooter que la personne avait utilisé selon les témoins, remonter la piste au travers des connexions internet, etc.
Ensuite, il y a eu le siège : dans la nuit de mardi à mercredi, à trois heures du matin, le quartier où habitait le présumé coupable a été encerclé. Le RAID avait localisé l’immeuble et l’appartement précis où vivait cette personne, et a donc essayé pendant une bonne trentaine d’heures de l’attraper vivant. Si vous voulez un compte-rendu, plein de sites en ont fait un. Ce qu’il en ressort, c’est que le suspect a parlementé pendant toute la journée de mercredi avec le RAID. Selon les médias, le but était vraiment de comprendre les motivations de son acte, son parcours, sa personnalité, donc le processus a été de discuter avec lui pendant tout ce temps. Jusqu’à ce qu’il se taise, mercredi soir. Ensuite la stratégie a été, apparemment, de lui mettre la pression en faisant du bruit, en lui coupant l’eau et l’électricité, etc, pour jouer sur l’épuisement et le forcer à se rendre. Bien.
Ma réaction à ce moment-là était toujours une réaction d’outsider : je ne savais pas ce qui se passait vraiment puisque je n’étais pas sur place. Je me suis beaucoup exprimé sur la façon qu’avaient les médias de traiter l’évènement. Ce qui me choquait très fort, c’était qu’on fasse un compte-rendu minute par minute d’absolument tout ce qui se passait sur les lieux. Je trouvais ça malsain et inutile. Donner des informations comme “Le dialogue a été rompu” ou “Le suspect a l’air fatigué”, à mon très humble avis, c’est pas vraiment de l’information et ça peut même gêner l’enquête. S’il faut le RAID et un négociateur spécial, c’est bien qu’on a besoin d’une compétence spécifique et pas d’un travail de bourrin fait dans l’urgence. J’aurais donc préféré qu’on laisse ces messieurs faire leur travail.
Le minute-par-minute m’a fait l’effet, j’en ai abondamment parlé ailleurs, d’être dans un mélange entre Farenheit 451 et Hunting Man : un type qui se retrouve brusquement l’ennemi public numéro un, qui est dépeint dans les médias comme représentant de toutes les bassesses du monde ou presque, et dont la capture est montrée en temps réel et passionne le bon peuple. J’aime pas ça, je trouve ça sensationnaliste. J’aurais préféré plus de sobriété.
À cet argument on m’a objecté que c’était le travail des journalistes de regarder ce que la police faisait et qu’il était de leur devoir de ne pas se contenter d’une version ‘officielle’ de l’affaire, parce qu’on pourrait nous dire n’importe quoi et qu’on aurait aucun moyen de vérifier. Je veux bien, mais quand le périmètre est sécurisé par les forces de l’ordre et qu’aucun, journaliste ou civil, n’a accès de visu à la scène et doit se contenter des informations transmises par les policiers, je suis en droit de me demander s’il ne s’agit pas d’un autre genre de version officielle.
Autre chose qui m’a choqué est que la plupart des médias ne respectaient pas la présomption d’innocence ; on a donné preque tout de suite le nom du suspect, et Libération a carrément publié la phrase suivante : ‘L’homme a aussi tué trois militaires à Toulouse et Montauban”. Comme ça, sans décision de la justice, sans rien. Il me semble quand même que ces informations appartiennent à la justice, de même que le fait de montrer la photo du présumé coupable.
En plus de ça, les membres de la famille de cet homme ont été placés en garde à vue anti-terroriste. Concrètement, c’est un truc qui passe au-dessus de la loi sur les gardes à vue (le terrorisme fait l’exception). Donc, on garde les gens au commissariat de quatre à six jours, dans des conditions qui peuvent être vraiment peu optimales d’après les récits des personnes qui ont pu subir ça avant (par exemple, la possibilité qu’on joue l’épuisement en t’empêchant de dormir pendant quatre ou six jours). Que l’on attrape le frère du suspect, répertorié salfiste, si on pense que ça peut faire avancer l’enquête, très bien. Que l’on attrape sa maman, qui déclare sans cesse qu’elle n’arrive plus à contrôler ce gamin depuis son adolescence et qu’elle n’a pas d’influence sur lui, je trouve ça un peu plus limite et peu propice à fournir des informations capitales.
Il faudrait aussi, dans l’absolu, discuter de la notion de terrorisme, de ce qu’on définit comme étant un terroriste. Pour moi, quelqu’un qui pète un câble ou qui prémédite, mais qui assassine, c’est du fait-divers, pas du terrorisme vraiment.
Tout ça, c’était mes réflexions avant d’aller passer quelques heures sur le lieu du siège, et plus généralement de ‘faire’, c’est-à-dire de fabriquer, un sujet d’info, qui plus est pour un média étranger.
L’équipe pour laquelle j’étais interprète a choisi de passer la plus grande partie de la matinée à comprendre qui était ce suspect et pourquoi il en était arrivé, apparemment, à tuer des gens. Nous avons donc interviewé une personne qui avait un certain passif de relations professionnelles avec lui : son avocat. Jusque-là, tout va bien. Il n m’a pas semblé que le journaliste ait essayé de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, ni l’avocat en question. Et on a même réussi l’exploit de passer à côté du sentimentalisme.
Ensuite, après appel d’un informateur, on a appris que l’affaire était en voie de résolution. Donc on a pris leur voiture et on est allés sur le lieu.
C’est là que commence le malaise. Je descends de la voiture après que le conducteur ait passé dix minutes à chercher un emplacement pour se garer. On marche vers la rue en question en portant tout le matériel. C’est du matériel télé, donc il y a des lumières, une caméra pro, un trépied, des micros, des sacs à dos, des ordis, etc.
On fait une centaine de mètres à pied pour arriver à l’endroit. La rue est bondée de voitures de médias : il y a des camions siglés avec des paraboles géantes qui abritent une station de diffusion complète, des voitures, des berlines, le tout avec des logos dans tous les sens, des chaînes françaises, espagnoles, anglaises, suisses, israéliennes, asiatiques pour autant que j’ai pu en juger, allemandes, italiennes.
Quand on tourne le coin de la rue, c’est l’apocalypse. Il y a des journalistes PARTOUT. Cinq rangs au moins devant le cordon de police, partout dans la rue, sur des murettes, sur des chaises et des escabeaux comme au festival de Cannes. On voit à peine le bâtiment où est retranché le suspect, il y a deux ou trois voitures de police et fourgons and la rue, et deux ou trois agents qui empêchent les journalistes de passer. Dans la rue, là où je suis, il y a des caméras, des micros, des appareils photos, des iPhones. Tout ce petit monde court partout, appelle sa rédaction, se maquille, se poudre le museau, fait du live radio, fait du live télé, filme le même bout de mur, s’agite, crie, et fume des cigarettes.
J’ai été choquée. Tout le monde filmait et photographiait avec ardeur, en prenant exactement les mêmes plans. Mais exactement ; j’ai vu trois mecs appartenant à des chaînes différentes être debout sur la même murette et filmant la même image, leurs caméras étant à dix centimètres l’une de l’autre, et se poussant pour faire bouger l’image de l’autre. Il est onze heures trente.
On s’aperçoit qu’on est arrivés cinq minutes après l’assaut final. Personne ne sait rien, pas même les flics qui constituent le cordon de police. Tout le monde a entendu des tirs pendant cinq minutes et c’est le consensus général que Mohamed Merah est mort.
Certains des journalistes sont là plus ou moins en continu depuis sept heures du matin mercredi, quand même.
Soudain, c’est la panique : Claude Guéant arrive. Les trois cent journalistes qui sont là se ruent vers le cordon. Ça se frappe joyeusement pour avoir la meilleure place près de l’image (un journaliste expliquait deux minutes après que son collègue avait l’arcade pétée, coup de poing d’un autre journaliste télé. Ambiance !). Le ministre de l’Intérieur fait un petit speech et s’en va. Le mec, qui était caché dans sa salle de bains, a donc sauté par la fenêtre en tirant sur les flics, et a été retrouvé mort sur le sol. Dix minutes après, tout le monde s’en va. On apprendra plus tard dans la journée qu’il a pris une balle par un sniper, c’était pas clair dans le discours de Guéant.
Je crois que je suis restée loin de la cohue. J’étais perdue. J’avais envie de crier, de pleurer, de partir, tout à la fois. Je ne savais plus quoi penser. Ça me faisait l’effet d’un carnage. L’image qui m’est venue à l’esprit, c’est un troupeau de poules se jetant sur un pamplemousse pourri. C’est pas beau à voir, ça va très vite, et ça peut rapidement mal tourner.
Mon sentiment d’être perdue était peut-être la preuve de mon inexpérience ; mes patrons d’un jour n’ont pas pris part à la bousculade et sont restés super calmes, à l’extérieur du truc. Trente secondes après la fin de l’annonce de Claude Guéant, les télés faisaient leurs lives : des mecs remaquillés et coiffés qui parlaient en disant la même chose dans vingt langues différentes, sur le même ton exactement, avec en arrière-plan un mur de journalistes autres faisant exactement la même chose.
Donc, on aura déjà fabriqué une partie du sujet d’info du jour en filmant un pan de mur et une vitre cassée, à cinquante mètres de distance, et en rajoutant les sons de la fusillade (des coups de feu, juste) par-dessus ces images. Le soir, les mêmes images seront sur toutes les télés.
Au passage, j’ai longuement discuté de cette urgence de l’info avec des journaliste et non-journalistes. Ce qui me choque le plus, c’est cette concurrence effective, physique, pour l’image, la petite phrase de Guéant, le ‘scoop’, arriver à transmettre ça à sa chaîne le plus vite possible, en live. Pour moi, ça provient directement de la concurrence économique entre les chaînes et en général entre les médias, qui les force à compter sur l’audimat comme seule valeur de référence. Autre débat, quelque part, mais qui participe de celui-ci.
Ensuite, il est treize heures. L’équipe décide d’aller filmer une mosquée pour avoir des images de contexte. Ça me gratte très fort de mettre un lieu de culte où les gens normaux vont pour illustrer la folie radicale et violente d’un seul, mais bon, je les emmène à la mosquée, qu’on ne filmera finalement pas parce qu’il pleut. Quand même. Ça me semble constituer un amalgame qui me dérange fort.
L’étape suivante est de faire un détour par le quartier des Izards où Merah a apparemment grandi.
On va donc aux Izards. C’est tranquille pendant un moment, on fait des tours en voiture. Des barres, quoi, pas trop belles, mais pas trop moches non plus, normales. Et puis surprise, il y a des flics, plein, avec des cagoules. On filme par la fenêtre.
Il y a une boulangerie. Devant la boulangerie, une dizaine d’ados à capuche. Réflexe immédiat : “Fais reculer la voiture. On sait jamais.”. J’ouvre la bouche en expliquant qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Peine perdue : on a du matos dans la voiture, et la dernière fois qu’ils sont venus dans une banlieue française, c’était en 2005, alors ils ont peur. Je réexplique : ce sont des ados, on peut sûrement aller discuter avec eux, ils ont quinze ans, je ne pense pas que ça représente une menace. Encore une fois, je parle dans le vent. Du coup, ce qui devait arriver arriva : deux mec s’approchent (ils nous voient quand même faire le tour de leur bloc dans une grosse voiture depuis dix minutes, si je voyais un mec faire ça autour chez moi, surtout dans le contexte où le GIGN vient de débouler dans l’immeuble, je trouverais sûrement ça un peu chelou, mais bon.) et donnent un coup de pied dans un des pneus. La voiture s’en va comme un insecte terrifié, on s’enfuit du quartier. J’ai à la fois envie de ricaner et de pleurer, mais je me tais. Pas mon travail.
La dernière étape maintenant, c’est le montage et la construction de l’histoire. Au terme de cette journée, on a pas mal d’éléments sur la personnalité du mec qui est désormais mort.
J’interviewe au téléphone un universitaire spécialiste d’Al Quaida qui m’explique qu’il y a très peu de chances que Merah ait fait partie de ce groupe, au motif qu’il n’y a plus de responsables d’Al Quaida en Afghanistan depuis trois ans.
La grosse recherche du moment, c’est une vidéo Youtube où Merah conduit une voiture avec ses potes en étant super content, ça date de 2009. Donc on va utiliser ça, avec sa tête souriante, pour les news. Une vidéo où il délire avec ses potes. Encore une fois, malgré ma fatigue (il est dix-sept heures et je suis debout depuis six heures du matin) je me pose quand même la question de l’opportunité d’utiliser cette image. Est-ce que c’est de l’info, vraiment ?
Ensuite, c’est la phase où tout en montant les images du jour on regarde ce que les autres télés font. Pasqua dit n’importe quoi. Sarkozy (tiens, la banderole “LA FRANCE FORTE” a réapparu derrière lui !) explique qu’il veut des sanctions pénales pour les gens qui vont sur des sites terroristes et/ou qui voyagent dans le but ‘de se faire endoctriner’. Ça me pose encore une fois des questions : où est le terrorisme ? Si je vais sur un site d’anars qui veulent m’apprendre à manger sans acheter des trucs, par exemple, est-ce que c’est terroriste puisque c’est anar et que les anars posentdesbombesc’estbienconnu ? Est-ce que je me retrouve potentiellement face à une sanction pénale pour avoir lu des informations ? Est-ce que si je fais un voyage à Cuba on m’accusera d’avoir voulu me faire endoctriner ?
Je pense bien que tout ça est un effet d’annonce et retombera dans l’oubli aussi vite que la campagne reprendra, mais ça me dérange quand même.
Et puis, et puis, il y a ces images de vitres cassés, qui s’ajoutent aux images d’un gosse de dix-neuf ans heureux comme tout de faire de la poussière sur un parking en dérapant avec une voiture, et c’est avec ça qu’on a fabriqué l’information du jour. C’est pour fabriquer ça que des centaines de personnes, pour des motifs professionnels, se sont précipités dans le but d’assister en direct à un évènement. Quel évènement ? Un gars qui se fait descendre à vingt mètres de nous par la police.
Et la France a été secouée pendant si longtemps parce que l’émission Loft Story était trop voyeuriste.
Alors, mes collègues d’une journée montent ces images, j’essaie encore du tréfonds de mon épuisement (il est dix-neuf heures) d’essayer de corriger les amalgames entre salafiste et djihadiste, d’essayer d’infléchir le reportage dans un sens le plus neutre possible. Je détourne mon regard de la télé géante dans la chambre d’hôtel où on bosse. Je récupère deux bifetons pour mon boulot d’interprète, et une carte pro au cas où j’aurais envie de faire un stage. Je sors de l’hôtel, j’appuie sur le bouton “play” de mon baladeur en mettant mon casque sur les oreilles. Je m’aperçois que je tremble et la musique d’Archive rend le paysage tout flou. Je rentre chez moi, je mange, et je me pose pour jeter toutes ces idées sur un fichier word avant de m’écrouler dans mon lit. Il est une heure du matin.
Indie music at its finest.
Premier post depuis six mois. Pour reprendre contact avec ce blog. Je vais essayer de faire quelque chose d’un peu différent maintenant. Plus de musique, plus de sexe, plus de chroniques.
Pour commencer, il faut que je vous parle de Keaton Henson.
J’ai découvert ce que fait Henson complètement par hasard, sur une playlist de Stereomood (si tu ne connais pas Stereomood, il est urgent que tu cliques sur le lien, c’est un site de musique vraiment chouette.).
Comme j’ai adoré la chanson qui passait sur Stereomood, je suis allée chercher un peu ce que faisait d’autre ce monsieur. La vidéo Youtube avait été vue 900 fois. Je viens d’aller chercher la même vidéo par curiosité et on en est à 57000, au passage.
Keaton Henson a un site web tout noir, tout dépouillé, avec des liens en police bloc-notes et une page ‘about’ qui te dit d’aller te faire voir parce qu’il aime pas parler de lui. Malgré la simplicité du graphisme, c’est assez travaillé. On peut même, dans l’item ‘INTRUDE’, aller voir une jolie animation flash qui montre l’intérieur de son carnet avec les brouillons de chansons et ses dessins. Il y a aussi un blog chez backtobasicsdesign. (C’est là.), où il explique qu’il enregistre ses chansons dans sa chambre et que l’idée que des gens puissent les entendre est absolument terrifiante.
Pas de page Wikipedia, ni en anglais ni en français. Les quelques commentaires de gens qui le connaissent ou bossent avec lui disent que c’est un gros autiste. Le mec qui reste tout le temps tout seul à écrire des chansons et à dessiner. Le mec à barbe qui bafouille devant les caméras, rentre ses mains à l’intérieur de ses manches et porte des vieilles vestes en velours.
Ses vidéos sont souvent assez classes, l’ensemble de chansons de l’album est illustré à travers une palette de vidéos cohérentes. ’Charon’, un truc en stop-motion avec une marionnette. You don’t know how lucky you are, un montage qui ressemble à ce qu’on peut faire avec des vieux bouts de super-8 – à la Lana del Rey, mais beaucoup plus beau. Un clip alternatif de cette chanson a été publié il y a deux mois, c’est absolument splendide. Les autres vidéos sont chouettes, toujours en restant dans un délire très indie – couleurs chaudes un peu désaturées, plumes, mise au point un peu bancale, bois brut et photos vieillies. C’est un univers dans lequel je me sens assez bien, et ça s’accorde avec la simplicité touchante de la tristesse des chansons. L’album de Henson est parfait pour un dimanche matin. Parce que cette tristesse n’est pas le genre qui force à rester au lit par désespoir. Bizarrement, c’est un sentiment assez lumineux. Graphique. Doux. L’idéal pour l’hiver.
Lumière de la grisaille.
Il faut toujours regarder dehors.
A chaque fois que je regarde par la fenêtre, je vois des choses intéressantes qui se passent en bas, dans la rue. Pourtant c’est une petite rue tranquille où tout le monde a ses habitudes. Les retraités d’en face arrosent leur jardin le soir à dix-huit heures. Les voisins de gauche rentrent avec leur décapotable un peu plus tard. Le chat entre dans presque toutes les maisons avec des allures de propriétaire.
Et moi, je reste dedans. J’aime bien regarder le ciel. Aujourd’hui, c’est gris, tellement lumineux que c’en est éblouissant. Allongée sur mon lit avec une cigarette, je regarde le plafond, la tête vide. J’avais mal au ventre, alors j’ai pris des anti-inflammatoires au hasard, et maintenant, je plane un peu. C’est agréable, cette sensation de s’éloigner de son corps. Comme si l’intérieur de moi était fait de plumes.
ça fait longtemps que je n’ai pas mangé. Pas tellement que je n’aime pas ça. J’aime la nourriture, le goût des aliments et la palette infinie de sensations que manger procure. Seulement, tout ça me paraît incroyablement violent. Écraser ces choses entre mes dents pour les forcer à rendre leur jus, c’est faire usage de sa force brute sur un objet qui aurait vécu, sans vous, sa course normale, qui aurait exhalé ses parfums dans l’air, qui se serait lentement acheminé vers sa fin, sa péremption, en vieillissant glorieusement comme une femme. Je me demande, quelque part, si le goût de la nourriture n’est pas mieux caché à l’intérieur. Quand on sait le goût de la pomme, qu’on l’imagine, qu’on le recrée dedans soi, pourquoi vouloir violer cette boule parfaite de peau et de chair à coup de dents ? Je préfère les laisser vivre.
Et puis il y a quelque chose de grisant à contrôler son corps. Je décide de ne pas manger parce que j’aime bien la sensation de la faim, cette légèreté vertigineuse qui fait un peu tourner la tête.
Alors je regarde la rue. Je suis bien, ici. Perchée sur mon balcon, les jambes à l’extérieur, je surplombe la rue. Le vent fait voler ma jupe délavée et mes cheveux. Je pourrais être un personnage d’un film qui se passerait en Californie. Le vague à l’âme, les questions effilochées sur la direction à donner à sa vie et boire des bières dans des piscines vides, bleues comme le ciel.


